Sports

La France organise des compétitions, mais n'a plus rien à dire sur le sport

Temps de lecture : 5 min

Le petit doigt sur la couverture du survêtement, notre pays accueille pendant un mois l'Euro en espérant faire bonne impression, à un an de l'élection de la ville hôte des JO 2024. Pour ce qui est de tenir un discours sur le mouvement sportif, on repassera...

Lors du concert du 9 juin 2016 à Paris. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP.
Lors du concert du 9 juin 2016 à Paris. GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP.


Hôte de l’Euro 2016, la France entend, par le biais de cet événement d’une durée d’un mois, promouvoir la candidature de Paris pour l’organisation des Jeux olympiques de 2024. A un peu plus d’un an du verdict du Comité International Olympique (CIO), qui sera prononcé le 13 septembre 2017 à Lima, au Pérou, la mairie de la capitale, la région Ile-de-France et les plus hautes autorités de l’état veulent prouver ainsi à l’Europe et au reste du monde que le France serait en capacité d’accueillir correctement un tel événement dans huit ans.

A vrai dire, personne n’en doute puisque la France, en 32 ans, a été le cadre d’une Coupe du monde et de deux Euro de football ainsi que de multiples championnats du monde ou d’Europe –généralement à Paris– au gré de disciplines aussi diverses que variées. Mais en dépit de cette expérience éprouvée en matière d’événements sportifs de grande dimension, il faut faire «comme si», avec ce nouvel examen de passage imposé par le CIO à travers un volumineux cahier des charges que toutes les villes requérantes, sans rechigner, suivent au pied de la lettre en évitant de se poser beaucoup de questions existentielles.

Dans ce théâtre d’ombres, où la langue de bois irrigue le texte des comédiens, il est impératif de jouer son rôle jusqu’au bout le visage pétri de convictions. Et l’Euro 2016 est une scène privilégiée de cette pièce en multiples actes, avec communicants et lobbyistes pour brasser l’air tiède estival.

Comme Paris 2024 avec le CIO, l’Euro 2016, et donc la France, s’est également retrouvé sous l’emprise d’une autre puissante institution sportive, l’UEFA, qui a établi ses propres règles pour retirer les meilleurs fruits d’une compétition qui doit d’abord remplir ses caisses en laissant la charge immense de l’investissement au pays organisateur. Sans beaucoup sourciller, la France, préférée à la Turquie pour une seule voix en 2010, a accepté les doléances de la très riche UEFA et a pris de nombreux risques, notamment au nom de l’image, mais sans savoir, par exemple, si la construction de nouveaux stades s’avèrera rentable à moyen ou long terme. Advienne que pourra pourvu qu’on ait l’ivresse de la fête et l’idée d’en retirer un avantage économique supposé –ce qui reste à prouver au regard de l’argent public engagé de la part d’un pays déjà très endetté.

C’est la même chose pour les Jeux olympiques de 2024 où Paris, comme ses concurrentes Budapest, Los Angeles et Rome, est enfermée dans un rôle de «solliciteur» face à une puissance écrasante comme le CIO qui lui dicte une loi à laquelle elle se retrouve, de fait, inféodée. Et comme une élève zélée dans une classe studieuse, Paris ne manque jamais de lever son doigt pour signifier qu’elle a bien compris ce que le CIO exigeait d’elle. Des Jeux «verts»? Pas de problème! Des Jeux qui laisseraient un héritage durable? C’est facile, Paris les mettra sur pied! Des Jeux aussi peu coûteux que possible? C’est, bien sûr, prévu par Paris et le mouvement olympique français! De nouvelles disciplines à ajouter au programme? Paris est ravie de la nouvelle! Bref, un fayotage en règle, mais à grands frais, pour séduire une organisation olympique qui est tout sauf transparente (voire démocratique), à l’image des quelque 100 votants qui désigneront la ville hôte, qui n’ont aucun devoir de justifier leur vote comme ils n’ont aucune obligation d’étayer leur CV parfois douteux. Immuable jeu de dupes qui compte beaucoup plus de perdants que de vainqueurs.

