Sports

Euro 2016: allons enfants de la fratrie...

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 12.06.2016 à 15 h 12

Si le duel des frères Xhaka, titulaires avec l'Albanie et la Suisse, a beaucoup attiré l'attention, trois sélections comptent aussi une fratrie dans leurs rangs.

Taulent et Granit Xhaka lors du match Albanie-Suisse, le 11 juin 2016 à Lens. FRANCOIS LO PRESTI / AFP.

Taulent et Granit Xhaka lors du match Albanie-Suisse, le 11 juin 2016 à Lens. FRANCOIS LO PRESTI / AFP.

Il n'a pas fallu attendre longtemps pour avoir l'image la plus attendue du match entre l'Albanie et la Suisse, à Lens. À peine plus d'une minute de jeu, et Granit et Taulent Xhaka évoluaient dans la même zone au milieu du terrain, le ballon dans les pieds du premier, le second les yeux fixés dessus. Si l'image était attendue, c'est parce que, si les deux hommes, nés à Bâle de parents originaires du Kosovo, portent le même nom, ils ne portent pas le même maillot: l'aîné, Taulent, joue pour l'Albanie; son cadet, Granit, pour la Suisse. Élu homme du match par l'UEFA après la courte victoire de la «Nati» (1-0), ce dernier, qui avait adressé une lettre émouvante à son frère avant une confrontation qu'il annonçait comme «très difficile», eu droit à la première question de la conférence de presse, qui a évidemment porté sur ce duel fratricide, et à laquelle il a répondu dans la langue de bois de rigueur: «Un moment particulier, des émotions particulières. On s'est bien débrouillés, chacun pour son pays. On est tous les deux heureux, moi évidemment un peu plus.»

C'est la première fois dans l'histoire de l'Euro que deux frères se retrouvent, non plus côte à côte, mais face à face. Un événement qui s'était «à moitié» produit pendant deux Coupes du monde consécutives, en 2010 puis 2014, quand l'Allemand Jérôme Boateng s'était retrouvé face à son demi-frère, le Ghanéen Kevin-Prince Boateng, lors de la phase de poules.

Les fratries parvenues à un aussi haut niveau sont relativement rares: de 1976 à 2012, l'Euro de football en a vu passer treize. Plateau plus large oblige, l'édition 2016 en compte trois en dehors des Xhaka: les frères Evans pour l'Irlande du Nord, les frères Bérézoutski pour la Russie, les frères Lukaku pour la Belgique.

Si, au-delà même d'un cas à part comme celui des Xhaka, les histoires de frères dans le foot sont aussi fascinantes, c'est à cause de cette statistique simple: il suffit d'imaginer qu'une seule famille fournit donc 10% des footballeurs jugés les meilleurs d'un pays. Jonny Evans racontait ainsi récemment ce que lui avait dit son coéquipier de club Darren Fletcher quand il lui a parlé du jour où ses jumeaux deviendraient des footballeurs: «Jonny, cela pourrait fort ne jamais arriver. Tu ne réalises pas à quel point tes parents sont chanceux d'avoir deux fils jouant tous les deux à un très bon niveau et retenus pour l'Euro.»

Les fratries du football nous coûtent souvent des histoires d'influences paternelles ou maternelles: les Evans ne manquent jamais une occasion, en interview, de remercier leurs parents, qui se sont «expatriés» à Manchester pour permettre à Jonny de passer des tests à United. Elles nous racontent aussi, bien sûr, des histoires de rivalité et d'émulation, comme l'a conté Corry Evans au Guardian: «[Le succès de Jonny] me rendait la vie dure, mais j’étais toujours déterminé à me hisser au haut niveau et à l’imiter.» Ou de formation: «Il me coache tout le temps. Il ne me lâche jamais. Mais entre-temps, il ne doit plus me tenir la main, tout se passe bien», s’amusait récemment Jordan Lukaku dans L’Avenir. Des histoires... d'histoire: en Irlande du Nord, l'ascension des frères Evans a fait remonter le drame des frères Blanchflower, Danny et Jackie, qui auraient probablement disputé ensemble une grande compétition, la Coupe du monde 1958, si la carrière du second n'avait pas été brisée par la tragédie aérienne de Munich, quelques mois plus tôt. Et, parfois même, des histoires de symbiose pure et simple, comme dans le cas des jumeaux Bérézoutski, qui présentent la particularité de constituer la charnière centrale du CSKA Moscou. «Notre compréhension mutuelle est d'absolument 100%», expliquait Vassili en 2011. «Je sais comment il va se comporter à tel ou tel moment, et vice-versa. Ces moments sont beaucoup plus faciles à gérer pour nous quand nous sommes sur le terrain.» (À noter en revanche qu'Aleksei notait qu'ils n'arrivaient pas à se faire passer l'un pour l'autre auprès de leurs coéquipiers en équipe nationale).

Reste à savoir si les 90 minutes jouées par les frères Xhaka face-à-face à Lens ne seront pas les seules où il sera possible de voir deux frangins sur une même pelouse pendant l'Euro. Côté russe, seul Vassili Bérézoutski, auteur de l'égalisation de son pays dans les arrêts de jeu contre l'Angleterre à Marseille (1-1) est titulaire. Idem côté nord-irlandais, avec Jonny Evans seul titulaire, et côté Belgique, où il faudra sans doute compter sur le coaching pour voir évoluer côte à côte Romelu et Jordan Lukaku, comme ce fut le cas quand le cadet fit une passe décisive à l'aîné en match amical au Portugal.

En 1980, chacun des finalistes, la Belgique et la RFA, comptait une fratrie dans ses rangs, et les frangins Forster, Bernd et Karl-Heinz, furent sacrés champions d'Europe. En 1988, ce fut aux tours des frères néerlandais Koeman, Erwin et Ronald, tous deux titulaires en finale. Mais la plus surprenante histoire de frères à l'Euro, encore plus étonnante que celle des frères Xhaka, s'écrit en creux: en novembre 1990, les frères Laudrup, Brian et Michael, en conflit avec leur sélectionneur, décidèrent de quitter l'équipe nationale du Danemark, et seul Brian choisit d'y faire son retour quand le Danemark fut repêché pour l'Euro 1992 après l'exclusion de la Yougoslavie en guerre. Un mois plus tard, les Danois étaient champions d'Europe.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (943 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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