Sports

Incidents de Marseille: la presse russe entre minimisation et dénonciation

Temps de lecture : 3 min

Les affrontements avec les fans anglais sont gênants pour un pays qui voulait afficher sa «normalité» à deux ans de sa Coupe du monde.

Au Stade Vélodrome, le 11 juin 2016. BERTRAND LANGLOIS / AFP.
Au Stade Vélodrome, le 11 juin 2016. BERTRAND LANGLOIS / AFP.

«Bagarres entre supporters britanniques [comprendre anglais] et russes à Marseille. [...] Cinq ou six Anglais tombaient à chaque fois sur l’un des nôtres.» Voici comment la Komsomolskaya Pravda titre, ce dimanche 12 juin, son article revenant sur les incidents regrettables qui se sont déroulés tout au long du week-end à Marseille en marge de la rencontre entre la Russie et l'Angleterre, qui s’est terminée sur un score de parité, 1-1.

Les gros titres de la presse restent donc assez neutres pour minimaliser la culpabilité des Russes dans ces événements, ce qui est compréhensible dans un pays qui se prépare à accueillir le prochain événement majeur de la planète football dans seulement deux ans. Cette volonté de minimalisation est clairement affichée car la Russie a à cœur de démontrer au monde qu’elle est prête à organiser la Coupe du monde 2018 et surtout que les problèmes okolofutbola (autour du football) ont totalement disparu. La tendance est donc plutôt à la gêne ce dimanche, quand on sait que la population russe veut montrer à l’Europe sa «normalité» dans une période troublée en matière géopolitique.

Néanmoins, certains organes de presse, surtout les médias sportifs, ont décidé de titrer de façon non-équivoque. «Les fans russes ont lancé une bagarre avec les Anglais dans les tribunes après le match de l’Euro», titre ainsi R-Sport, dénonçant ce que la Russie ne veut voir. En effet, les problèmes de hooliganisme sont bien présents en Russie: ils ont été sortis des stades et des villes –ainsi, les événements de Marseille n’auraient pas été possibles dans une ville comme Moscou– mais le monde des hooligans russes est très organisé et les groupes se donnent rendez-vous à la campagne, à l’abri des caméras et de la police, pour se mesurer les uns aux autres. C’est devenu une tradition qui implique toutes les villes et les clubs du pays, même quand ces équipes ont quitté le football professionnel. On en a eu l’exemple, samedi, avec la participation des ultras (Sturdy Fighter) du Torpedo Vladimir, club assez obscur de troisième division russe. Les Hooligans du défunt Zenit Chelyabinsk se mesurent également très souvent à ceux de l’Ural Ekaterinburg, club de première dvision.

Ainsi, les problèmes sont cachés mais bien réels et c’est ce qui embarrasse le plus le pays aujourd’hui. Les acteurs, eux, ne s’en cachent pas. La Komsomolskaya Pravda a d’ailleurs donné la parole à l’un d’entre-eux, Aleksey, qui raconte avoir croisé d’autres «supporters» russes et décidé de se séparer en petits groupes de deux ou trois pour s’attaquer aux Anglais à un endroit précis, tout en sachant que la police était proche. Ils ont, selon lui, été pris de cours par un groupe de «jeunes» (débutants sur la scène hooligan) du Dinamo Moscou qui ont provoqué les Anglais. Ces derniers se seraient jetés sur eux, et selon lui, la police aurait laissé faire. Naturellement, ses amis et lui sont venus les défendre, ont vaincu les Anglais mais quand les renforts adverses sont arrivés, il est parvenu à s’échapper, laissant la police avec les Anglais.

Aleksey raconte ainsi les faits comme si c’était quelque chose de tout à fait normal et montre à l’Europe que ces groupes sont préparés et entraînés à la bagarre. Ces versions des faits poussent aussi la presse russe à dénoncer le manque de préparation de la police française face à ces groupes très organisés. Gladiators Firm du Spartak, Music Hall du Zenit, Orel Butchers du Lokomotiv Moscou, tous avaient pourtant prévenus qu’ils se rendraient en France, notamment ces derniers, qui avaient publié leurs préparatifs sur Instagram et qui ont été omniprésents dans les événements de samedi. Il faut savoir que ces derniers, nommés «BKhZ», sont parmi les plus respectés de Russie et représentent un club assez peu populaire à Moscou: l’activité des hooligans est souvent inversement proportionnelle à la popularité de l’équipe, car il est plus facile d’être influent et d’organiser un groupe violent dans une équipe assez peu soutenue. C’est le chemin qu’ont pris la plupart de ces hooligans «cheminots», présents hier à Marseille.

En tout cas, à deux ans de leur Coupe du monde, les médias russes vont scruter attentivement la suite des événements et l’évolution des dispositifs de sécurité alors que se profilent d’autres nations entourées de groupes actifs, comme la Slovaquie, sur le chemin de la sélection de Leonid Slutskiy.

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