Un sport incapable de se remettre en question

Jusqu’ici, tous les pays, à leur sommet, ont accepté ces règles du jeu des grandes institutions sportives, sauf que les Etats-Unis ont décidé récemment de faire le ménage au sein de la FIFA. S’ils ont eu la peau de Sepp Blatter, il n’est pas certain, en revanche, qu’en installant Gianni Infantino à sa place, les Américains aient opté pour une solution pérenne, mais ils ont au moins repris la main comme ils l’entendaient et selon leur agenda. Ce jeu de dominos s’est propagé jusqu’à l’UEFA avec la chute de Michel Platini, dont la succession suscite les convoitises en fonction des intérêts géopolitiques de chacun.

Pour le moment, le CIO, où la Russie continue d’avoir une influence considérable, au point que Vladimir Poutine a été un soutien actif de l’Allemand Thomas Bach lors de son élection en 2013, est encore épargné par cette grande casse sous couvert d’une apparence de façade plus respectable. Mais cela pourrait ne pas durer. L’embarras dans lequel se retrouve plongée la noble institution lausannoise face au scandale du dopage venu de Russie, à travers notamment la première fédération olympique, celle de l’athlétisme, montre bien à quel point sa diplomatie est complexe, floue, à géométrie variable et risquée. Là encore, les Etats-Unis de Barack Obama, humilié par le CIO à Copenhague en 2009 lorsque le Président américain était venu soutenir en vain la candidature de Chicago pour les Jeux de 2016, ne bottent pas en touche.

Priver la Russie des Jeux olympiques de Rio pour faire un exemple et stigmatiser un dopage d’état? Le CIO tergiverse en semblant jouer les durs par le biais de communiqués gênés tout en louvoyant dans la coulisse. Et personne parmi les villes candidates, à l’exception des Américains, qui ont clairement choisi de ne pas compter sur les votes de la Russie et de ses affidés pour venir en aide à Los Angeles, n’ose véritablement moufter sous peine de payer demain trop cher son audace. S’aliéner la Russie au moment du scrutin de Lima? Courroucer le CIO en lui demandant des comptes sur les soupçons de corruption liés à l’attribution des Jeux de Tokyo en 2020? Remettre en cause la manière d’organiser et de contrôler des Jeux olympiques dont les Américains sont, rappelons-le, les principaux bailleurs de fonds par le biais de NBC? Dénoncer les conflits d’intérêt et le dévoiement des grandes fédérations internationales de sport? S’interroger sur le coût toujours faramineux de Jeux olympiques pour des émotions et des résultats partiellement frelatés en raison de l’incapacité du mouvement sportif à combattre efficacement le dopage? Pas question!

Une France qui se pousse du col

La France, déjà affaiblie au niveau international en raison de son soutien sans concession à Michel Platini dans la course à la succession de Sepp Blatter –encouragement qui est allé jusqu’au sommet de l’État– n’a, hélas, rien à dire sur ces sujets. Le pays de Coubertin a clairement perdu la main dans le registre des opinions éclairées ou des idées neuves par le biais notamment d’un comité national olympique (CNOSF) qui ne joue pas du tout un rôle de leader abandonné aux politiques français qui l’ont préempté sans avoir la moindre vision pour ces questions cruciales. Car à l’instar de la crise de représentation vécue durement par tous les grandes puissances du globe, de l’Amérique de Trump à la France de Le Pen en passant par le Brésil de Dilma Rousseff jusqu’à un possible Brexit britannique, le sport, sous peine de se perdre complètement, n’échappera pas non plus à une remise en cause de son actuel modèle de fonctionnement.

En réalité, contrairement aux apparences, l’Euro 2016 n’apportera pas grand-chose à la France dans le cadre de la candidature de Paris 2024. En effet, le CIO a généralement une sainte horreur de tout ce qui peut lui faire de l’ombre, à commencer par la FIFA et l’UEFA, qui mettent sur pied des compétitions plus populaires que les Jeux olympiques. L’essentiel pour la France est de se pousser du col jusqu’à la mi-juillet à travers une communication émolliente, sans parler du fond des problèmes posés par un sport professionnel devenu obèse et malade.

Yannick Cochennec Journaliste

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