LGBTQMonde

La communauté gay de Floride se rassemble après Orlando

Frédéric Martel, mis à jour le 13.06.2016 à 17 h 44

Bert Medina est le président de WPLG Local 10, l’une des principales chaînes de télévision en Floride. Cubain-Américain et gay, il est le symbole de trois identités. Dimanche matin, la plus longue journée de sa vie commence.

À Orlando, le dimanche 12 juin II Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

À Orlando, le dimanche 12 juin II Drew Angerer / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Il est 7 heures du matin ce dimanche 12 juin et Bert Medina est chez lui, dans sa villa de Fort Lauderdale, la principale ville «gay» de Floride. «J’étais à la maison quand le directeur de l’information de WPLG m’a prévenu qu’il y avait eu une fusillade à Orlando. Nous ne savions pas grand chose.» Les informations sont alors encore parcellaires et il faudra plusieurs heures pour que la police communique sur le nombre de victimes. Medina échange aussitôt avec son équipe de WPLG Local 10, l’antenne d’ABC en Floride, pour voir comment couvrir l’événement. L’une des plus longues journées de sa vie vient de commencer.

Bert Medina

«On ne savait pas grand chose de ce qui s’était passé. Mais avec mon équipe, on a tout de suite décidé d’envoyer trois équipes de Local 10 News à Orlando», me dit Bert Medina. Le direct, la couverture live de l’information est en effet devenu sa grande affaire.

Bert Medina décide de placer sa chaîne en «breaking news» mais il se heurte au système de décrochages locaux, appelé «syndication». «Nous sommes l’antenne locale de ABC. Cela signifie que Local 10 News commence ses programmes vers 5 heures du matin, en Floride, et entre 8 heures et 9 heures nous diffusons ABC pour “Good Morning America”– ce qu’on a fait. Ensuite, nous sommes revenus à l’antenne à Pembroke Park.»

Ce dimanche 12 juin, le pessimisme s’accroît d’heure en heure. Les informations sont de plus en plus critiques. Il y aurait vingt, puis trente, puis cinquante morts… La fusillade a eu lieu dans un club gay, fréquenté par de nombreux latinos: le Pulse.

«À mesure que les informations nous parvenaient, nous nous sommes rendus compte de la gravité de la situation. Il était encore trop tôt pour faire des spéculations, mais nous avons pris la décision de rester live pour servir notre communauté et de ne plus diffuser le network ABC. Parallèlement, nous avons envoyé de nouvelles équipes sur place: au total 16 journalistes de Local 10 sont arrivés à Orlando, Port Saint Lucie et Fort Pierce. De plus, compte tenu des victimes, nous avons aussi concentré nos moyens en Floride du Sud, pour suivre les réactions de la communauté gay à Wilton Manors et Miami Beach et aussi les réactions de la communauté musulmane en Floride.»

«Une journée poignante, d'une grande tristesse»

Cubain-Américain emblématique, né à Cuba en 1962, arrivé à Miami à l’âge de 7 ans avant de s'imposer comme l’un des hommes les plus puissants des médias en Floride, Medina est aussi une personnalité ouvertement gay de l'État américain. Il est marié avec son partenaire, Michael, et vit dans l’une des principales villes «gay» des États-Unis, Fort Lauderdale. C’est dire que l’attaque contre le Pulse le frappe à plusieurs titres: comme Américain, comme Hispanique et comme gay. Ses multiples identités vacillent.

« Je ne suis jamais allé au Pulse, mais c’était, dit-on, la plus grande discothèque LGBTQ d’Orlando. Longtemps Orlando n’a pas été une ville très gay de Floride, comparée à Miami, Fort Lauderdale ou Wilton Manors qui ont le plus grand nombre de résidents LGBT. Pourtant, ces dernières années, une vie gay s’y est développée du fait notamment des parcs d’attraction [Disneyworld est situé là, ndlr] et que beaucoup de résidents de Floride du Sud voyagent régulièrement à Orlando.»

SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Dimanche soir, les militants gays se sont retrouvés un peu partout aux États-Unis, devant les lieux emblématiques du mouvement, comme par exemple à New York où une foule est restée jusque tard dans la nuit devant le Stonewall Inn, le bar le plus célèbre de la libération gay, sur Christopher Street à Greenwich Village.

«Les premiers témoignages qui nous sont parvenus de la communauté gay ont montré que tout le monde se rassemblait, confirme Bert. C’est un processus normal quand une communauté est tragiquement attaquée. La population LGBT essaye d’être forte, ensemble, mais les prochains jours et les prochaines semaines seront très émouvants.»

Bert Medina se refuse toutefois à résumer l’événement à une attaque contre la communauté gay. Pour lui, c’est l’Amérique toute entière qui a été visée.

«Ici, à WPLG Local 10, nous nous efforçons chaque jour de servir l’ensemble de la population de Floride et quand une communauté spécifique est touchée c’est toute notre population qui est attaquée. Notre travail comme journaliste est d’informer et de servir tout le monde. Quand on a des attaques de cette magnitude, que ce soit à Paris, à Bruxelles ou en Floride, c’est toujours très dur à vivre. Ce lundi, nous serons en direct d’Orlando toute la journée, on continuera à servir tous les habitants de Floride. Dimanche a été une journée difficile, très poignante et d’une grande tristesse.»

Frédéric Martel
Frédéric Martel (82 articles)
Journaliste et chercheur
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