Égalités / France

Daech a-t-il tué un couple de policiers ou «un policier et sa femme»?

Temps de lecture : 2 min

Un grand nombre de médias ce mardi 14 juin ont parlé, à propos de l’attentat de Magnanville, dans les Yvelines, «du meurtre d’un policier et de sa femme». Un titre qui renvoie à nouveau les femmes à la sphère privée, alors qu'il s'agissait de deux fonctionnaires de la police.

Montage Slate de capture d'écrans.
Montage Slate de capture d'écrans.

Quand un commandant de police et une secrétaire administrative de la direction générale de la police nationale sont tués dans un attentat, qu’est-ce que cela donne dans les médias? Eh bien, pour beaucoup, ce mardi 14 juin au matin, on parle du meurtre «d’un policier et sa femme». C’est la bévue sexiste commise par de nombreux titres de presse après l’attentat de Magnanville revendiqué par l’organisation terroriste Daech.

C’est ainsi par exemple que Paris Match a traité l’événement mais aussi Le Figaro, et bien d’autres médias:

Une invisibilisation non seulement sexiste, mais de statut, comme si la vie d’une secrétaire administrative de la police était moins importante que la vie d’un policier de terrain.

Pourtant, il eût été possible de traiter la chose autrement. D’autres médias ont ainsi parlé d’un «couple de policiers» ou de «deux policiers». Statutairement, la fonctionnaire tuée était rattachée à la direction générale de la police nationale. Il n’est donc pas du tout «erroné» de parler de deux policiers, estime Pierre-Henry Brandet, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, contacté par Slate.fr. Même si l’un était policier de terrain, et l’autre plutôt de bureau.

Ce traitement médiatique n’a pas manqué de faire réagir les internautes. Géraldine Franck, membre de l’association Genre et Ville, a ainsi relevé une «asymétrie». «L’un est défini par la sphère publique (métier de policier), l’autre par la sphère privée (statut d’épouse)», fait-elle remarquer sur Twitter. Un doctorant en droit et spécialiste des question de genre, Jimmy Charruau, a quant à lui estimé qu’il s’agissait de «sexisme ordinaire»:


D’autres internautes ont formulé des critiques encore plus virulentes. «Même dans la mort, une femme n’a pas droit à son identité propre, elle n’existe qu’en tant que “femme de policier”! Merci les médias!» s’est exclamée @Dodislo. «La moitié des titres et des articles donnent l’impression que la femme est un dommage collatéral putain», a lâché @lhovh.

D’autres publications, prenant assez vite conscience de l’erreur, ont changé leur titre, comme Le Monde, qui avait d’abord écrit «Ce qu’on sait du meurtre d’un policier et de sa femme dans les Yvelines», avant de retitrer pour «Ce que l’on sait du meurtre d’un couple de policiers dans les Yvelines». Il n’est jamais trop tard pour bien faire…

Aude Lorriaux Journaliste

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