Culture

Fiac 2009: le marché de l'art renaît à Paris

Jérome Stern, mis à jour le 22.10.2009 à 13 h 02

La 36e édition de la Fiac débute jeudi à Paris.

En début 2009, le monde de l'art contemporain faisait particulièrement grise mine: après une hausse de 108% en cinq ans, le secteur voyait sa cote moyenne chuter de 36% (selon le site spécialisé Artprice.com) en un seul semestre. Pire, le nombre d'invendus en salles des ventes dépassait les 60% avec des estimations pourtant revues à la baisse. Dans les galeries, plus un acheteur. Du jamais vu.

Depuis, le marché cherche, non plus à retrouver les sommets d'il y a peu, mais tout simplement des points de repères, avec des cotes mieux taillées. Car l'art contemporain, aujourd'hui totalement mondialisé, est le secteur qui a connu la spéculation la plus effrénée: un «Liz» d'Andy Warhol acheté 2 millions de dollars en 2001 a été adjugé 21 millions six ans plus tard tandis que nombre de peintres chinois ont vu leurs prix millionnaires baisser d'un zéro en moins d'un an... quand leurs œuvres trouvent acquéreur, car 75% de ce marché est entre les mains des galeries.

Corrélé aux indices boursiers mais avec quelques semaines de retard, le marché de l'art contemporain joue sur une reprise annoncée, d'autant que les prétentions tarifaires des artistes ont été révisées, en recul de 15 à 30% pour les pièces les plus notables, davantage pour les lots moins importants. Conséquence, le deuxième trimestre 2009 n'a pas été aussi mauvais que prévu, et les premières vacations de cet automne marquent le retour de quelques acheteurs... très prudents, qui se contentent des valeurs sûres à des prix raisonnables: à New York en septembre, Christie's adjugeait «Dawn Chorus 7», de l'Indien Jitish Kallat 320.000 dollars, record pour l'artiste quand, encore, près de 40% des autres lots mis en vente ne trouvaient pas preneur.

Une petite part du marché

C'est dans cette ambiance très étrange que se déroule au Grand Palais de Paris et dans les Jardins du Louvre pour les sculptures (22-25 octobre avec en complément «Art Elysées») la 36e édition de la FIAC (Foire Internationale de l'Art Contemporain). La précédente avait, en pleine crise financière, assez bien tiré son épingle du jeu, quand d'autres, Londres, Miami ou Shanghai étaient particulièrement à la peine, à tel point que certaines ont dû renoncer à leur édition 2009. Ce n'est pas le cas de Paris: avec 196 galeries (dont 61 nouvelles) venues de 21 pays affichant près de 4.000 artistes, la FIAC 2009 consacre le renouveau de la place tricolore dans la compétition mondiale. Parmi les galeries présentes, plusieurs «majeures» ont cette fois délaissé la foire Frieze (15 - 18 octobre) de Londres, jusque-là fer de lance européen du marché de l'art contemporain en Europe, mais touchée de plein fouet par les aléas boursiers, la défection des acheteurs locaux... et l'extravagance des offres et des prix.

Même si la France ne représente plus que 6% du marché mondial de l'art (37% aux Etats unis), elle parvient ces derniers temps à redorer son blason et Paris est en plein renouveau artistique. Plusieurs raisons à cela. D'abord, les professionnels, longtemps assoupis sur leurs valeurs traditionnelles, se sont montrés plus dynamiques. Exemple, la programmation de certains musées, palais de Tokyo en tête, mais aussi le Louvre qui n'hésite pas à afficher des artistes contemporains dans ses murs. De même les galeries tricolores jouent la nouveauté avec une réelle sélectivité, incitant ainsi les artistes à s'installer dans la capitale, tout comme, effet miroir, des galeries étrangères de renom: le plus important marchand new-yorkais — Gagossian — devrait y ouvrir prochainement un point de vente.

Les raisons du renouveau

Il y a ensuite la libération du marché en salle des ventes, avec la fin du monopole des commissaires-priseurs. L'arrivée des mastodontes anglo-saxons (Sotheby's Paris a réalisé 155 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008, Christie's France 150, contre 93 pour Artcurial et 58 pour Tajan) a bouleversé la concurrence, obligeant certaines études à se regrouper et, parfois à investir dans des «niches», l'art contemporain iranien ou le Street art par exemple pour Artcurial. De même, différents mouvements artistiques, jusque-là négligés (seconde école de Paris, nouveau réalisme, art cinétique) connaissent un regain d'intérêt au détriment du pop art et de l'expressionnisme abstrait américain. Ces œuvres, principalement réalisées en France trouvent naturellement leur place à Paris.

Enfin, surtout, la France artistique n'a pas connu les folies spéculatives des premières années du XXIe siècle (un peu à Londres, beaucoup à New York, énormément à Shanghai). Les prix des toiles vendues dans l'hexagone sont restés (assez) raisonnables, dépassant rarement le million de dollars (monnaie de référence) quand la dizaine de millions était la base aux Etats-Unis, voire en Chine, où le nombre de fortunés a centuplé en dix ans. Cette relative stabilité tarifaire, alors décriée, s'avère être un atout majeur pour des acheteurs à nouveau aisés avec le regain de la Bourse, mais soucieux de ne pas trop s'exposer: ils ne veulent plus que des œuvres de bon niveau, reconnues, de la meilleure période d'un artiste. Autrement dit, plus de spéculation.

Sagesse

C'est ce que proposent les galeries parisiennes — celles qui ont sur résister à la crise —  en se montrant plus sélectives. C'est cette politique qui a été initiée par la direction de la Fiac, soutenue en cela par quelques mécènes (Galeries Lafayette notamment) qui permettent à une quinzaine de très jeunes galeries de faire découvrir des artistes talentueux mais méconnus. De plus, outre l'art très actuel, la Fiac, comme la plupart des galeries parisiennes de renom, continuent de proposer des œuvres d'artistes «modernes» (Picasso, Matisse, Bacon, Calder,...) alors qu'à Londres ou New York ceux-ci sont classé à part, les vendeurs ne voulant pas mélanger les styles, estimant que chaque période artistique a sa clientèle. Cela était vrai lors des années de spéculation. Ce n'est plus le cas, car pour ces artistes du XXe siècle, valeurs reconnues, les prix sont restés assez stables.

Paris profite de donc de sa «sagesse» décriée lors de la folle période précédente: disposant aujourd'hui d'un surplus de liquidités, les collectionneurs reviennent. Paris est  redevenue une place qui compte dans le domaine artistique mondial.

Jérome Stern

La Fiac, du 22 au 25 octobre, Paris, Grand Palais, Cour carrée du Louvre...  Entrée : 28 euros.

Image de une: Devant «Puck Peaseblossom cobweb moth and mustard seed, 1969/84» de Peter Blake, à la veille de l'ouverture de la FIAC / Jacky Naegelen/REUTERS

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