Sports

Ces Bleus là sont très imparfaits, mais ils jouent au présent

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 11.06.2016 à 11 h 51

On a longtemps cru que, comme trop souvent, l'équipe de France allait effectuer un faux départ dans une grande compétition. Mais une frappe de loin (longtemps une rareté chez les Bleus...) de Payet, la hype du moment, les place déjà en position idéale.

Dmitri Payet et Olivier Giroud, les deux buteurs de la France face à la Roumanie, le 10 juin 2016 au Stade de France. PHILIPPE LOPEZ / AFP.

Dmitri Payet et Olivier Giroud, les deux buteurs de la France face à la Roumanie, le 10 juin 2016 au Stade de France. PHILIPPE LOPEZ / AFP.

Stade de France (Saint-Denis)

Et soudain, l'équipe de France nous fit brièvement rajeunir de vingt ans. On jouait la 57e minute de cette rencontre inaugurale de l'Euro 2016 contre la Roumanie et, sur un centre de Payet, le gardien roumain Tatarusanu, trop court, vit sa sortie devancée par la tête de Giroud pour l'ouverture du score, et le premier but de cet Euro. Un but quasiment comme un sample de celui inscrit contre le même adversaire par Christophe Dugarry, il y a vingt ans jour pour jour, lors d'un autre match d'entrée dans l'Euro pour les Bleus, le 10 juin 1996 à Newcastle –Dugarry le futur contesté de 1998, comme Giroud est le contesté de 2016... Ce soir-là, les Bleus l'avaient emporté 1-0 et s'étaient idéalement lancés dans la compétition.

Et soudain, l'équipe de France nous fit brièvement rajeunir de beaucoup moins –même pas d'une dizaine d'annéees. Une faute bête d'Evra, un penalty de Stancu et les Roumains revenaient au score, à peine huit minutes plus tard (65e). Et commençait à planer sur le Stade de France le spectre de ces départs diesel auxquels les Bleus nous avaient longuement habitués au moment d'entrer dans les grandes compétitions lors de la dernière décennie, de la sortie de route sénégalaise de 2002 aux trois 0-0 consécutifs de la période 2006-2010. Dont, coïncidence, un affreux 0-0 contre la Roumanie, à Berne, en 2008, la sélection roumaine faisant partie, avec le Danemark ou la Suisse, qui affronteront les joueurs de Deschamps à Villeneuve d'Ascq, de ces équipes qui semblent coller comme de la glu au destin des Bleus dans les grandes compétitions.

Et soudain, l'équipe de France nous fit revenir dans le présent. On jouait la 89e minute et l'on cheminait gentiment vers un nul frustrant quand Dimitri Payet enroula un amour de frappe du gauche dans la lucarne, à une vingtaine de mètres.

Si le score final (2-1), et en partie le scénario, sont le même que celui de la dernière entrée réussie des Bleus dans un Euro, en 2004 contre l'Angleterre, le ressenti est différent. Il s'agissait alors, avec ce doublé de Zidane dans les arrêts de jeu, du dernier coup, du dernier braquage, d'une bande de copains fourbus qui avaient tout gagné –à l'époque, comme le notait récemment L'Equipe, la moyenne de sélections du groupe France était supérieure à 40, près du double d'aujourd'hui. C'était l'époque où la France plaçait une bonne partie de son épargne sur les coups de pieds arrêtés, témoin la série de corners, coups-francs et pénaltys victorieux qui scandaient ses parcours à l'époque.

C'était l'époque, aussi, où on se lamentait souvent d'un déficit de frappes lointaines chez les Bleus, en regardant avec envie de l'autre côté du Rhin. Le but de Payet a donc non seulement le goût de la victoire mais aussi celui des choses rares, presque de la nouveauté. Il est la preuve que cette équipe de France là encore extrêmement imparfaite, avec toutes ses qualités et ses lacunes (témoin une poignée de grosses frayeurs et pas mal de déchet technique en première mi-temps, la sortie anticipée de ses deux cadres supposés, Griezmann et Pogba...), vit on ne peut plus au présent.

Celui de Kingsley Coman, par exemple, devenu le plus jeune Bleu à jamais participer à la phase finale d'une grande compétition, et qui fêtera ses vingt ans lundi –en attendant peut-être de fêter une qualification mercredi, à Marseille contre l'Albanie. Ou même celui de Payet, 29 ans pourtant, mais encore un jeune Bleu à l'échelle du nombre de sélections, absent de la Coupe du monde 2014 et qui a conquis sa place de titulaire sur le tard. Et manifestement, à en croire la façon dont il a tenté d'enflammer une rencontre qui ne demandait qu'à se crisper, le public français a envie d'y croire.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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