Parents & enfants

Arrêtons de hiérarchiser les «bonnes» et «mauvaises» mères célibataires

Temps de lecture : 3 min

Il est idiot de dénigrer celles qui ont choisi d'élever leurs enfants toutes seules.

DAVID MCNEW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
DAVID MCNEW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

On les appelle «les mères célibataires», «les mamans solos» ou, de manière plus vague encore, «les familles monoparentales», en sous-entendant, le plus souvent à raison, que le parent seul est la mère.

Jamais, que ce soit dans les études ou les statistiques nationales, il n’est précisé pourquoi la mère en question en est arrivée à élever son ou ses enfant(s) seule. Elles sont mères célibataires, par opposition aux couples de parents, point. Pourtant, dans les esprits, la raison pour laquelle on devient mère célibataire n’a rien d'un détail. Pire, il y aurait une hiérarchisation des mères célibataires, certaines étant stigmatisées quand d’autres bénéficieraient de compassion et d’admiration.

Des attitudes déplacées

C’est en tout cas ce qu’écrit la journaliste américaine Kimberly Seals Allers dans une tribune publiée sur le Washington Post. L'article lui a été inspiré par un message rédigé par Sheryl Sandberg, le 6 mai. La numéro 2 de Facebook, et auteure de Lean in, un livre dans lequel elle exhortait les femmes à «aller de l’avant», y faisait son mea culpa:

«Des personnes ont estimé que je n’avais pas assez écrit sur les difficultés auxquelles font face les femmes qui n’ont pas un partenaire solidaire, ou qui n’ont pas de partenaire du tout. Elles avaient raison.»

Rappelant que 30% des familles américaines sont monoparentales, et que dans 84% des cas, ce sont aux mères d’assumer les responsabilités familiales, elle déplorait que les «attitudes et les politiques ne se soient pas adaptées à ce changement». C’est que Sheryl Sandberg, tout en concédant que son aisance financière la classe à part des mères célibataires ET pauvres, élève ses deux enfants seule, depuis la mort de son mari, un an plus tôt.

Catégorisation secrète

Kimberly Seals Allers dit avoir lu avec intérêt ce plaidoyer, mais s’être vite rendue compte que, dans son texte, Sheryl Sandberg avait complètement occulté ce qui faisait qu’une mère célibataire était ou non stigmatisée:

«La société catégorise secrètement les mères célibataires avec des niveaux de respectabilité basés sur les revenus, la race, et surtout, la manière dont elles sont devenues mères célibataires.»

Elle explique, par exemple, qu’elle a longtemps continué à porter son alliance après son divorce à chaque réunion parents-professeurs pour tenter d’échapper au stéréotype de la «mère célibataire noire».

«J’ai pris du boulot en plus pour permettre à mes enfants d’avoir accès aux mêmes choses que les autres élèves, surtout les blancs –leçons de piano, voyages, sport. [...] Je disais: “je vais en discuter avec leur père” à chaque conversation, et utilisais le “nous” même quand nous n’étions pas en très bons termes. Je ne suis pas fière de ces tactiques, mais il s’agissait de stratégies de survie dans une société qui imagine souvent toutes les mères noires célibataires –et, par extension, leurs enfants– comme défaillantes.»

La mainmise du patriarcat

Cette façon de distinguer les bonnes et les mauvaises mères célibataires s’exercerait particulièrement quand les femmes doivent expliquer pourquoi elles sont seules. Et si Kimberly Seals Allers prend bien soin de préciser, qu’évidemment, le sort des veuves n’est en rien enviable et que personne ne souhaiterait être à leur place, reste qu’une femme qui élève ses enfants seule parce qu’elle a perdu son compagnon suscite forcément «sympathie, compassion et compréhension».

Dans l’échelle de la respectabilité suivent les femmes divorcées qui sont, elles aussi, acceptées socialement parce qu'ayant été mariées, elles ont été «validées par une structure patriarcale, qui est devenue un élément déterminant pour évaluer les capacités d’une femme à materner».

Tout au bout de l’échelle, on trouvera donc en toute logique les mères célibataires qui ont choisi de l’être, dès le départ. Celles qui, selon l’expression consacrée et fourre-tout, ont fait un bébé toute seule, en adoptant, par PMA, ou qui n’ont pas fait participer le géniteur à la vie de leur enfant. En somme, toutes celles qui se sont extraites de tout schéma patriarcal.

Arrêtons la course

«Quiconque vit en dehors des normes devra endurer les jugement et le manque de soutien. Pire, ce sera aussi le cas pour leurs enfants.» Avec quelques exceptions notables. Quand Angelina Jolie ou Sandra Bullock adoptent un enfant d’un pays en voie de développement, leur célébrité, leur richesse, et le petit côté humanitaire de l’entreprise, leur fait illico grimper l’échelle de la respectabilité.

Ce dont TOUTES les mères célibataires ont besoin, conclut la journaliste, et ce quelle que soit la manière dont elles le sont devenues, c’est que la monoparentalité cesse de devenir «une compétition avec des insignes, des prix et une validation sociale basée sur la manière dont on est entrées dans la course». Alors, on pourra se concentrer sur les enfants et se préoccuper de leur bien-être bien plus que du statut marital de leur(s) parent(s).

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