Monde

Donald Trump est le larbin de Daech

Temps de lecture : 5 min

Polarisation, démesure, attaques contre des civils et contre l’islam: la liste de souhaits du groupe Etat islamique recoupe le programme du candidat républicain à la Maison Blanche.

Donald Trump, le 13 juin 2016. TIMOTHY A. CLARY / AFP.
Donald Trump, le 13 juin 2016. TIMOTHY A. CLARY / AFP.

Donald Trump se sert de la fusillade de masse d’Orlando pour justifier ses prises de position radicales à propos de Daech et du terrorisme. Dans un tweet posté dimanche 12 juin dans l’après-midi, le candidat républicain à la Maison Blanche jubile: les événements prouvent qu’il a «raison sur le terrorisme islamique radical».

Quelques heures plus tard le même jour, il renouvelle son appel pour interdire aux musulmans d’entrer sur le territoire des Etats-Unis. Dans une déclaration datant de dimanche soir, Trump affirme que 99% des Afghans sont des islamistes radicaux, qu’il faut s’assurer que les migrants du Moyen-Orient restent en dehors des Etats-Unis et que quiconque s’est refusé à prononcer les mots «islam radical» dans les heures qui ont suivi le massacre d’Orlando devrait être disqualifié pour concourir à la présidence.

Trump est idiot. Les analystes qui considèrent ces atrocités comme des actes de terrorisme islamique radical –et qui connaissent le radicalisme, l’islam et le terrorisme bien mieux que le candidat magnat de l’immobilier– soupçonnent qu’elles ont été inspirées par un message qu’a publié Daech il y a trois semaines.

Dans une déclaration très développée d’Abou Mohammed al-Adnani, le porte-parole de l’organisation terroriste, ce dernier exhorte les sympathisants de Daech à attaquer des civils en Europe et aux Etats-Unis durant le mois sacré du ramadan. Il clarifie également la propagande du groupe ainsi que sa stratégie de recrutement. Or, la plateforme électorale de Trump, qui prévoit le bannissement des musulmans, le blocage des migrants et des bombardements impitoyables du territoire tenu par Daech, cadre parfaitement avec cette stratégie. Il est le larbin de Daech.

Publiée le 21 mai dernier, la déclaration de l’Etat islamique incite les musulmans à «terroriser» les non-musulmans partout et à faire du ramadan «un mois de souffrances». Mais ce vœu cache en fait une situation de faiblesse. On peut aussi y lire: «le monde entier s’est ligué contre nous et nous pourchasse», avec «20.000 frappes aériennes» qui ont tué plusieurs dirigeants de Daech. Le groupe Etat islamique fait la promesse, avec un ton de défi mêlé de quasi-impatience, de ne jamais capituler, quelles que soient ses pertes en matière de territoire.

Les intellectuels musulmans, la pire menace pour Daech

Le pire danger, selon cette déclaration, se trouve au sein même de l’islam: des «intellectuels malfaisants» utilisent «toutes les formes de médias» pour lancer «des fatwas contre les moudjahidines ». Ces intellectuels font la promotion d’interprétations modérées de la miséricorde dans l’islam. Ils dénoncent le terrorisme et condamnent les combattants de Daech, qu’ils qualifient de «renégats» pseudo-musulmans. Ils disent aux musulmans de renoncer au djihad et de chasser Daech de leurs terres. Durant de longues pages, on a affaire à une diatribe contre ces intellectuels et tout le préjudice qu’ils causent à l’opinion publique. Visiblement, Daech y voit la plus grave des menaces à son encontre.

Pour repousser ce danger, Daech réaffirme qu’«il n’y a que deux armées, deux camps, deux tranchées»: les musulmans et les infidèles. Aucune intégration ne peut être faite, aucune tentative de «“faire la paix et de se mélanger” à ceux qui haïssent la foi». Les musulmans doivent suivre Daech: «Nous sommes le peuple du Coran.»

A travers cette déclaration, Daech prétend que les armées qui se déploient contre elle «nous font la guerre […] parce que nous donnons l’ordre de vénérer Allah. […] C’est notre religion. C’est pour cette seule et unique raison que nous combattons le monde entier et qu’il nous combat».

