Allemagne / Sports

Oskar Rohr, le footballeur allemand qui défendit les couleurs de Strasbourg sous le nazisme

Temps de lecture : 2 min

Légende du football alsacien, il était considéré comme un traître à sa patrie, qu'il avait quittée pour pouvoir jouer au niveau professionnel.

Oskar Rohr (à gauche), capture Arte
Oskar Rohr (à gauche), capture Arte


À l'occasion de l'Euro 2016, Arte diffusait mi-juin Petites histoires du foot franco-allemand, un documentaire riche en anecdotes qui se penche sur les relations des deux pays à travers le prisme du football, relations qui vont connaître un nouvel épisode avec la demi-finale de Marseille le 6 juillet.

Si le film revient dans le détail sur les épisodes-clefs de cette longue et tumultueuse histoire footballistique, à l'instar du dramatique France-RFA 1982, au sujet duquel Patrick Battiston et Harald Schumacher prennent la parole, il évoque une histoire bien moins connue du foot franco-allemand, celle du buteur allemand Oskar Rohr, qui fut le premier joueur allemand professionnel à rejoindre une équipe française.


Né en 1912 à Mannheim, l'attaquant Oskar Rohr entre au Bayern Munich en 1930. C'est un buteur hors pair, et c'est grâce à lui que le club bavarois remporte le championnat d'Allemagne en 1932. Mais à cette époque, les clubs allemands sont amateurs et ne payent donc pas leurs joueurs. Oskar Rohr veut gagner de l'argent et prend la décision de quitter son pays pour embrasser une carrière de joueur professionnel.

Le déserteur

Il part d'abord en Suisse en 1933, où il suit son ancien entraîneur, Richard Dombi, au Grasshopper Club Zurich. C'est l'année où Hitler arrive au pouvoir et les nazis prendront très mal le départ du joueur, comme le rappelait le quotidien allemand Mannheimer Morgen en 2012, à l'occasion du centième anniversaire de la naissance d'«Ossi», comme le surnommaient affectueusement ses supporters:

«Dombi était d'origine juive. Cela constitua un problème pour Ossi à cette époque politiquement tendue qui précéda la guerre. Alors qu'il ne s'intéressait pas à la politique, il fut dorénavant mis à l'écart, considéré comme un déserteur alors qu'il n'en était pas un.»

Un article paru dans Der Spiegel en 2006 ajoute que les nazis considéraient le «professionnalisme» dans le monde du foot comme «une maladie juive».

L'année suivante, Oskar Rohr part en France, où il y a déjà des joueurs professionnels. Il rejoint le Racing Club de Strasbourg, avec lequel il signe son premier contrat. Entre 1934 et 1939, il défendra les couleurs alsaciennes, se taillant une réputation de légende. Le site internet de la Ligue d'Alsace de football (Lafa) le décrit comme «l'attaquant le plus prolifique du Racing», avec 117 buts à son actif.

Le grand flou de l'histoire

Considéré en Allemagne comme un «traître à la patrie», comme l'explique dans le documentaire son petit-neveu Gernot Rohr, lui-même ancien footballeur professionnel et ancien entraîneur des Girondins, «Ossi» a pris la fuite sous l'Occupation, partant vivre à Sète, située en zone libre. C'est là que l'histoire se complique. Selon Gernot Rohr, il aurait alors joué au FC Sète pendant trois ans et se serait fait arrêter par les nazis:

«Après un match, il s'est fait prendre par la Gestapo dans le vestiaire et a été déporté dans un camp de concentration.»

Mais selon la Mannheimer Zeitung, le joueur aurait été enfermé dans un camp de concentration par les Français en 1939, puis livré en 1942 aux Allemands. Une autre version veut qu'il se soit engagé au sein de la Légion étrangère pour combattre son propre pays.

Toujours est-il que le joueur a été envoyé sur le front de l'Est, où il aurait apparemment continué à s'adonner à sa passion du ballon rond en organisant des matchs avec ses camarades. À la fin de la guerre, il a choisi de rentrer en Allemagne et a évolué pendant quelques années au sein de plusieurs clubs de l'ouest du pays. Oskar Rohr est décédé en 1988 dans sa ville natale de Mannheim. Selon son petit-neveu, les joueurs du Bayern Munich ont tenu à lui rendre hommage en assistant à son enterrement.

Annabelle Georgen Journaliste

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