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Et si l’agriculture avait aidé les hommes à se reproduire cent fois plus que leurs ancêtres?

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 09.06.2016 à 17 h 56

Repéré sur Scientia Sinica Vitae, Science China Life Sciences, Arxiv, Eurekalert

Au Néolithique, la domestication des plantes et des animaux a été particulièrement bénéfique aux hommes.

L’agriculture est bien plus fortiche pour nourrir des bouches en série que la chasse, la cueillette et le raclage de charognes au petit bonheur la chance | Beth Camp via Flickr CC License by

L’agriculture est bien plus fortiche pour nourrir des bouches en série que la chasse, la cueillette et le raclage de charognes au petit bonheur la chance | Beth Camp via Flickr CC License by

Selon une équipe de six chercheurs chinois en génétique des populations, l’avènement de l’agriculture n’a pas seulement coïncidé avec une croissance démographique générale de l’humanité mais a été particulièrement bénéfique aux hommes. Elle leur a notamment permis de se reproduire entre dix et cent fois plus que leurs ancêtres chasseurs-cueilleurs. Un phénomène retracé grâce à la généalogie du chromosome Y et s’expliquant probablement par la réduction de la mortalité masculine induite par la chasse.

L’histoire est connue: voici 10.000 à 12.000 ans environ, les populations du Croissant fertile domestiquaient quelques plantes et animaux sauvages et donnaient naissance à l’agriculture. Ce que l’on sait aussi, c’est que son émergence s’est accompagnée d’un boom démographique, parce que l’agriculture est bien plus fortiche pour nourrir des bouches en série que la chasse, la cueillette et le raclage de charognes au petit bonheur la chance, sur lesquels comptaient nos ancêtres paléolithiques pour assurer leur subsistance.

Là où les scientifiques peuvent chicaner, c’est sur la direction de cette corrélation: est-ce que les populations humaines ont augmenté parce que l’agriculture est un merveilleux carburant démographique ou est-ce qu’a contrario la révolution néolithique est survenue parce que l’humanité avait commencé à s’étendre et ressentait un besoin pressant de rentabilité et de profitabilité énergétiques? En effet, des études datant des années 2010 et fondées sur l’analyse de notre ADN mitochondrial (celui que transmet maman) concluent que l’espèce humaine a commencé à pulluler dès la fin du dernier maximum glaciaire, voici à peu près 15.000 ans. Ce qui laisserait entendre que la démographie aura été un moteur de l’invention de l’agriculture, et non l’inverse.

Réduction de la mortalité masculine

C’est dans ce contexte, et grâce aux progrès exponentiels que connaît la génétique des populations ces dernières années, que Chuan-Chao Wang, Yunzhi Huang, Shao-Qing Wen, Chun Chen, Li Jin et Hui Li ont voulu dépiauter le chromosome Y de 526 hommes –soit 8,9 millions de paires de base au total– répertoriés dans le projet 1000 Génomes. Ces hommes sont issus, génético-démographiquement, de trois populations africaines, cinq européennes, trois asiatiques et trois américaines.

Leur étude confirme une évolution démographique différenciée entre mâles et femelles humains. Ce que montrent les études sur l’ADN mitochondrial, c’est que la plupart des lignées maternelles en Europe et en Asie prouvent bien la survenue d’une explosion démographique remontant à 8.000-12.000 ans –soit avant la mutation agricole de notre espèce–, suivie d’une période de croissance beaucoup plus lente enclenchée il y a grosso modo 7.000 ans. Parallèlement, la généalogie du chromosome Y (et donc des lignées paternelles) révèle que l’expansion masculine la plus significative s’est produite il y a 2.000-6.500 ans. En particulier, l’apogée de l’empire démographique masculin s’étale sur une période remontant entre 3.300 et 1.500 ans, soit 1.000 à 3.000 ans après la naissance de l’agriculture, le temps qu’il lui aura fallu pour se stabiliser et conquérir le monde. Pendant cet intervalle, les hommes ont pu se reproduire entre 10 à 100 fois plus que leurs ancêtres pré-néolitique:

«Grâce à l’agriculture, notent les chercheurs, les ressources alimentaires étaient beaucoup plus stables qu’avec la chasse et la cueillette, d’où une fertilité des populations plus élevée et une meilleure survie infantile. Plus important encore, en éloignant les hommes des dangers de la chasse, la réduction de la mortalité masculine liée à la chasse a sans doute été l’un des principaux facteurs de l’expansion démographique sexuellement différenciée du néolithique.»

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