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Les aryens avec Donald Trump

Temps de lecture : 8 min

Donald est le guerrier aryen venu sauver la blanchitude.

Un supporter de Donald Trump lors d’un meeting le 11 juin 2016 à  Moon Township, en Pennsylvanie | JEFF SWENSEN/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP
Un supporter de Donald Trump lors d’un meeting le 11 juin 2016 à Moon Township, en Pennsylvanie | JEFF SWENSEN/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Au cours des dernières années, les suprémacistes blancs se sont généralement tenus à l’écart de la politique nationale, mus par la conviction que les deux grands partis étaient sous la coupe de non-blancs et cherchaient à asseoir les intérêts de ces derniers sur les autres –et donc sur eux. On a rarement vu autant de personnes si ouvertement racistes se rallier derrière la bannière d’un candidat comme on en voit aujourd’hui derrière celle de Trump. Ces personnes sont présentes à des réunions, affrontent les manifestants du mouvement Black Lives Matters et sautent sur l’opportunité de servir comme délégués de Trump à la Convention nationale des Républicains.

Les raisons expliquant le regain d’intérêt des nationalistes blancs pour la politique classique sont plus complexes que la caricature de jeunes gens bottés saluant l’un des leurs. Trump a publiquement refusé le soutien de personnages ouvertement racistes comme David Duke mais les nationalistes blancs n’ont «jamais été plus optimistes». Malgré la profession de foi de Trump –«Je n’ai pas un seul os raciste dans tout le corps»–, son populisme imprégné de racisme a le potentiel de renouer les liens entre les différentes portions des électeurs blancs démoralisés, qu’ils se définissent ou non comme des nationalistes blancs et qu’ils appartiennent ou pas à ses organisations extrémistes.

Trump cherche à recréer une coalition qui inclurait les travailleurs déracinés des zones rurales et les mécontents de la démocratie urbaine, les relativement prospères et ceux qui travaillent dur, les défenseurs acharnés des valeurs du Sud profond et les isolationnistes armés du Nord-Ouest. Par un mélange de politique et de symbolisme, Trump les réunit tous par le biais d’un nationalisme transparent qui, plus qu’auparavant, ravive la conscience raciale de la plupart des électeurs blancs.

Une des clés de l’attrait de Trump est que son programme visant à faire «une Amérique grande de nouveau» est celle du gouvernement à poigne que de très nombreux électeurs blancs désabusés appellent de leurs vœux. Les éléments fracturés de l’Amérique blanche et nationaliste perçoivent quant à eux Trump comme une incarnation du guerrier aryen, une figure mythique qui libérerait la race blanche de son état actuel de malaise, de querelles intestines et d’extinction quasi assurée.

Les nationalistes blancs se tiennent pour les héritiers de l’Europe du Nord (certains affirment descendre des tribus perdues d’Israël) et trouvent leurs modèles dans les figures des différents soldats et hommes d’État supposés avoir défendu la pureté de la civilisation blanche. Aujourd’hui, toute personne d’origine européenne peut théoriquement devenir un guerrier aryen en jurant de préserver la race blanche, mais certains groupes de suprémacistes blancs pensent qu’une personne sera appelée, au sein de la race, pour l’unifier. Trump, dont les ancêtres sont allemands et écossais, correspond parfaitement au profil ethnique de ce sauveur. Mais c’est surtout la manière qu’à Trump de se positionner politiquement qui les excite.

Électeurs blancs

Les Américains blancs ne sont pas un bloc et l’attrait de Trump dépasse de loin son caractère de messie de la race aryenne. Dans un Parti républicain qui a décidément viré à droite toute, il a débordé Jeb Bush, Ted Cruz et Marco Rubio –des personnages biens plus authentiquement conservateurs que Trump– en faisant appel à un système complexe de croyances partagées par de nombreux électeurs blancs désabusés.

