LGBTQ / Monde

Avant Orlando, les LGBT étaient déjà la cible de Daech en Irak et en Syrie

Temps de lecture : 7 min

La tuerie américaine visant directement la communauté homosexuelle est une première en Occident.

Le massacre qui a fait au moins 50 morts et 53 blessés dimanche, dans une boîte de nuit bondée d’Orlando, en Floride, est désormais la fusillade la plus meurtrière de l’histoire des États-Unis. Cette tuerie a peut-être aussi créé un autre précédent dérangeant en étant la première attaque à grande échelle inspirée par l’extrémisme islamiste visant avec succès la communauté LGBT dans un pays occidental.

Le tireur qui a attaqué la boîte de nuit le Pulse, identifié comme étant Omar Mateen, 29 ans, a affirmé son allégeance à l’État islamique dans un appel passé au 911, le numéro d'urgence de la police, peu de temps avant de tirer sur des dizaines de personnes et de provoquer un indicible carnage qui s’est achevé avec sa propre mort dimanche matin. L’État islamique a revendiqué la responsabilité de l’attaque par le biais de son «agence de presse» Amaq, mais les autorités ont déclaré ne pas pouvoir affirmer avec certitude si Mateen avait des liens clairs avec le groupe, ou s’il n’était plutôt qu’un loup solitaire influencé par sa propagande.

Exécutions au Moyen-Orient

Au cours de l’année écoulée, l’État islamique a orchestré de grandes attaques à Paris et Bruxelles dans une salle de concert, des cafés, une station de métro et un aéroport, cherchant à tuer de manière arbitraire le plus grand nombre de personnes possible. Mais lors de ses assauts meurtriers en Occident, le groupe n’avait pas encore visé la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre en tant que telle.

En Syrie et en Irak, en revanche, le groupe exécute férocement des hommes homosexuels dans les villes sous son contrôle et met en ligne d’épouvantables vidéos de victimes aux yeux bandés précipitées depuis des toits d’immeubles. Selon OutRight Action International, au moins 36 hommes ont été tués par des militants en vertu d’accusations de sodomie draconiennes sanctionnées par l’État islamique. Au Bangladesh, depuis des années les militants islamistes visent les blogueurs gays, entre autres, pour les assassiner; ce dimanche, les autorités bangladaises ont arrêté des milliers de présumés militants lors d’un raid préventif.

Le président Barack Obama a qualifié la fusillade «d’acte de terreur et de haine» et souligné qu’elle s’était produite pendant les festivités de la Pride, célébration annuelle de la communauté LGBT, qui se déroulent dans tout le pays.

«Le tireur a visé un night-club où les gens vont pour être avec leurs amis, pour danser, chanter et pour vivre, a déclaré Obama à la Maison Blanche dimanche. Il s’agit donc d’un rappel qui donne à réfléchir que les attaques contre n’importe quel Américain –quelles que soient sa couleur, son ethnicité, sa religion ou son orientation sexuelle– est une attaque contre nous tous et contre les valeurs fondamentales d’égalité et de dignité qui nous définissent en tant que pays.»

Obama a déclaré que les autorités «ne se prononçaient pas de manière définitive sur les motivations précises du tueur» ni «quelle inspiration ou association, s’il en avait, ce tueur a pu avoir avec des groupes terroristes».

Mis en colère par un baiser

L’État islamique a revendiqué que le tireur était l’un des siens: «L’attaque armée qui a visé une boîte de nuit gay dans la ville d’Orlando dans l’État américain de Floride qui a fait plus de 100 morts et blessés a été perpétrée par un combattant de l’État islamique», a déclaré son agence, Amaq.

Or, le père de Mateen affirme que son fils n’a jamais manifesté beaucoup d’intérêt pour la doctrine islamiste radicale ou pour la religion, mais qu’il s’était en revanche récemment mis en colère en voyant deux hommes s’embrasser à Miami. Et son ex-épouse a déclaré que Mateen la battait et qu’il était mentalement malade et instable.

Il n’a pas besoin de connexion humaine directe, ni même sur internet. Son message est si répandu dans les médias et si simple qu’il est certain d’inspirer ceux qui sont en colère

Le représentant démocrate de Californie Adam Schiff, vice-président du House Intelligence Committee, a annoncé qu’un certain nombre de signes –notamment les appels à l’attaque de l’État islamique pendant le Ramadan, la déclaration du tireur lors de son appel au 911 et le fait qu’il ait visé une boîte de nuit gay pendant la Pride– indiquaient que l’attentat était «un acte de terrorisme inspiré par l’EI». Il a ajouté: «Il reste à déterminer si cette attaque était également dirigée par l’EI.»

