Sports

L’Euro léguera des stades à la France, encore lui faudra-t-il les remplir

Temps de lecture : 6 min

La France a profité de l’Euro 2016 pour se doter de nouveaux stades, contrairement à ses impasses en la matière lors de la Coupe du monde 1998. Il faudra désormais réussir à remplir ces nouvelles enceintes, qui sonnent souvent creux en Ligue 1.

Des supporters autrichiens dans le stade de Bordeaux, le 14 juin 2016. NICOLAS TUCAT / AFP.
Des supporters autrichiens dans le stade de Bordeaux, le 14 juin 2016. NICOLAS TUCAT / AFP.

Avec 1,65 million de spectateurs rassemblés en 36 matchs au premier tour, soit près de 46.000 par rencontre en moyenne, l’Euro réussit un tour de force que la Ligue 1 peine à réaliser chaque week-end: remplir les stades de foot.

Dire qu’ils résonnent creux en championnat et lors des Coupe nationales est un euphémisme. Avec 8.000 spectateurs en moyenne pour un stade de 18.000 places, Monaco en est l’exemple le plus sidérant et le plus caricatural. Le mal est tenace: si l’Euro a servi de prétexte à la construction de quatre nouveaux stades et à la rénovation de quatre autres, il ne pourra manifestement pas suffire à remplir des enceintes qui cherchent encore leur public.

Quand l’ensemble (ou presque) des clubs de la Bundesliga affichent un taux de remplissage à plus de 90%, seul le PSG parvient à remplir son Parc des Princes à ce niveau-là. Le deuxième club de ce classement est le… Gazélec Ajaccio, avec un taux de remplissage de 89%, davantage lié à la taille de son stade (seulement 4.158 places) qu’à une base élargie de supporters.

L’obsession des dirigeants français, depuis que la France a obtenu le Championnat d’Europe, c’est de ne pas renouveler les erreurs de 1998. Le pays n’avait pas su se servir de la Coupe du monde pour moderniser et renouveler son parc. Seul le Stade de France et ses 78.000 places, une première en France, était sorti de terre à Saint-Denis. L’Euro 2016 a déjà permis une chose: que la France renouvelle et rénove ses infrastructures. Avec des nouvelles enceintes (Lyon, Bordeaux, Lille, Nice) et des stades refaits à neuf (Marseille, Saint-Etienne, Lens, Toulouse) lors des quatre dernières années, l’investissement, majoritairement privé, est estimé à 1,7 milliard d’euros, dont un peu plus de 150 millions à la charge de l’Etat. «La France a rattrapé son retard, confirme Boris Helleux, économiste du sport. Elle avait raté le virage de la Coupe du monde, où les réparations n’avaient pas toujours été heureuses comme à Marseille ou Montpellier. La candidature de la France à l’Euro a eu pour effet de faire prendre conscience aux collectivité territoriales des nouvelles exigences.»

À Bordeaux, par exemple, l’Euro a servi d’accélérateur. Le stade Chaban-Delmas, ex-Parc Lescure, qui avait accueilli des matches en 1998, a été abandonné pour le Matmut Atlantique, inauguré en 2015. La ville est passée de 34.694 places à 41.908 et à un confort digne du XXIe siècle. «On avait un stade qui avait presque 80 ans, qui était en mauvais état et dans lequel il y avait beaucoup de choses à faire, détaille le président des Girondins de Bordeaux, Jean-Louis Triaud. Ce nouveau stade s’est présenté plutôt comme une aubaine, surtout que l’Etat en a financé une partie importante. Les circonstances ont fait qu’il y a un nouveau stade à Bordeaux. Sans Euro, il n’y en aurait pas eu. La ville a profité de cette opportunité.»

Augmentation marginale

Qui dit nouveau stade dit en général plus grand stade.

Et qui dit plus grand, dit plus difficile à remplir. Cette saison, en L1, l’image d’enceintes à moitié vides renvoyée par les prises de vue télévisuelles a été désastreuse. Les stades ont gagné des spectateurs dans les mois qui ont suivi leur construction mais passé l’effet de mode, l’augmentation a très souvent eu lieu à la marge. Bordeaux a accueilli 1.600 spectateurs en plus en moyenne cette année pour plus de 7.000 sièges supplémentaires. S’il y a plus de monde en valeur absolue, les stades sont en revanche moins remplis que leurs prédécesseurs. Les nouvelles enceintes sont calibrées pour l’Euro 2016, mais elles sont «un peu trop grosses» pour la Ligue 1, résume Boris Helleux.

