France

La France se «dissout»-t-elle à cause du «communautarisme», comme l’affirme Sarkozy?

Temps de lecture : 2 min

Le président des Républicains a développé sa thématique de l'identité lors d'un meeting tenu ce mercredi 8 juin.

Nicolas Sarkozy, le 8 juin 2016 I PHILIPPE HUGUEN / AFP
Nicolas Sarkozy, le 8 juin 2016 I PHILIPPE HUGUEN / AFP

Voilà Nicolas Sarkozy revenu à sa chère thématique, celle qu’il avait martelée en 2006 dans un discours à Nîmes, puis répétée en 2012 sous l’influence du très droitier Patrick Buisson: l’identité nationale. Devant 800 personnes à Lille, le chef du parti Les Républicains a exalté l’identité selon lui de la France, «pays chrétien dans sa culture et dans ses mœurs». Il a au contraire fustigé les identités au pluriel, «la tyrannie des minorités», et leur «communautarisme», accusé de «dissoudre» la nation.

Par communautarisme, Nicolas Sarkozy ne parlait ni des chasseurs regroupés en un parti, ni des nationalistes bretons ou corses qui veulent que leur langue soit reconnue et enseignée, ni des milliers de personnes qui vivent dans des quartiers chrétiens, blancs et uniformes sociologiquement du XVIe arrondissement de Paris, mais bien évidemment des musulmans. La France est-elle vraiment en train de sombrer dans le communautarisme musulman? C’est le mythe que démonte un article d’Anne Chemin, paru dans le Monde début juin, et intitulé «Le communautarisme, mythes et réalités».

La revendication de droits collectifs

Pour commencer, il faut comprendre ce qu’est le communautarisme. Souvent employé abusivement comme un synonyme de «repli sur soi», le communautarisme signifie pourtant quelque chose de bien plus fort. Il est défini dans le Robert comme la...

«Tendance à faire prévaloir les spécificités d’une communauté, des communautés (ethniques, religieuses, culturelles, sociales…) au sein d’un ensemble social plus vaste.»

Il se caractérise donc, en toute logique, par la revendication de droits spécifiques, des droits collectifs qui priment sur les droits individuels octroyés par la nation.

La France est-elle communautariste en ce sens? Si l’on en croit les nombreux chercheurs interviewés par Anne Chemin, la réponse est non.

«Si le ­Conseil français du culte musulman [CFCM] ou les associations cultuelles revendiquaient des droits collectifs pour les fidèles de l’islam –la primauté du mariage religieux sur le mariage civil ou la création de tribunaux islamiques, par exemple–, le terme de communautarisme ne serait pas usurpé. Les musulmans chercheraient à se soustraire à la loi commune, ce qui serait inacceptable. Mais ils ne font aucune demande en ce sens», explique par exemple Haoues Seniguer, maître de conférences à Sciences Po Lyon.

«Les musulmans de France n’ont jamais eu la volonté de mettre en place des institutions représentatives, et encore moins un lobby musulman. Il n’y a pas l’ombre du début de la mise en place d’un parti musulman, les candidats à la vie politique d’origine musulmane se répartissent sur l’ensemble du spectre politique, il n’y a pas de vote musulman», écrit Olivier Roy dans La peur de l'islam, cité par Anne Chemin.

Repli sur soi

«Les musulmans ne se marient pas plus au sein de leur communauté religieuse que les catholiques ou les juifs, et ils évoluent dans des cercles relationnels plus larges que les catholiques», fait remarquer la journaliste. Et 42% des amis déclarés par les musulmans appartiennent à la même religion qu’eux contre 54 % chez les catholiques, révélait l’enquête «Trajectoires et origines» (TeO) réalisée par l’Institut national d’études démographiques (INED) et l’Insee en 2008-2009.

S’il n’y a pas de communautarisme pur et dur des musulmans de France, il peut y avoir çà et là, dans certains quartiers, un certain repli communautaire. Il ne faut pas se voiler la face quant à ce repli… mais pas l’exagérer non plus, en prenant le fantasme pour la réalité. Car si la France est en train de se dissoudre, c’est plutôt dans un grand bain de représentations déformées que dans le verre d’eau communautaire.

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