Sports

Euro 2016: la Belgique ne veut pas devenir la championne du monde des matchs amicaux

Temps de lecture : 4 min

En tête du classement Fifa depuis novembre dernier, l'équipe belge n'a jamais rien prouvé lors des grandes compétitions.

La sélection belge à l'entraînement au Haillan à Bordeaux, le 9 juin 2016. Crédit photo: EMMANUEL DUNAND / AFP
La sélection belge à l'entraînement au Haillan à Bordeaux, le 9 juin 2016. Crédit photo: EMMANUEL DUNAND / AFP


Comme un enfant qui n'a plus goûté à une friandise depuis longtemps, la Belgique va redécouvrir le goût du sucre ce lundi 13 juin pour son entrée dans l'Euro 2016 face à l'Italie. Les Diables rouges n'avaient plus participé à la compétition depuis l'an 2000, où ils avaient été éliminés sans gloire à domicile dès la phase de poule. Avant cette année, ils ne s'étaient plus qualifiés à la régulière pour le grand show du football européen depuis l'édition 1984 qui se tenait en France déjà. C'était l'époque d'Enzo Scifo, étoile du football belge.

Désormais, c'est Eden Hazard, le milieu offensif de Chelsea, qui soulève les foules en Flandre et Wallonie où tout un peuple croit en son heure. Car la Belgique a fait son retour sur la scène internationale. D'abord, avec une progression constante validée depuis plusieurs années par une remontée progressive au classement Fifa, avec une 51e place au en 2010, une 21e place en 2012, une 4e place en 2014, puis une 1re place en novembre 2015. Mais c'est surtout l'excellent parcours de la sélection éliminée sur le fil par l'Argentine en quarts de finale de la Coupe du monde 2014 au Brésil, qui a confirmé l'émergence d'une génération dorée avec Thibaut Courtois (Chelsea), Thomas Vermaelen (FC Barcelone), Marouane Fellaini (Everton), Kevin de Bruyne (Manchester City), Yannick Ferreira-Carrasco (Athletico Madrid) et donc Eden Hazard (Chelsea).

«On ne le dit qu'à demi-mot»

«Cette année, c'est la première fois qu'on aborde une grande compétition comme un outsider sérieux pour la victoire, avance Benjamin Deceuninck, journaliste au service sport de la RTBF qui suit l'équipe nationale depuis plusieurs années. Mais en Belgique, on ne le dit qu'à demi-mot, car ce n'est pas dans notre culture de nous mettre en avant. En 2014, on ne se voyait pas encore comme un favori, mais il y avait déjà beaucoup d'espérance. On l'avait vu après la déception qu'avait représenté l'élimination en quart de finale face à l'Argentine.»

Pour l'Euro 2016, la Belgique est classée juste derrière le trio de favoris France-Espagne-Allemagne pour la victoire finale. La banque Goldman Sachs qui publie avant chaque tournoi majeur un indice de probabilité de victoire finale pour chaque pays a ainsi classé les Diables rouges à la 6e place, juste derrière le Portugal et l'Angleterre. Des chercheurs autrichiens, qui ont agrégé les cotes de 19 agences de bookmakers, ont eux classé les Belges au cinquième rang des favoris sur le plan mathématique. Enfin, dans l'édition du 9 juin du journal L'Equipe, 24 anciens interntionaux, un par pays qualifié, ont désigné la Belgique comme la quatrième équipe qui avait le plus de chances de l'emporter.

Même l'Italie, premier adversaire des Diables rouges et mastodonte européen avec quatre Coupe du monde et un Euro au palmarès, semble avoir accepté d'être passé derrière la Belgique dans la hiérarchie continentale –il faut dire qu'entre une avalanche de blessures et un trou générationel, la Squadra Azzura ne semble pas au mieux.

«La Belgique est une grande équipe avec de grands champions. Il y a des joueurs comme Hazard et De Bruyne», a déclaré l'Italien Lorenzo Insigne vendredi 10 juin en conférence de presse.

