LGBTQ / Monde

Pourquoi aux États-Unis ne parle-t-on pas d'attentat à propos de la tuerie d'Orlando?

Temps de lecture : 4 min

Omar Mateen s'est revendiqué de l'État islamique mais politiques et médias américains ne parlent pas d'attentat. L'enquête en cours et les nombreuses tueries aux États-Unis peuvent expliquer pourquoi l'expression n'est pour l'instant pas employée.

Des policiers sécurisent la scène de crime aux abords de la boîte de nuit Pulse, le 12 juin 2016 à Orlando en Floride après la tuerie survenue dans le nuit du 11 au 12 juin | Mandel Ngan / AFP
Des policiers sécurisent la scène de crime aux abords de la boîte de nuit Pulse, le 12 juin 2016 à Orlando en Floride après la tuerie survenue dans le nuit du 11 au 12 juin | Mandel Ngan / AFP

Un «acte de terreur» et un «acte de haine» sont les mots qu'a employés Barack Obama dans une allocution pour désigner la plus meurtrière fusillade de masse de l'histoire moderne américaine.

Omar Mateen, l'auteur de cette tuerie qui a fait 50 morts et 53 blessés (le bilan est toujours provisoire) dans une boîte de nuit gay de Orlando en Floride, s'est pourtant réclamé de l'État islamique. L'homme a appelé un numéro d'urgence en Floride et a«juré allégeance au chef de l'organisation État islamique». Selon l'agence Amaq, liée aux djihadistes, c'est un «combattant de l'EI» qui a commis l'attaque.

En pleine campagne présidentielle, si le Républicain Donald Trump a parlé d'attaque terroriste, Hillary Clinton reste prudente. Le Los Angeles Times parle de «terror attack», d'attaque terroriste, mais les médias évoquent davantage pour l'instant une «tuerie de masse» («mass shooting»).

L'enquête est en cours

Le FBI a très vite ouvert une enquête pour «acte de terrorisme», expliquant que Mateen «pourrait avoir des sympathies pour cette idéologie particulière, mais nous ne pouvons l'affirmer catégoriquement». Malgré la revendication de l'acte, l'enquête n'est donc pas terminée. «Nous en sommes au début», a indiqué Barack Obama dans son allocution au lendemain de la tuerie.

C'est aussi que les États-Unis connaissent malheureusement quasi quotidiennement les tueries de masse, l'expression «mass shooting» a été régulièrement utilisée: Barack Obama a déjà réagi dix-huit fois à ce type d'événement en huit ans de présidence, sept fois depuis janvier 2015. The Washington Post a fait le décompte des victimes (870), d'auteurs (129) et d'armes utilisées (244) tant cela semble fréquent.

La prudence avait aussi été de mise le 2 décembre 2015 lorsque deux personnes, Syed Rizwan Farook et son épouse Tashfeen Malik, tuent quatorze personnes à San Bernardino en Californie. Mais l'attaque planifiée par les deux individus appelle très vite la qualification d'attentat. Si Barack Obama reste aussi prudent dans un premier temps (comme le FBI), cinq jours après, il évoque un «acte terroriste» dans un discours que CNN qualifie comment l'un des plus virulents contre l'État islamique de sa part, après que Daech l'a revendiqué le 4 décembre.

Lors des attaques à Charlie Hebdo en janvier en 2015 et le 13-Novembre, si l'on a d'abord parlé de «fusillade», la requalification en «attentat» est rapide, le plan vigipirate a été élevé le jour même à son niveau le plus élevé et est passé en «alerte attentat», malgré les enquêtes en cours. Le 13 novembre les policiers parlent entre eux de «terroristes» alors que ceux-ci sont en cours, François Hollande parle le 14 novembre 2015 de «terroristes» et d'«acte de guerre qui a été préparé, organisé, planifié de l'extérieur, un acte d'une barbarie absolue».

La définition d'attentat

Qu'est-ce qui justifie de parler d'attentat à propos d'une attaque criminelle ou d'une tuerie? Lors de l'attaque contre un site de gaz industriel d'Air Products en juin 2015 en France, nous rappelions déjà le débat autour de la définition d'attentat.

Selon le code pénal, plusieurs catégories d’infractions peuvent être qualifiées de terroristes:

«Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, l'enlèvement et la séquestration ainsi que le détournement d'aéronef, de navire ou de tout autre moyen de transport […]» mais aussi des vols, extorsions, dégradations et détériorations ou même des «infractions en matière informatique». La condition est que ces actes soient commis «intentionnellement en relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur».

Puisque les mêmes infractions peuvent ou non être définies comme terroristes, le critère distinctif est celui de l’intention des auteurs. Comme le précise le Sénat sur son site, il s'agit d'«infractions existantes commises en relation avec une entreprise à caractère terroriste. Il s'agit donc d'infractions de droit commun commises dans des circonstances particulières qui leur confèrent un caractère spécifique», le caractère terroriste. Le Code pénal emprunte donc «à des infractions existantes leurs éléments constitutifs, et en retire une qualification terroriste en raison des circonstances particulières qui les entourent», précise le site des éditions juridiques Dalloz.

Si l'intention de l'auteur est le critère distinctif et si l'enquête prouve qu'Omar Madeen avait planifié cette attaque, elle pourrait donc rapidement être requalifiée en attentat.

Les tueries en France

En mars 2012, lorsque sept personnes, dont un rabbin et trois enfants juifs sont abbatus par Mohamed Merah à Toulouse, le mot de tuerie est aussi et d'abord employé. Puis Mohamed Merah se revendique d'Al-Qaïda et le ministre de l'Intérieur Claude Guéant parle d'«attentat horrible» pour désigner l'attaque dont a été la cible le collège-lycée Ozar Hatorah.

Mais la France a aussi eu ses «tueries». La plus marquante est celle survenue à Nanterre en 2002, Richard Durn tue huit personnes en plein conseil municipal, avant de se suicider pendant sa garde à vue. Dans une lettre envoyée à une amie, il détaille son projet, rappelle en 2013 Le Figaro: «…puisque j'étais devenu un mort-vivant par ma seule volonté, je décidais d'en finir en tuant une mini élite locale qui était le symbole et qui étaient les leaders et décideurs dans une ville que j'ai toujours exécrée…»

Il explique vouloir tuer le maire, puis «le plus de personnes possibles» avant de se tuer ou d'être tué. «Je vais devenir un serial killer, un forcené qui tue. Pourquoi? Parce que le frustré que je suis ne veut pas mourir seul, alors que j'ai eu une vie de merde, je veux me sentir une fois puissant et libre». La tuerie est bien politique mais associée à aucune organisation terroriste. Et elle est le fait d'un seul homme. Quand Liberation récapitule les tueries en France depuis 1989, c'est aussi le cas.

Le fait qu'il s'agisse encore d'un homme seul à Orlando peut expliquer que le terme de «tuerie» reste, d'autant que, comme l'explique le New York Times, l'État islamique encourage n'importe qui à se revendiquer de l'organisation.

Mélissa Bounoua Rédactrice en chef adjointe de Slate.fr

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