Pour les plus extrémistes de ces électeurs mécontents, l’attrait de Trump est multiple. Ces citoyens pensent que les pères fondateurs et leurs successeurs ont fait des États-Unis d’Amérique une République visant à la poursuite du bonheur et de la liberté pour les seules personnes de race blanche. Les membres de cette communauté marginale détestent le pluralisme et se hérissent face à toute mise en avant des différences entre les races, les sexes et les genres. Nombre d’entre eux se méfient d’une éducation trop libérale, tenue pour responsable d’une «culpabilité de l’homme blanc» et de la destruction du sentiment d’identité raciale commune aux blancs. Nombre d’entre eux craignent l’économie globalisée (pour des raisons qui vont de l’objection philosophique au laissez-faire économique à l’idée plus conspiratrice que les grandes banques, les juifs et les non-blancs se sont alliés pour soumettre la race blanche).

Ayant senti que leur influence avait fortement diminué, de tels individus ont décidé de ne plus se mêler de la politique nationale. Ils se sont sentis abandonnés par le Parti démocrate quand ce dernier est devenu le parti des droits civiques des noirs et trahis par le Parti républicain, qui a, de la manière la plus cynique qui soit, accumulé les déclarations à leur destination sans jamais, à leurs yeux, avoir assez fait pour sauvegarder leurs intérêts. Certains de ces mécontents se sont radicalisés, ont rejoint des groupes de «patriotes», des forteresses séparatistes ou des organisations de suprémacistes blancs.

La construction du mur entre les États-Unis et le Mexique est une image qui résonne au sein d’une communauté qui pense déjà être en train de perdre la guerre contre les civilisations non blanches

La crainte d’une extinction biologique et culturelle est forte chez ces électeurs blancs désabusés. Avant sa chute et sa mort, Richard Girnt Butler avait rassemblé des aryens autoproclamés dans sa propriété de Hayden Lake, dans l’Idaho. Sur les réseaux sociaux, les blancs avec une conscience raciale se rassemblent autour du hashtag #WhiteGenocide ou font part de leurs doléances sur Stormfront.org. (Trump a une fois retweeté le compte d’un certain «White Genocide».) Feu David Lane, penseur aryen influent et membre d’une organisation violente appelée «the Order», a contribué à populariser cette idée que «la race blanche est désormais une petite minorité dans le monde», menacée par l’intégration forcée, les mariages mixtes et «la compassion entre les espèces». Selon cette vision du monde, seuls ceux aspirant à l’idéal du guerrier aryen peuvent restaurer le républicanisme civique des pères fondateurs de l’Amérique et sauver la race blanche. Et voilà que Trump entre en scène.

Vision survivaliste

L’image culturelle du guerrier aryen combine une masculinité romantique, une fierté raciale chevillée au corps et un goût pour la violence légale. Les écrits de Lane décrivent le guerrier aryen dans des termes politiquement explicites. Son pamphlet intitulé 88 Préceptes (Le chiffre 88 est très présent dans la mythologie aryenne, le 8 représentant la 8e lettre de l’alphabet, soit le H; le 88 ou HH est un équivalent de Heil Hitler; NDT) prophétise l’avènement de «l’homme fort» qui émergera dans les derniers soubresauts de la démocratie agonisante. Cette figure aura la capacité de comprendre que «les systèmes politiques, économiques et religieux peuvent être détruits et renaître» de manière à éviter la destruction éternelle de la race blanche. Certains décriront cet «homme fort» comme un «dictateur», mais Lane insiste sur le fait qu’un style de gouvernement impitoyable «est la seule manière de restaurer l’ordre en partant du chaos produit par la démocratie».

Le style de gouvernement de Trump semble répondre à cette prophétie: son programme combine le refus du libéralisme et d’un changement progressif de la loi. Il promet une révolution politique par le biais d’une gouvernance charismatique. La manière vulgaire et sans fioritures qu’à Trump de s’exprimer et son penchant pour les mesures les plus extrêmes –les traits de caractère que ses critiques tiennent pour dangereux et non présidentiels– sont perçus par toute une frange de l’électorat non seulement comme des propos rafraîchissants mais également comme essentiels à la renaissance d’une nation aryenne. Quand Trump déclare que les migrants hispaniques sont «des criminels, des dealers et des violeurs» et promet «d’arracher notre pays» à ceux qui «nous prennent nos emplois» et «nous prennent notre argent», les nationalistes blancs l’entendent prononcer les vérités dérangeantes qu’ils énoncent depuis des décennies sur le pitoyable état de la société américaine.

