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Euro 2016: «Chers ressortissants, nous ne sommes au courant de rien mais nous vous prévenons»

Cyril Simon, mis à jour le 10.06.2016 à 14 h 58

À quelques heures de la compétition, la menace terroriste inquiète bien au-delà des frontières hexagonales.

LEGENDE | 
Pablo Ibañez via Flickr CC License by

LEGENDE | Pablo Ibañez via Flickr CC License by

Le lancement de l’application «Alerte attentat» n’y changera malheureusement pas grand-chose. Comme son nom l’indique, elle est symptomatique de l’odeur de soufre qui plane autour de l’Euro: les craintes d’une attaque terroriste se multiplient en France mais aussi et surtout à l’étranger. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont appelé leurs concitoyens ces premiers jours de juin 2016 à l’extrême vigilance.

Un message ressort constamment dans les communiqués: chers ressortissants, nous ne sommes au courant de rien mais nous vous prévenons; au cas où. Le ministre des Affaires étrangères britannique, Philip Hammond, évoque par exemple «une forte menace terroriste» à cause «des menaces que font actuellement peser des groupes terroristes islamistes sur la France et de la récente intervention de l’armée française contre Daech».

Mardi 7 juin, les États-Unis avaient déjà averti que l’Euro 2016 de football représentait une «cible potentielle» pour des attentats «terroristes», dans une note du département d’État sur les risques de voyager en Europe. «Les stades de l’Euro, les “fan zones” et tous les lieux qui diffuseront le tournoi en France et à travers l’Europe représentent des cibles potentielles pour des terroristes», a mis en garde le ministère des Affaires étrangères américain.

Même discours alarmiste en Allemagne, même si on ne veut pas déconseiller à ses ressortissants de se rendre en France, comme l’ont préconisé les Anglais. Là-bas, la psychose s’est en tout cas emparée de certains joueurs, souligne Libération. La majorité des vingt-trois sélectionnés de la Mannschaft était sur la pelouse du stade de France le soir des attentats du 13 novembre 2015. Jérome Boateng ne fera pas par exemple venir sa femme et ses filles dans les stades pendant l’Euro. «Le risque est pour moi tout simplement trop important, juge le défenseur de l’équipe nationale, dans Sport BildCes derniers temps, trop de choses se sont passées qui font réfléchir. En ce qui me concerne, je veux me concentrer uniquement sur le football et je me sens mieux si ma famille n’est pas dans le stade». Si le président de la fédération allemande assure ne montrer aucun signe d’inquiétude, il a renforcé la sécurité des joueurs et du staff, pour un budget total avoisinant les 800.000 euros.

Un agent de sécurité pour soixante supporters

Le contre-terrorisme britannique s’est également mêlé du dispositif à trois jours de l’inauguration de la compétition. Richard Walton, l’ancien patron du contre-terrorisme de Scotland Yard –pour qui «la menace terroriste qui pèse sur l’Euro 2016 de football est plus aiguë qu’elle ne le fut pour n’importe quel événement sportif de l’histoire»– critique la stratégie des services de sécurité. Selon lui, le renseignement a été délaissé au profit d’une présence policière trop massive. Des forces de l’ordre qui, à ce propos, souffrent d’un épuisement physique et psychologique inédit depuis janvier 2015. Ce que ne manquent pas de faire remarquer des responsables politiques y compris français: «nos policiers sont exténués –ils ont géré les inondations, ils ont géré le risque terroriste, ils ont géré Nuit Debout, a lancé sur BFMTV la présidente Les Républicains de la région Île-de-France, Valérie Pécresse. Moi, je ne conseillerai pas à mes enfants d’aller dans une “fan zone”».

C’est partant de ce constat qu’est venue l’idée au préfet de Paris de fermer la fan zone du Champ-de-Mars les soirs de match de l’équipe de France. Alors que se multiplient les simulations d’attentat à Paris et en province, l’accueil des touristes sur le Champ-de-Mars concentre en effet unanimement les regards. L’arrestation d’un Français soupçonné de préparer quinze attaques en France (selon les service ukrainiens mais pas français) n’est sans doute pas étrangère au renfort de 3.000 policiers annoncé à Paris.

À partir du jeudi 9 juin et pour toute la compétition, 1.500 agents des forces de police et de sécurité privé surveillent le site. Sur place, le ratio sera d’un agent de sécurité pour soixante supporters, soit mieux que les préconisations de l’UEFA. «Il y a quarante-six caméras de vidéoprotection, un système de préfiltrage spécifique à l’entrée. Le dispositif de sécurisation atteindra les plus hauts standards de sécurité et la fan zone sera ouverte tous les jours», a expliqué à Europe 1 le chef de projet Karim Herida.

Pendant ce temps, côté civil, un sondage Odoxa pour RTL estime que 59% des Français pensent que l’Euro va se dérouler dans une ambiance sécuritaire.

Cyril Simon
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Journaliste
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