France

Avant Nuit debout, les Veilleurs utilisaient déjà certains signes de mains

Temps de lecture : 3 min

Le collectif des Veilleurs, une émanation de la Manif pour tous, et Nuit Debout, le mouvement de gauche féministe et pro-LGBT, ont un point commun: ils utilisent tous les deux un certain langage des signes, avec les mains qui s’agitent, pour communiquer. Une réutilisation de plus par la droite d’un concept de gauche.

Des participants de Nuit Debout sur la place du Capitole à Toulouse le 6 avril 2016 | ERIC CABANIS/AFP
Des participants de Nuit Debout sur la place du Capitole à Toulouse le 6 avril 2016 | ERIC CABANIS/AFP

Vous souvenez-vous de cette drôle de langue des signes politiques, ces petites mains qui s’agitent, utilisée par Nuit Debout pour signifier accord, désaccord, ou encore demander à un orateur d’abréger son discours? Et bien il se trouve que les Veilleurs, ce groupe de «catholiques d’identité» comme les qualifient les sociologues, conservateurs et proches de la Manif pour tous, les ont utilisés eux aussi, avant Nuit Debout.

Dans un article posté le 9 juin par L’Obs, relatant la tentative des Veilleurs pour s’incruster sur la place de la République à Paris, fief de Nuit Debout, le journaliste écrit ceci:

«Comme à Nuit debout, les Veilleurs agitent leurs mains en signe d'approbation.»

«Euh bah... non! C'est l'inverse plutôt non?», réagit aussitôt sur Twitter @Roxane_LtX. Une autre twittos, @Line_de_France, indique elle aussi que «ça fait 3 ans que les Veilleurs applaudissent en agitant les mains».

Contacté par Slate.fr, Axel Rokvam, fondateur des Veilleurs, confirme:

«On fait des veillées depuis 3 ans de la même manière. On lève donc les mains pour applaudir depuis 3 ans.»

Une petite recherche sur internet montre que ce langage, ou au moins une partie de ce langage –agiter les mains en signe d’approbation– était déjà utilisé depuis longtemps par les Veilleurs. On en retrouve trace par exemple dans cet article de 2013 de Libération, qui montre aussi une photo des Veilleurs agitant les mains:

Axel Rokvam affirme cependant que les mains qui s’agitent en silence sont le seul signe utilisé par les Veilleurs, qui n’utilisent donc pas toute la palette des mouvements de Nuit Debout. Sauf peut-être aussi le signe pour parler plus fort, déclare une autre Veilleuse:


Difficile donc d’accuser les Veilleurs d’avoir «copié» Nuit Debout, mais tout aussi difficile de reprocher à Nuit Debout d’avoir «copié» les Veilleurs. Surtout, ce langage est utilisé par la gauche libertaire et les mouvements d’Indignés depuis des années, comme nous vous l’expliquions. Il a aussi été employé en France en 2006, durant les manifestations contre le Contrat première embauche.

Axel Rokvam affirme «avoir eu cette idée en discutant avec son équipe» et avoir appris «après coup par des amis que c'était une méthode classique de non-violence». Mais l’utilisation par les Veilleurs d’une partie de ce code est une nouvelle illustration du recyclage (même sans le savoir!) d’outils, d’images et de signes de gauche par un mouvement classé à droite.

Pendant les manifestations contre le mariage pour tous, la Manif pour tous avait pastiché une affiche du Front de gauche, elle-même inspirée d’une affiche de mai 68. Et les affiches réalisées par le collectif s‘inspiraient régulièrement du style et des symboles de ce mouvement social classé à gauche.

Légende: Un montage de l'association Stop Homophobie montre les similitudes entre une affiche du Front de gauche et une autre du collectif La Manif pour tous.

Au delà des outils et des symboles de la gauche, la droite picore souvent dans le répertoire d'idées de ses adversaires, à mesure que leurs idées deviennent «mainstream» et qu’elles peuvent servir ses buts politiques.

C’est ainsi que les femmes politiques à droite et à l’extrême droite, qui rechignaient pendant longtemps à se dire féministes, récupèrent désormais ce vocable pour s’assurer le vote des femmes. Flairant le filon, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, qui déclarait encore en 2013 que les hommes n’ont «pas envie de changer des couches» et qu’il ne faut pas les emmerder avec ça, s’est récemment dite «viscéralement féministe», opérant donc un grand virage sur ce point.

À l’extrême droite aussi, Marine Le Pen s’est mise à citer Elisabeth Badinter et Simone de Beauvoir, là aussi pour tenter de décrocher quelques voix, les femmes votant (toujours) moins volontiers à l’extrême droite que les hommes. Mai surtout pour trouver une bonne excuse pour taper sur les musulmans, le féminisme étant souvent le cache-sexe de l’islamophobie à droite.

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