Mateen était loin d’être inconnu des autorités fédérales: le FBI avait déjà enquêté sur lui à deux reprises. En 2013, il avait été suspecté pour ses commentaires incendiaires insinuant qu’il avait des liens avec des terroristes, mais les autorités n’avaient pas pu trouver suffisamment de preuves pour l’inculper. Puis, en 2014, le FBI a examiné les liens possibles entre Mateen et un personnage connu, Moner Mohammed Abusalha, le premier Américain à avoir perpétré un attentat suicide en Syrie.

«Pas une menace» pour le FBI

Le FBI avait conclu que le contact entre les deux hommes –qui vivaient tous deux à Fort Pierce, en Floride– avait été «minimal» et que Mateen «ne constituait pas une menace conséquente à cette époque», a confié Ronald Hopper, agent adjoint chargé de la division de Tampa du FBI, aux journalistes d’Orlando.

Les gouvernements occidentaux ont bien du mal à limiter les répercussions de la propagande haineuse prônant la violence islamique, même alors que le soi-disant «califat» de l’État islamique continue de rétrécir sur le champ de bataille en Irak et en Syrie, expliquent les experts.

Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l’État islamique, «sait que s’il appelle à la terreur, elle se produira» estime Bruce Riedel, auteur et ancien agent de la CIA qui travaille aujourd’hui à la Brookings Institution. «Il n’a pas besoin de connexion humaine directe, ni même sur internet. Son message est si répandu dans les médias et si simple qu’il est certain d’inspirer ceux qui sont en colère.»

Les colères à attiser ne manquent pas. Les crimes de haine basés sur l’orientation sexuelle sont monnaie courante aux États-Unis, mais ces attaques n’ont jamais eu lieu à grande échelle ou n’ont jamais été directement liées à des groupes terroristes étrangers ou à leur propagande. En 1990, un attentat à la bombe dans un bar gay de Greenwich Village, à New York, qui avait blessé trois personnes, avait fini par être imputé à un présumé terroriste islamiste.

La campagne bat déjà son plein

Selon les statistiques les plus récentes du FBI, en 2014 les crimes de haine contre des Américains gays formaient plus de 18% des 1.017 incidents de cette sorte dans tout le pays, dont environ 2% s’étaient produits dans des bars ou des boîtes de nuit gays.

La tragédie d’Orlando a placé la campagne électorale de 2016 sous une lumière crue dimanche, en suscitant des réactions particulièrement distinctes de la part de Donald Trump et Hillary Clinton, les deux candidats probables à l’élection présidentielle. L’ancienne secrétaire d’État a souligné qu’il s’agissait à la fois de terrorisme et de crime de haine, tandis que Trump a commencé par ne faire aucune mention de la communauté LGBT et a accepté les «félicitations» de ses followers de Twitter pour avoir prédit qu’il y aurait un attentat.

L’islam radical prône la haine des femmes, des gays, des juifs, des chrétiens et de tous les Américains

Donald Trump

«J’apprécie les félicitations pour avoir vu juste sur le terrorisme islamique radical, je ne veux pas être félicité, je veux de la solidité et de la vigilance, a tweeté le républicain. Nous devons être malins!» Plus tard dimanche, il en a remis une couche en appelant à la démission du président et en demandant à Clinton d’abandonner la course à la présidentielle. Dans sa dernière déclaration de dimanche soir, il a déclaré: «L’islam radical prône la haine des femmes, des gays, des juifs, des chrétiens et de tous les Américains» et conclu: «Nous allons refaire de l’Amérique un lieu sûr et grand pour tout le monde.»

L’équipe de campagne de Trump a déclaré qu’il ferait un discours lundi au sujet de l’attentat, de l’immigration et de la sécurité nationale.

Clinton, une démocrate qui a fait de la sécurité nationale un thème central de sa campagne, s’est engagée à poursuivre le combat de l’administration Obama contre l’État islamique et consorts, soulignant le rôle des coalitions internationales et la nécessité de vaincre les réseaux de recrutement terroristes. «Cela signifie également refuser de nous laisser intimider et rester fidèles à nos valeurs» a-t-elle déclaré, tout en promettant aussi de se battre pour les droits de la communauté LGBT.

«La haine n’a absolument aucune place en Amérique, a affirmé Clinton. À la communauté LGBT: sachez que vous avez des millions d’alliés dans tout notre pays. Je suis l’une d’entre eux.»

Une communauté choquée

Au-delà de la politique de la campagne présidentielle, à Orlando l’attaque laisse un sentiment d’incrédulité, de douleur et d’indignation.

«Il y a beaucoup de colère», a expliqué dimanche le sénateur de Floride Darren Soto, qui représente Orlando, à Foreign Policy. «Beaucoup d’entre nous se sont réveillés choqués de découvrir que notre petite ville joyeuse était le cadre de la plus grande fusillade de masse de l’histoire de l’Amérique», a-t-il déploré.

«Nous avons une grande et fière communauté gay ici, qui est un élément fondamental de notre culture, et le fait qu’ils soient visés dans une attaque terroriste potentiellement internationale est juste bouleversant et incompréhensible.»

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