Pour prouver que les forces qui ont été déployées contre Daech sont contre l’islam et pour justifier le terrorisme en Europe et aux Etats-Unis, trois arguments sont avancés. Premièrement, il est dit que l’Occident se moque des milliers de musulmans syriens massacrés par le régime de Bachar el-Assad. Contrairement à notre discours sur les libertés et les droits de l’homme, nous n’avons pas fait cas de celui du président syrien:

«Bombes barils, destruction et gaz. L’Amérique et ses alliés n’ont pas mal; ils ne ressentent pas de douleur, sauf quand [les combattants de Daech] progressent et obtiennent des victoires. Le monde ne verse aucune larme devant les massacres perpétrés tous les jours par les Russes et [Bachar el-Assad] contre les musulmans. […] Les populations d’Europe et d’autres terres de [non-croyants] n’ont pas le moindre frisson en voyant les Russes détruire des hôpitaux.»

Deuxième argument: la déclaration de l’Etat islamique nous accuse d’indifférence à l’égard des Syriens qui ont fui leur maison.

«L’Europe, l’Amérique et d’autres nations incroyantes ne sont ni ébranlées, ni même émues par les millions de déplacés. Elles ne sont pas dérangées par la faim, la maladie, la souffrance et la mort que subissent des milliers d’enfants, de femmes et de personnes âgées sans défense.»

Enfin, Daech explique qu’il n’y a pas de problème à tuer des civils dans des pays non musulmans, parce que nous en faisons autant dans les pays musulmans.

Le groupe terroriste donne la consigne suivante à ses sympathisants à l’étranger:

«Nous avons appris que certains d’entre vous n’agissent pas à cause de leur incapacité à frapper des cibles militaires ou parce qu’ils sont mal à l’aise avec le fait de viser ceux que l’on appelle des “civils”. Ils évitent donc de leur faire du mal, n’étant pas sûrs que ce soit permis. Qu’ils sachent qu’au sein des territoires des croisés belligérants, il n’existe pas de sang sacré ni de soi-disant “innocents”. […] [Leurs] avions militaires ne font pas la différence entre celui qui est armé et celui qui ne l’est pas, ni entre un homme et une femme.»

Un programme contreproductif

Sur chacun de ces trois points, la logique de Donald Trump ainsi que son programme font le jeu de Daech. Le milliardaire soutient en effet la Russie et Bachar el-Assad dans leurs implacables assauts contre les centres à forte population de rebelles syriens. Il appelle à un «arrêt complet» de toute migration vers les Etats-Unis, visant en particulier les musulmans. Il promet de «bombarder ces connards [de Daech]» pour les chasser de leur territoire et d’assouplir les conditions encadrant les frappes aériennes qui risquent de tuer des civils. Il voudrait même que l’on cible les membres de la famille des terroristes, qu’ils soient coupables ou innocents.

Donald Trump renforce par ailleurs le message de Daech selon lequel la campagne qui est menée contre ce groupe est une guerre contre l’islam. Car c’est à tous les musulmans qu’il voudrait interdire d’entrer aux Etats-Unis, pas uniquement aux radicaux ou aux tenants du terrorisme. Il y a trois mois, le candidat républicain à la Maison Blanche a déclaré que «l’islam nous déteste», refusant de faire la distinction entre les musulmans radicaux et les musulmans en général, et arguant qu'«il est très difficile de faire une distinction, parce qu’on ne sait pas qui est qui». Vendredi 10 juin, juste avant l’attentat d’Orlando, il a dit devant un public de chrétiens conservateurs qu’il «défend[rait] les chrétiens américains» et qu’il sévirait contre le flux de «réfugiés syriens».

En bref, s’il était élu, Trump saperait toute initiative de lutte efficace contre Daech en s’aliénant les gouvernements musulmans qui se joignent à notre campagne militaire, les religieux qui prêchent un islam modéré, les groupes de militants qui œuvrent en ligne pour discréditer le djihadisme. Il aiderait Daech à obtenir ses armes les plus précieuses: des recrues à l’étranger disposées à tuer des gens dans leur propre pays. Il augmenterait les probabilités qu’un autre Orlando se reproduise.

Donald Trump est persuadé que sa politique de «vigilance» contre les musulmans vivant aux Etats-Unis nous protégerait. Mais cette position aussi sert les objectifs de l’ennemi. Dans son message concernant le ramadan, l’Etat islamique pousse ses sympathisants en Occident à faire le djihad dans leur propre pays «pour faire des croisés des exemples, jour et nuit, les effrayer et les terroriser jusqu’à ce que chaque personne craigne son voisin». C’est de fait l’objectif des attaques de Fort Hood, Boston, San Bernardino et Orlando: nous terroriser et nous diviser, pour que tout un chacun craigne son voisin.

Jusqu’ici, les terroristes n’y sont pas arrivés, mais Donald Trump pourrait bien y parvenir.

William Saletan Journaliste

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