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La croissance des trente glorieuses fait rêver

Notre système social est meilleur aujourd'hui qu'il y a 40 ans, mais nous avons troqué le dynamisme pour la sécurité.

Mercredi 28 Octobre 2009
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Pourra-t-on un jour renouer avec les niveaux de croissance des trente glorieuses? Heureux qui comme nos sexagénaires ont connu cette période faste où les emplois coulaient à flots, où le chômage ne concernait quasiment personne, où l'on parlait de plein emploi et où tous les indicateurs, que ce soit la consommation, l'investissement et les finances publiques étaient au vert. Cet enchevêtrement de facteurs positifs dans l'économie est devenu aujourd'hui totalement irréalisable en France. Plus personne n'ose évoquer des taux de croissance supérieurs à 2%. Renouer avec un tel «dynamisme d'activité» est devenu impensable. Mais qui s'en préoccupe? Notre statut de pays à croissance invariablement molle ou négative a été apparemment accepté dans l'inconscient collectif.

A entendre en effet les réclamations, ce qui compte ce n'est pas tant de voir le gâteau grossir que de récupérer pour son compte la plus grosse part quitte à bloquer encore plus le système. On entend les salariés réclamer plus pour leur sécurité de l'emploi, en dénonçant la précarité, la fracture économique, les baisses de pouvoir d'achat. Les entreprises ne sont pas en reste, elles évoquent un système trop rigide qui les empêche de croître sur le territoire français. Et au milieu l'État qui pour calmer le jeu alloue successivement, à l'un ou à l'autre, quelques avantages et privilèges. Ainsi est fait notre modèle. Personne n'est coupable à priori ou bien on l'est tous et cela revient finalement au même.

Mais est-il normal de baigner au milieu de zones de croissance sans jamais pouvoir être à leur niveau? Les taux de progression du PIB (Produit intérieur brut) hors crise qu'ont connus les Américains et les pays émergents depuis la bulle Internet ont tout de même de quoi faire des envieux. Même chose plus proche de nous: l'Angleterre, l'Espagne, l'Irlande ont été capables d'afficher un niveau d'activité bien supérieur au nôtre. Les arguments pour relativiser ces disparités entre taux de croissance sont maintenant connus de tous: nous savons que notre système social est bien meilleur qu'ailleurs. La preuve, notre croissance démographique fait figure d'exception. Avec 2,02 enfants par femme, nous sommes devenus les champions d'Europe en matière de fécondité... L'ensemble de la classe politique ne cesse de le mentionner, difficile donc de ne pas mesurer notre chance... D'après la commission Stiglitz nommé par Nicolas Sarkozy il ne suffit plus pour évaluer notre bien-être de se focaliser sur la performance économique, le progrès social doit faire partie intégrante des paramètres du bonheur.

Et dans ce domaine, il est vrai, nous sommes assez forts. D'après nos experts, les acquis sociaux en France nous permettent apparemment de mieux vivre que les autres - qui de leur côté n'ont que leur croissance pour vivre... Les malheureux. Cela dit, intuitivement on a tout de même l'impression que la croissance peut faire beaucoup pour le niveau de vie et l'ascenseur social... Allez demander à la génération qui a connu les années fastes si elle regrette cette période. Alors oui, la sécurité sociale était peut-être moins active qu'aujourd'hui mais cela devait être quand même agréable d'obtenir ou de changer un job à tout moment et de voir ses revenus progresser. Nous avons aujourd'hui, certes des avantages avec l'assurance chômage, les emplois aidés, les services d'aide au retour à l'emploi. Nous avons à disposition tout un panel de soutien qui ne cesse de s'améliorer. Pour autant, on ne connaîtra jamais cet extraordinaire dynamisme qu'ont connu nos parents ou grands-parents (selon l'âge du lecteur).

La génération des trente glorieuses est aussi celle qui s'est battue pour obtenir notre système de sécurité sociale. On doit sûrement leur en être reconnaissants. Rien ne sert de toute façon d'exprimer une quelconque rancœur intergénérationnelle. Ce qui est fait est fait. Mais tout de même, s'il est quasi certain que ces derniers peuvent et pourront bénéficier de toutes les avantages sociaux qu'ils se sont octroyées avec la retraite, la santé, l'éducation de leurs enfants (nous), l'avenir de ces acquis, lui, est loin d'être assuré. Au final, les générations actives ou en phase de l'être ne pourront jamais vivre des phases de croissance dignes des trente glorieuses et sûrement pas pouvoir bénéficier des mêmes compensations sociales de leurs aînés.

Alors avec un déficit budgétaire qui devrait atteindre cette année 140 milliards d'euros soit 8% du PIB et une dette publique près de 80% du PIB, les actifs d'aujourd'hui n'ont peut-être que cette solution pour éviter le pire, faire des enfants pour empêcher que le poids de l'endettement de leurs parents ne repose entièrement sur leurs frêles épaules. Le dynamisme de notre fécondité n'est peut-être que l'expression d'une nouvelle version de la solidarité intergénérationnelle...

Oriane Claire

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"La croissance pour tous est une illusion", "Les économies françaises et allemandes renouent avec la croissance"

Image de une: Un mannequin pose dans une Chrysler Imperial Crown des années 60, Laszlo Balogh / Reuters

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Comments

bon vieux temps

je suis né en 1947, je viens de prendre ma retraite.
nul doute que la "generation des trentes glorieuses" en France a connue malgres la guerre d'Algérie et Mai 68, une periode de paix et de prosperité qui en grande part a été possible grace aux a l'exploitation de nos anciennes colonies et à l'inneficacité économique du communisme de l'URSS et de la Chine de Mao.
Je doute que mes enfants et mes petits enfants bénéficient d'un tel age d'or. Et ma génération tout au plaisir de jouir n'a pas pris le temps de leur expliquer...

