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Le secret de la Squadra Azzurra? Faire l'impasse sur les pâtes et les pizzas

Robin Panfili, mis à jour le 08.07.2016 à 11 h 49

Le sélectionneur italien a décidé de faire l'impasse sur quelques fondamentaux de la cuisine locale pendant la compétition, mais cela n'a pas toujours été le cas par le passé.

Antonio Conte lors d'un entraînement de l'Italie à Montpellier, le 14 juin 2016. VINCENZO PINTO/AFP + Pizza | Yoshihide Nomura via Flickr CC License by

Antonio Conte lors d'un entraînement de l'Italie à Montpellier, le 14 juin 2016. VINCENZO PINTO/AFP + Pizza | Yoshihide Nomura via Flickr CC License by

Antonio Conte, le sélectionneur italien, est un homme de caractère. Un personnage réputé et respecté pour sa cattiveria –un mélange de fermeté et de rigidité dans la façon de bâtir et de gérer une équipe– autant sur les terrains, comme il l'a montré avec la Juventus, que dans les temps extrasportifs. L'alimentation, par exemple, est un domaine dans lequel il exige d'avoir son mot à dire. À Montpellier, dans le sud de la France, où la sélection italienne a posé ses valises pour la durée de l'Euro 2016, les joueurs de la Squadra Azzurra devront faire l'impasse sur leurs plats préférés et, plus largement, sur les innombrables richesses de la gastronomie italienne.

Antonio Conte a été clair. En plus des brioches, des chips ou des glaces, il est hors de question que des pâtes –sauf celles à base de blé de Khorasan– ou des pizzas ne figurent dans les menus proposés aux joueurs de la Nazionale, rapportait La Stampa quelques semaines avant le début de la compétition. 

«Lorsque les sportifs motivés et de haut niveau se confrontent au cours de différents matchs, la marge entre la victoire et la défaite est très mince. Ainsi, quand tout le monde est au même niveau, l'alimentation peut aider à faire la différence», soulignait-il au quotidien italien, en septembre 2015.

Depuis son arrivée au poste de sélectionneur, Antonio Conte garde un œil sur les menus servis à ses joueurs à Coverciano, l'équivalent italien de Clairefontaine, situé dans la périphérie de Florence. Pour l'Euro, évidemment, les exigences et la fermeté d'Antonio Conte n'ont pas évolué. Le régime alimentaire des Azzurri fera la chasse aux graisses, aux sucres, mais surtout aux mauvaises habitudes de certains joueurs. On sait, par exemple, l'affection de Gianluigi Buffon pour la carbonara ou l'appétit de Daniele «Uomo-Nutella» De Rossi pour la pasta all'amatriciana ou le Nutella. Si les absences de Marco Verratti et de Claudio Marchisio à cause de leurs blessures risquent de peser sur l'équilibre de l'équipe, les restrictions alimentaires d'Antonio Conte ont, elles aussi, tout d'une épine dans le pied pour certains Azzurri.

Le régime strict d'Antonio Conte a, malgré tout, ses failles. Dans un article de La Stampa, publié pendant la préparation pour l'Euro de la Squadra Azzurra à Coverciano, le journal fait état de bruits de couloir sur un «marché noir» par lequel, à la nuit tombée, transiteraient discrètement des glaces et des biscuits. «Les jeunes joueurs qui n'avaient encore jamais été sélectionnés ont dû s'en tenir au régime imposé, alors que les plus anciens se sont accordés un petit écart», écrit le journal. Un coup de téléphone, une requête à voix basse et le tour est joué. Le fournisseur, lui, est jusque-là resté anonyme.

Le prosciutto crudo dans les valises

D'un point de vue purement gastronomique, l'Italie d'Antonio Conte n'a vraiment rien à voir avec celle de Cesare Prandelli qui entraînait la Squadra Azzurra lors du Mondial au Brésil de 2014. Pour cette compétition, les Italiens s'étaient envolés pour Rio de Janeiro avec du Parmesan, de l'huile d'olive, de la bresaola et du prosciutto crudo dans les valises. Pour l'occasion, la fédération italienne de football avait même pris soin d'inclure au voyage Elisabetta Orsi et Veronica Nardi, nutritionistes, et le chef-cuisinier Claudio Silvestri –toujours aux fourneaux de la Nazionale en 2016. 

