Sports

Euro 2016: et au début, c'est l'Allemagne qui gagne

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 13.06.2016 à 12 h 40

On le sait, le foot se joue à onze contre onze et les Allemands gagnent à la fin. Mais s'ils le font, c'est aussi parce que personne ne rentre mieux qu'eux dans les grandes compétitions.

Manuel Neuer et Bastian Schweinsteiger s'enlancent après la victoire allemande contre l'Ukraine. MARTIN BUREAU / AFP

Manuel Neuer et Bastian Schweinsteiger s'enlancent après la victoire allemande contre l'Ukraine. MARTIN BUREAU / AFP


À l'époque où cette phrase a été prononcée, en juillet 1990, 11 des 23 Allemands retenus pour cet Euro 2016, dont le buteur décisif de la finale de la Coupe du monde 2014 Mario Götze, n'étaient pas nés. Et pourtant, elle demeure, inusable: «Le foot est un sport qui se joue à onze contre onze et où l'Allemagne gagne à la fin.» Son auteur, l'ancien attaquant britannique Gary Lineker, aujourd'hui reconverti comme consultant pour les médias britanniques, y est allé de deux tweets amusés, dimanche 12 juin, pour planter le statut de favori des hommes de Joachim Löw, qui ont présenté un visage à la fois séduisant et faillible pour devenir, face à l'Ukraine, la première équipe à l'emporter par deux buts d'écart dans cet Euro (2-0).

«L'Allemagne mène... Ils ont marqué leur premier but par leur numéro 2. Pour équilibrer les choses lors de cet Euro, ils vont marquer leur but par ordre croissant des numéros.»

«Mustafi est le 34e joueur à marquer pour l'Allemagne lors d'un Euro, deux de plus que les autres pays. Quels frimeurs!»

S'il avait voulu enchaîner les aphorismes, Lineker aurait aussi pu opter pour: «Le foot est un sport qui se jeu à onze contre onze et où l'Allemagne gagne au début.» Car si l'Allemagne est aussi souvent présente à la fin des grandes compétitions, c'est parce qu'elle sait le plus souvent parfaitement y entrer. Son incroyable régularité au plus haut niveau du foot mondial (dix-huit Coupes du monde disputées sur vingt et douze Euros sur quinze) n'a d'égale que son aisance au moment d'entrer dans les tournois. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les pourcentages de victoires, de nuls et de défaites des cinq grands pays européens lors de leur premier match de Coupe du monde et d'Euro depuis 1980, époque où l'Euro a, comme la Coupe du monde, adopté le principe d'une phase de poules:

1. RFA puis Allemagne: 63% / 32% / 5%
2. France: 54% / 33% / 13%
3. Italie: 38% / 50% / 12%
4. Espagne: 29% / 42% / 29%
5. Angleterre: 19% / 50% / 31%

Pour situer, la dernière défaite de l'Allemagne au moment d'entrer dans une grande compétition remonte... à 1982, quand l'Algérie de Belloumi et Madjer avait créé une immense sensation face à la Mannschaft lors du Mondial espagnol (avant d'être éliminée lors du «Match de la honte» entre la RFA et l'Autriche). À l'inverse, l'Angleterre, rejointe à la dernière minute par la Russie à Marseille samedi (1-1), attend depuis 2006 une victoire inaugurale que la France avait elle passé dix ans à chasser entre l'Euro 2004 et la Coupe du monde 2014.

Il y a dans cette impressionnante série sans doute une partie de l'explication de ces Allemands qui «gagnent à la fin»: sans déterminer toute une compétition (l'Italie, un peu l'inverse en la matière avec ses départs mollassons parfois suivis de brillants parcours, comme lors des Mondiaux 1982 et 1994, s'en souvient), un premier succès permet d'engranger de la confiance, de se positionner favorablement pour une première place de groupe avec un tableau plus favorable, de faire éventuellement tourner lors du troisième match... toutes choses qui aident à aller loin (et parfois aussi à disposer d'un tirage au sort plus aisé la fois suivante). Même si les ouvertures réussies de l'Allemagne ne peuvent pas se résumer à de la chance au tirage: elle a battu le Portugal deux fois d'entrée en 2012 et 2014 et la plutôt plaisante Ukraine qu'elle a vaincue dimanche en aurait sans doute embêté beaucoup. Elle est d'ailleurs passé à un penalty refusé près, pour une charge de Neuer sur Seleznov à la 88e, de priver l'Allemagne de sa sixième victoire consécutive en ouverture d'un grand tournoi.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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