À chaque fois qu’il demande à ses partisans d’affronter physiquement ses détracteurs ou quand il jure de «mettre dehors les familles» des terroristes, il propose une approche musculaire de protection de la République blanche.

Soutien du candidat républicain Donald Trump le 21 juin 2016 à New York City | Drew Angerer/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Sa mesure phare est le plan de construction d’un immense mur entre les États-Unis et le Mexique pour tarir l’immigration illégale et de faire en sorte que ce soit le Mexique qui le paie. Les analystes politiques se sont moqués de cette proposition, mais ce qui compte ici n’est pas la politique mais la métaphore, qui en appelle à une vision survivaliste du monde. C’est une image qui résonne au sein d’une communauté qui pense déjà être en train de perdre la guerre contre les civilisations non blanches. Lorsque Trump invoque rituellement le mur ou qu’il recommande la création d’une force nationale de déportation, il indique à cette partie des électeurs qu’il considère lui aussi que le futur de la race blanche est en jeu.

Homme fort

Pour les aryens, une résurgence de la masculinité blanche est au cœur de la souveraineté. Ils pensent que le pouvoir de commander aux autres, et de déclencher une révolution, émane de la capacité d’exercer son contrôle la famille traditionnelle. Voilà pourquoi les commentaires déplacés de Trump sur l’apparence ou sur ce que devrait être le rôle des femmes dans la société excitent plus qu’ils ne repoussent ses plus fervents supporters. Voilà également pourquoi, en jouant sur la peur de l’homme blanc sans défense, ses affirmations selon lesquelles «le Mexique envoie ses gens» pour violer et piller et la Chine «viole notre pays» par le biais de pratiques commerciales injustes plaît tant aux plus racistes des électeurs américains. Pour Trump, comme pour la communauté nationaliste blanche, la souveraineté et la masculinité sont indissociablement liés.

Par ailleurs, les volées de bois vert qui s’abattent sur Trump ne font que confirmer à ces électeurs motivés par une vision raciale qu’ils ont trouvé le bon dirigeant, qui pourrait vaincre les forces du libéralisme et du multiculturalisme qui ont corrompu les lois américaines. Lane a demandé aux blancs de «bien choisir» leur homme fort. «Choisissez quelqu’un qui a souffert et persévéré, écrit-il. C’est la seule preuve indiscutable de sa valeur et de ses motivations.» Sur ce front précis, Trump a plus que prouvé sa valeur en s’attirant les foudres de tous ses adversaires à la primaire et en est ressorti plus fort qu’avant, tandis que le champ de bataille est couvert des cadavres de tous ceux qui l’ont sous-estimé.

Jusqu’où peut-il aller? Trump a activement courtisé des franges de l’électorat en approuvant leur diagnostic raciste des maux qui frappent l’Amérique mais sa base électorale dépasse ces partisans de la primauté de la race blanche. À partir de là, le plafond de Trump, en tant que véhicule du nationalisme blanc va dépendre du souhait du plus gros du corps électoral de le suivre dans sa volonté affichée de restaurer la gouvernance blanche et dans sa stigmatisation systématique des non-blancs.

En se positionnant comme le gardien vertueux du bien-être des blancs et en réclamant un «mandat» pour se montrer provoquant, Trump est allé bien plus loin que les politiciens similaires de ces dernières années. Qu’il gagne ou qu’il perde, le simple fait qu’ils soit désigné candidat lui permet de distancer Pat Buchanan ou David Duke, et fait de lui le plus grand guerrier aryen de l’époque moderne.

Robert L. Tsai Professeur de droit

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