Avec quelque 12,5 millions de personnes inscrites pour le tirage au sort de la première phase de mise en vente de places pour l’Euro –pour 1 million de places disponibles–, la compétition a très vite été assurée d’un carton presque plein. Ce raz-de-marée constitue un service rendu au championnat de France, estime Alain Belsœur, président du comité stratégie stades de la LFP: «Ce sera l’occasion pour des spectateurs français qui ne viennent pas forcément à nos matches de L1 ou L2 de venir dans ces nouveaux stades, de les découvrir et de se rendre compte, avec l’Euro, que ce sont des enceintes confortables, conviviales, avec beaucoup de services et où ils auront envie de revenir.»

Hausse des affluences en Ligue 1 après la compétition, oui, répond Boris Helleux. Mais l’économiste se méfie d’un nouvel effet de mode. «Théoriquement, oui, il y aura une hausse, c’est un phénomène qui a été identifié lors de la Coupe du monde 1998, notamment avec la partie féminine du public. Mais c’est souvent un effet feu de paille. Le nouveau type de clientèle a rapidement déserté les stades.»

Jean-Louis Triaud ne compte pas non plus sur un miracle: «On ne les fidélisera pas tous. La fidélisation, ça passe par une équipe qui offre un jeu séduisant et de bons résultats. Je parle de bons résultats, pas d’être champion.» Le président des Girondins ne croit pas à l’hypothèse du stade plein et confirme que la capacité du stade n’est pas, à l’heure actuelle, adaptée. Mais il veut déjà voir plus loin que l’horizon 2016. «Peut-être que le stade est un peu grand aujourd’hui mais on ne l’a pas construit pour la saison en cours, note-t-il. La région et l’agglomération de Bordeaux se développent tous les jours un peu plus. Si le stade dure autant que l’ancien, il y aura un public plus important. Donc on pourra l’accueillir.»

«Déconnecter au maximum la fréquentation des stades des résultats sportifs»

Le foot français court après ce public depuis plusieurs années. La base des fans de foot ne suffit pas à remplir ses enceintes. Mais avant de convaincre les fans, les acteurs du foot pro doivent eux-mêmes changer leur vision du stade, estime Alain Belsoeur: «L’Euro a offert des enceintes. Le stade en tant que tel, c’est un outil. Une fois qu’on a l’outil, il faut savoir s’en servir, c’est l’objet de l’accompagnement qu’ont faits certains clubs en termes de qualité de services, d’accueil, de prestations de sécurité… Pour que tous ces clubs sachent utiliser les outils à disposition.»

Travailler autrement, c’est la mission de celui qui est également conseiller du président du HAC:

«Depuis trois ans, on a beaucoup travaillé avec les clubs pour faire comprendre que le temps où on mettait deux affiches en ville pour dire qu’il y avait un match était révolu. Si on veut des publics plus larges et familiaux, plus divers que seulement les fans de foot, il faut faire comme nos amis allemands, anglais ou américains, il faut mettre en place certaines techniques de marketing et de communication pour créer l’envie de venir dans nos stades.»

La hausse de fréquentation constatée lors de la saison dernière est, veut-il croire, liée à cette nouvelle vision.

«Ce que va léguer l’Euro n’est pas tant un nouveau public qu’un nouveau savoir-faire, abonde Boris Helleux. Avec un tel événement, on peut créer de nouvelles compétences.» Ces nouvelles compétences permettront, justement, d’enclencher le cercle vertueux d’un football désiré par tous les publics. «Pour augmenter les affluences, il faut aller cherche un autre type de clientèle. Plus d’étudiants, plus de familles, plus d’enfants. Pour ce type de clients, le foot est encore un spectacle qui peut être anxiogène.»

Dans cette optique, le modèle qui fait rêver, c’est l’Allemagne, qui a réussi un tour de force après la Coupe du Monde organisée en 2006 à domicile. En pleine mutation après un Euro 2000 catastrophique, la Nationnalmanschaft a modifié sa formation et profité de l’organisation du Mondial pour se doter de stades ultra-modernes. Résultat, le niveau de jeu et le spectacle d’un football offensif débridé, bien loin de celui d’un samedi soir ordinaire en Ligue 1, ont fait s’envoler les audiences. Cette réussite fait saliver les dirigeants du foot français. «Le but du jeu c’est aussi de déconnecter au maximum la fréquentation des stades des résultats sportifs, détaille Alain Belsœur. Sinon, il n’y aurait pas 95% de taux d’occupation dans tous les stades allemands. Chez eux aussi, il y a un premier et un dernier. Il faut que les clubs donnent aux spectateurs une qualité d’expérience qui leur donne envie de revenir, quoiqu’il se passe sur le terrain.» En quatre ans, les nouveaux stades en France et les rénovations ont offert une capacité d’accueil supplémentaire d’un peu plus de 80.000 places. Cela fera autant de spectateurs à convaincre, presque chaque semaine, d’aller voir un match de Ligue 1.

Lucile Alard Journaliste

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