Une «vision» nationale

Mais sur la scène internationale et même européenne, une génération dorée n'est pas forcément synonyme de victoire. On se souvient du Portugal, qui dans les années 2000, alignait un onze de rêve avec Figo, Rui Costa, Nuno Gomez puis Ricardo Carvalho, Maniche, Deco ou Cristiano Ronaldo, mais a plusieurs fois buté dans le dernier carré.

«Il faut au moins une demi-finale cette fois, poursuit Benjamin Deceuninck. Ils étaient stressés il y a deux ans, notamment lors de leur premier match contre l'Algérie. Mais on avait une très jeune équipe au Brésil. Ils ont tous deux ans d'expérience en plus maintenant et connaissent la pression car ils évoluent tous dans de grands clubs. La presse met gentiment la pression, mais ce n'est pas le pays le plus agressif envers ses sportifs.»

Pour la génération des Diables rouges, les années sont comptées. Lors de la Coupe du monde 2022 au Qatar, Eden Hazard aura déjà 31 ans, Kevin de Bruyne, 30 ans, Marouane Fellaini, 34 ans et Thibaut Courtois, 30 ans. Et dans un si petit pays comme la Belgique sur la carte du football, assurer une relève à une génération dorée ressemble à une mission impossible.


«Merci mec», tweete Eden Hazard qui profite de l'aide de Marouane Fellaini pour s'étirer.

Thierry Siquet est responsable du pôle formation en zone francophone au sein de la Fédération belge de football. Il entraîne également l'équipe nationale des moins de 16 ans. Pour lui, la qualité de la formation s'est considérablement améliorée en Belgique depuis quinze ans. Cela grâce à une «vision», comme dit Thierry Siquet, mise en place par la Fédération.

«C'est un programme qui a été mis au point et on le suit à la lettre. Il met l'accent sur la technicité, qui était moins valorisé avant, et sur la rapidité des joueurs. On joue également en 4-3-3 au sein de toutes les équipes de jeunes belges, et de plus en plus de clubs suivent également cette "vision". C'est notre marque de fabrique.»

Mais le vivier n'est pas infini. «La France a huit fois la population de la Belgique et au moins huit fois plus de moyens que nous pour la formation. Dans nos équipes de jeunes, il y a des garçons qui à leur âge sont de vrais talents, mais à 16 ans, c'est trop jeune pour vraiment savoir. Il faut attendre deux-trois ans. Et puis la génération actuelle est tellement forte que pour prendre la relève ça va être difficile», analyse Thierry Siquet.

Pas de défense

La Belgique affiche cependant une limite sportive réelle pour cet Euro 2016. Sa défense, qui était déjà son point faible, a été considérablement affaibli par la blessure de Vincent Kompany, défenseur central et capitaine de l'équipe. Et personne n'a jamais gagné l'Euro avec une défense passoire.

Dans L'Equipe du 8 juin, le chroniqueur Vincent Duluc résumait justement la situation:

«La Belgique n'a plus vraiment de défense, ce qui rappelle quelque chose [comprendre: la France, ndlr], mais une attaque formidable et elle a grandi au Brésil.»

Pour Benjamin Deceuninck, de la RTBF, l'équipe belge «fait face à une grande inconnue», en l'absence de son capitaine. «C'est la véritable interrogation pour cette équipe».

Mais c'est justement le genre de circonstances que doit être capable de relever une génération dorée qui repose par essence sur de nombreux talents.

Newsletters

La course à pied ne serait pas si dangereuse pour vos genoux

La course à pied ne serait pas si dangereuse pour vos genoux

Une pratique régulière de cette activité physique pourrait fortifier le cartilage.

La solitude des profs d'EPS au temps du Covid-19

La solitude des profs d'EPS au temps du Covid-19

Parfois délaissé·es par leur inspection, ces enseignant·es ont souvent dû improviser pour faire évoluer leurs pratiques. En attendant des jours meilleurs.

En voyage, le vélo chargé attire les curieux et facilite les rencontres

En voyage, le vélo chargé attire les curieux et facilite les rencontres

[Épisode 4] ​​​​​​​Boosté depuis le déconfinement, le vélo revient à la mode. Cet été, c'est à bicyclette que de nombreux et nombreuses Françaises ont décidé de découvrir un bout du monde à leur rythme.

Newsletters