Barba-Papa

Bon vieux temps

Si le système français ne vous convient pas, comparé aux Etats que vous citez, rien ne vous interdit d'y immigrer.
Je me permets toutefois de vous rappeler un petit fait que tous les économistes s'accordent à confirmer:
Grace à notre sytème de protection social, la France s'en est bien mieux sortie, face à la crise, que ces "géniaux" voisins libéraux telle que la Grande Bretagne, en ne parlant que d'elle.

Ma grand-mère avait ce vieil adage, je vous conseille de méditer dessus:
"L'herbe est toujours plus verte dans le champs du voisin"

Thierry

Désolé...

... de devoir revenir sur ce type de question mais "le système français", que vous proposez aux critiques de quitter, n'est plus financer par les Français depuis plus de 30 ans !

Vous relevez la situation des États dont le libéralisme économique a été chahuté cette année et vous réconfortez de la comparaison.

L'herbe est sans doute plus verte chez le voisin mais ce bon sens paysan devrait peut-être vous conduire à ajuster le champ de votre révolte.

La France a fait le choix politique, d'abord, idéologique, ensuite, de la gratuité. Je ne dis pas que tout est gratuit mais que bon nombre de services sont gratuits ou payés bien en deçà de leur coût réel, ce dernier est souvent tenu caché le plus simplement du monde, on ne le calcule pas. Ainsi, la santé, l'éducation, la justice, les transports sont gratuits, subventionnés ou à un prix dérisoire.

Je ne suis pas foncièrement contre ce système sauf si on m'arnaque, et c'est le cas.

Outre la question de la fraude, l'arnaque globale est la suivante :

Je consomme mon service (soin, transport). J'en paie un prix nul ou dérisoire, le reste étant pris en charge par l'impôt... sauf que non, en fait, l'impôt pour une part et l'emprunt pour le reste. Payant ma part du prix et des impôts, j'ai l'impression d'avoir rempli mon obligation mais non.

L'emprunt, n'étant pas remboursé tout de suite, mes impôts paient les intérêts de la dettes. Je paie donc une deuxième fois (à 3% par an sur 25 ans, je paie le montant de la somme empruntée en intérêts).

Enfin, un jour, je rembourse, soit avec les impôts, soit en réempruntant (voir paragraphe précédent).

J'ai, nous avons, donc payé trois fois.

Pour finir de vous rassurer, les emprunts sont fait sur 'les marchés", donc avec l'argent des "banquiers" qui se rémunèrent avec nos impôts.

Je doute que l'esthétique de la situation puisse vous échapper. Par le fait du déficit, les impôts (la solidarité nationale) garantissent les revenus des spéculateurs, des banquiers qui, au final, préfèrent cette dette-ci plutôt que celle des entreprises.

Voyez, nous avons tout de commun avec les banquiers, nous préférons tous les services publics déficitaires à l'entreprise.

Notre herbe est peut-être plus verte qu'ailleurs mais une part grandissante de celle-ci ne vient pas de notre pré.

Bien à vous,

Orphudio

Thierry l'affront

Thierry, proposer à quelqu'un qui compare la France aux US d'aller y vivre si il n'est pas content est du même acabit que de dire à un étranger de retourner vivre dans son pays. Votre réaction est très franchouillarde.

Pour avoir vécu longtemps chez les Anglo-saxons, je crois que si eux on beaucoup à apprendre de nous sur la protection sociale, ils peuvent aussi bénéficier de nos erreurs, l'une d'elles étant que nous avons tué la prise de risque et l'avons remplacé par le principe de précaution. Nous, sans aller jusqu'au capitalisme à outrance comme il peut être pratiqué aux US, nous pouvons rendre notre économie plus flexible et qu'au lieu de protéger un modèle économique hérité des trente glorieuses et des trente piteuses qui on suivit, nous devons inventer le modèle qui permettra au générations futures de payer les dettes que nos ainés on contractés pour eux...

Très bonne analyse, merci....

Que du bon, rien à soustraire ou à ajouter... vous avez tout compris... Bravo!

analyse très courte

car si ce qui est dit dans cet article relève du bon sens, l'analyse reste très courte.
La différence entre les trentes glorieuses et aujourd'hui ne se résume pas à un choix entre dynamisme et sécurité.
Tant de choses ont changé depuis : mondialisation, financiarisation, vieillissement de la population... Les pays développés ont pris des chemins différents, mais tous mènent à des impasses. L'abandon de l'industrie en Grande Bretagne, la bulle technologique et financière aux USA, la spéculation immobilière intensive en Espagne, l'immobilisme en France... Rien ne marche. Dans un monde sans frontières commerciales, mais sans règles non plus, le moins-disant social s'en sort moins mal que les autres Alors oui, la croissance est au rendez vous en Chine ou en Inde, et c'est heureux. Mais si nous revenons en France, le fait d'abandonner une certaine sécurité (le filet a tout de même des trous béants) ne nous propulsera pas vers la croissance que nous avons connu pendant les trentes glorieuses...

Rien n'a changé, ça s'est simplement accéléré...

Les trente glorieuses étaient le contre coup de la guerre mondiale... je pense que nous sommes dans un processus exponentiel qui à débuté avec l'homo sapiens. Il a fallu plusieurs dizaines de millier d'années pour arriver où nous sommes, c'est à dire dans la partie de la courbe qui devient verticale. La terre à rétrécie et la population a explosée. Aucune régulation protectionniste ne nous sauvera... c'est comme la ligne Maginot. Le foyer du développement change de zone, il passé à l'est.. Voila, c'est comme ça...

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