Gianluigi Buffon et Antonio Conte discutent... peut-être du menu du soir | VIncenzo Pinto/AFP

Même si des joueurs avaient dû faire l'impasse sur certains de leurs plats préférés, à l'image des cavatelli aux moules et aux haricots dont raffole Antonio Cassano, les Italiens ont eu le droit à un régime bien plus appétissant que sous l'ère Antonio Conte. Au menu: des plats sains, équilibrés, faciles à digérer, des recettes à base de riz, de légumes de saison et, bien évidemment, de pâtes. «Les pâtes sont notre principal carburant», avouait alors Elisabetta Orsi à l'Associated Press.

Des efforts nutritionnels indispensables pour la compétition, mais «sans renoncer au goût», insistait Luca Gatteschi, le médecin de la Nazionale, dans une interview pour le magazine culinaire italien Mangiare Buono en 2014. Outre les coupes de glace, la crostata –une tarte typique italienne– et la bière qui étaient autorisées avec modération, le magazine analysait et décortiquait les grandes lignes du régime alimentaire réservé aux vingt-trois Italiens sélectionnés pour disputer la compétition:

«Les pâtes seront incontournables, pour le déjeuner comme pour le dîner, assaisonnée avec de la sauce tomate, des tomates-cerises, mais également de la ricotta, des fromages allégés, du pesto, des légumes, de l’ail, de l’huile, du piment. Il y aura aussi du risotto au prosciutto crudo, aux radicchio e noci, aux crevettes et aux courgettes, des soupes, des veloutés de légumes...»

Les soirs, le chef-cuisinier penchait davantage pour des plats cuisinés comme les straccetti (des languettes de bœuf fines) accompagnés de roquette ou de brocolis. Pour les jours de match, bien entendu, les portions servies étaient moins copieuses afin d'assurer une meilleure digestion. Le climat du Brésil a aussi influencé le régime alimentaire des Azzurri. Compte tenu des températures et l'humidité dans le pays, ils ont bénéficié d'une alimentation plus riche en sel, ajoute Mangiare Buono.

Un dilemme italien

Elisabetta Orsi, la nutritionniste italienne, avait aussi pris soin d'inclure de nombreux fruits dans les menus: ananas, papaye, eau de coco... Mais, même si le plat irrésistible chez les Italiens était le risotto venere –un riz complet– aux brocolis, les entorses au règlement n'étaient jamais bien loin. Dans une interview à Identità Golose, Elisabetta Orsi confiait que Claudio Silvestri, le chef-cuisinier de la Nazionale, avait aussi pris l'habitude de préparer un bon gâteau en récompense d'une bonne performance.

Je leur prépare une amatriciana légère... Mais légère, hein!

Le cuisinier de l'AS Roma en 2010

En clair, lors de ce Mondial 2014, les Italiens n'ont pas eu à beaucoup à se priver. «L’époque où les sportifs sont contraints à une alimentation monotone est révolue. Nous proposons plutôt des alternatives afin de coller aux goûts et aux préférences individuelles des joueurs», soutenait alors Luca Gatteschi, le médecin de la sélection italienne depuis 2006. Mais, force est de constater que cette philosophie n'aura pas forcément porté ses fruits. Après un parcours chaotique, l'Italie a été éliminée dès le premier tour de la compétition.

En Italie, la gastronomie et le régime alimentaire des sportifs est un vrai sujet. Si les clubs professionnels font tous appel à des nutritionnistes qualifiés, les chefs-cuisiniers ne se privent pas de quelques écarts, notamment lorsqu'il est question de spécialités locales. Dans une interview, en 2010, le cuisinier du Genoa disait accorder le pesto uniquement lors du premier jour des stages de préparation ou de mise au vert. Pour celui de la Roma, même histoire. «Je leur prépare une amatriciana légère... Mais légère, hein!», reconnaissait-il. Plus récemment, le Napoli a tenté d'adopter la stratégie inverse, avec une préparation d'avant-saison avec un régime vegan

Tant qu'ils seront sous les ordres d'Antonio Conte, les Azzurri devront donc se passer de leurs recettes de pâtes ou de pizzas préférées. Avec un régime alimentaire strict, Antonio Conte a-t-il fait le bon choix? L'avenir nous le dira. Nul ne sait, en revanche, ce qu'il a prévu en cas de victoire italienne à l'Euro. S'il est à court d'idée, peut-être s'inspirera-t-il de son homologue Claudio Ranieri qui a réservé, en octobre 2015, une «pizza party» à ses joueurs de Leicester en récompense d'un match sans encaisser de but. Mais pas avec n'importe quelles pizzas, avec des pizzas margherita, évidemment. «C'est bon pour les muscles, en plus», soutenait-il alors.

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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