France

Il est quasiment impossible de protéger les policiers hors service

Vincent Manilève, mis à jour le 15.06.2016 à 18 h 13

Après le drame de Magnanville, beaucoup se questions se posent autour de la protection des policiers et de leur anonymat.

Hommage rendu aux victimes de Larossi Abballa, le 15 juin 2016 à Paris | KAMIL ZIHNIOGLU/POOL/AFP

Hommage rendu aux victimes de Larossi Abballa, le 15 juin 2016 à Paris | KAMIL ZIHNIOGLU/POOL/AFP

Lundi soir vers 20 heures, Larossi Abballa, jeune homme radicalisé de 25 ans, surgit dans le domicile d’une famille de Magnanville, dans les Yvelines. À l’intérieur, il poignarde de plusieurs coups de couteau le commandant de police Jean-Baptiste Salvaing. L’assaillant a ensuite séquestré Jessica Schneider, agent administratif au commissariat de Mantes-La-Jolie, âgée de 36 ans, et leur enfant de 3 ans et demi. Lorsque le Raid intervient dans le pavillon, aux alentours de minuit, il neutralise Abballa et découvre le corps sans vie de la jeune femme. L’enfant est sain et sauf, mais en «état de sidération», explique Le Monde.

«C’est le choc, l’horreur absolue, a confié le commissaire Olivier Boisteaux, secrétaire général du Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP) au Figaro. On est monté d’un cran dans la violence. C’est du jamais-vu! On s’attaque aujourd’hui aux policiers et à leur famille à leur domicile. C’est très inquiétant.»

Larossi Abballa, dans une vidéo de revendication, a désigné explicitement les policiers comme un groupe à cibler en France. Et c’est bien deux fonctionnaires de police qui étaient visés. Le tueur «connaissait la qualité de policier de la victime», a ainsi expliqué le procureur de la République de Paris, François Molins.

Adresse personnelle

Mais comment a-t-il su que l’homme et sa femme, qui travaillent respectivement aux Mureaux et à Mantes-la-Jolie, habitent à Magnanville? Pour Maxime*, adjoint de sécurité en région parisienne, la réponse à cette question est malheureusement évidente:

«C’est très dur de garder son adresse personnelle secrète, avoue-t-il au téléphone. On ne la donne qu’à l’administration et donc aux gens habilités; dans un commissariat comme le mien, ça doit représenter dix personnes. Mais on ne peut pas la protéger complètement: il suffit de faire du repérage autour des heures de travail du policier et de le suivre quand il quitte le commissariat.»

L’individu qu’on interpelle n’a pas à connaître l’identité du fonctionnaire de police

Maxime, adjoint de sécurité en région parisienne

Car, contrairement à certains gendarmes, le policier ne vit pas en caserne et peut choisir son logement où il le souhaite s’il en fait la demande, que ce soit à l’intérieur ou en dehors de la circonscription où il travaille. «C’est à l’appréciation du fonctionnaire, explique Maxime. Mais comme on peut être muté, on ne va pas déménager tous les quatre matins. Moi je préfère ne pas habiter sur la circonscription pour m’éloigner un petit peu et éviter de croiser des gens que j’interpelle ou avec qui je travaille pour garder un peu l’anonymat. Et puis j’évite de parler de mon métier à mes voisins ou lors de soirées, car on ne sait jamais sur qui on tombe ou à qui cela peut être répété.»

C’est pourquoi «il est complètement impossible de garantir à 100% la protection et l’anonymat des agents en dehors des heures de service, concède Yves Lefebvre, secrétaire général de l’Unité SGP-FO. À défaut d’une sécurité totale, il faut donc tout faire pour garantir une sécurité maximale.»

Identité du policier

Pour Maxime, il existe un autre point, très important et qui pourrait être facilement réglé: la non-divulgation du nom des agents en cas d’interpellation d’un suspect. «Là où on pourrait avancer, c’est sur l’identité du policier. Encore maintenant, on est obligés de divulguer notre identité sur nos PV d’interpellations, en mettant tous les noms et prénoms des fonctionnaires qui sont à bord du véhicule lors de ces situations. Si l’individu est convoqué au tribunal, le juge lit le PV et dit le nom des policiers. Ça ne devrait pas exister: l’individu qu’on interpelle n’a pas à connaître l’identité du fonctionnaire de police. On a mis en place des numéros d’identification uniques pour chaque policier il y a deux ans pour ne pas avoir à donner notre identité en cas de plainte. On devrait utiliser ces numéros-là pour remplir les PV.»

Ces numéros sont appelés RIO, pour référant d’identité opérationnel. «Pour l’instant, ajoute Yves Lefebvre, lors des procès, le suspect peut connaître le prénom, le nom, la qualité et le grade de l’agent. En utilisant un RIO à la place, il serait impossible pour la personne de faire le lien entre le numéro et l’identité du policier qui l’a entendu ou interpellé.»

Le débat autour du port d’armes en dehors des heures de service a également été relancé. Actuellement, les policiers et gendarmes et titulaires ont le droit de garder leur arme en dehors de leur service s’ils le souhaitent. Cette mesure a été mise en place après les attaques du 13 novembre 2015 et ne devait, à la base, se limiter à l’état d’urgence, qui doit prendre fin le 26 juillet. Avec l’attaque de Magnanville, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a expliqué aux syndicats de police que la mesure serait prolongée au-delà de cette date.

Une mesure de protection limitée, comme nous l’explique Maxime: «Le droit de garder son arme ne concerne pas les adjoints de sécurité et les réservistes, mais seulement les fonctionnaires titulaires.» Un changement que souhaitent certains mais qui est inenvisageable pour SGP-FO, qui estime que cela serait «dangereux pour les adjoints qui n’ont que trois mois de formation et n’ont pas assez d’expérience et de vécu sur le terrain.» «Au fond, on ne peut pas forcer les policiers à porter leur arme en quittant le travail, conclut Maxime, certains estiment que c’est dangereux de rentrer chez eux avec.»

*Le prénom a été modifié.

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
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