Sciences / Égalités

Pour arrêter de fumer, les femmes ont intérêt à être en phase avec leur cycle menstruel

Temps de lecture : 2 min

Chez les fumeuses, les fluctuations hormonales feraient varier les circuits cérébraux impliqués dans la prise de «bonnes» ou de «mauvaises» décisions

Les fumeuses qui voudraient arrêter la clope pourraient mettre toutes les chances de leur côté en phasant leur désintoxication avec leur cycle menstruel, selon une étude parue dans la revue Biology of sex differences. Le meilleur moment: après l'ovulation, lors de la phase lutéale, quand le taux de progestérone est au plus haut et l'estradiol au plus bas.

«Comprendre l'influence du cycle menstruel sur les processus neuronaux, la cognition et les comportements est une étape essentielle au développement de traitements plus efficaces et à la sélection de l'option de soin la meilleure et la plus personnalisée pour chaque fumeuse souhaitant arrêter», explique Reagan Wetherill, chercheuse en psychiatrie, psychologie cognitive et neuropsychologie à l'université de Pennsylvanie, auteure principale de l'étude.

Le timing des «bonnes décisions»

Depuis plusieurs années, en compagnie de Teresa Franklin, maître de conférences en neuropsychiatrie, Wetherill étudie le cerveau de fumeuses en âge de procréer. Des recherches appuyées par une littérature animale des plus denses montrant que les hormones sexuelles –estradiol et progestérone, en particulier– et leur fluctuation durant le cycle féminin ont un effet significatif sur les comportements addictifs.

Selon ces données, confirmées par leur dernière étude, c'est durant la phase folliculaire (ou pré-ovulatoire), lorsque le ratio progestérone/estradiol est faible, que les femelles, humaines y compris, ont le risque addictif le plus élevé. À l'inverse, dans la phase lutéale (ou pré-menstruelle), quand la progestérone est au plus haut et l'estradiol au plus bas, c'est là que les risques de tomber (ou de retomber) dans le tabagisme sont les plus faibles –la progestérone semblant stimuler le réseau cérébral en charge des «bonnes décisions» relatives au système de récompense.

Explosion des cancers du poumon

En l'espèce, pendant la phase folliculaire, la connectivité est moins bonne entre les régions cérébrales impliquées dans les «bonnes décisions» –les zones de contrôle corticales– et celles abritant le centre de récompense –le striatum ventral–, ce qui augmente, chez les fumeuses, le risque de reprise du tabac ou de non-arrêt. Un phénomène qui s'inverse pendant la phase lutéale.

Dans le monde, le cancer du poumon est aujourd'hui la première cause de mortalité par cancer chez les femmes. Selon les données 2013 de l'Association américaine du cancer, la mortalité du cancer du poumon chez les femmes concerne 26% des décès par cancer, contre 28% chez les hommes –une différence qui n'a jamais été aussi minime; elle est de 16% contre 23% dans les pays de l'OCDE. De fait, depuis la fin des années 1960, la mortalité du cancer du poumon a grimpé en flèche chez les femmes, pour dépasser désormais celle de tous les cancers gynécologiques, sein y compris. Au total, depuis les années 1930, la mortalité féminine liée au cancer du poumon a augmenté de plus de 500%.

Biologie défavorable

Les raisons socio-culturelles sont connues. Notamment, l'émancipation des femmes les aura conduites à adopter des pratiques autrefois réservées aux hommes, comme la consommation de tabac –un féminisme de la clope que le marketing n'a pas manqué d'exploiter, comme de par hasard, au moment où la consommation masculine commençait à marquer le pas, peu avant les premières campagne de lutte contre le cancer du poumon, au début des années 1960.

Les facteurs biologiques le sont beaucoup moins: il a par exemple été démontré que les femmes sont bien plus sensibles aux effets délétères du tabac. Pour le même nombre de cigarettes fumées, les femmes ont entre 20% à 70% de risques supplémentaires de développer un cancer que les hommes, car leurs poumons sont plus vulnérables aux substances cancérigènes de la cigarette. Et au sein de ces facteurs biologiques, les hormones sexuelles tiennent une bonne place.

Selon Franklin, «ces recherches semblent isoler un effet fondamental du cycle menstruel sur la connectivité cérébrale qui pourrait être généralisable à d'autres substances» appréciées par le centre de récompense, comme l'alcool ou les aliments riches en gras et en sucre.

Slate.fr

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