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Pourquoi il faut rendre la vaccination contre la rougeole obligatoire

Jean-Yves Nau, mis à jour le 21.10.2009 à 12 h 21

Prévue pour 2010 en Europe, l'éradication de cette maladie virale apparaît désormais hors de portée.

On ne cesse, avec raison, de parler de la vaccination contre la grippe pandémique. Mais changeons un instant la focale pour traiter d'un sujet tout aussi passionnant: la vaccination contre la rougeole à l'échelon du Vieux Continent. C'est l'un des thèmes retenus dans le dernier numéro thématique [PDF] du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l'Institut national de veille sanitaire (InVS); un document exemplaire qui (un peu à la manière de ce que nous observons avec l'actuelle  vaccination antigrippale) témoigne à merveille de ce que peuvent être les résistances individuelles comme les incohérences des politiques sanitaires dans le champ vaccinal.

L'équation anti-rougeoleuse est simple. Elle tient en trois termes.

I/ La rougeole est une maladie virale très contagieuse qui peut avoir des conséquences neurologiques graves, parfois mortelles. Un vaccin anti-rougeoleux existe depuis plus de vingt ans. Il a suffisamment fait la preuve de son efficacité et de son innocuité pour, dans la plupart des pays industriels, avoir été intégré dans les programmes officiels de vaccination des enfants (le plus souvent associé aux vaccins contre la rubéole et les oreillons). Cette vaccination n'est pas obligatoire.

II/ Du fait de l'existence de ce vaccin et de l'évolution très favorable de la situation, les pays de la Région européenne de l'OMS s'étaient engagés, en 1998, à obtenir en 2010 l'éradication de la rougeole sur le Vieux Continent.

III/ Or les dernières données épidémiologiques permettent de dire que cet objectif ne sera pas atteint et que l'on observe une réémergence de cette maladie virale en Europe. Cette réémergence est due à la réduction de la proportion des enfants vaccinés, un phénomène parmi d'autres qui témoigne de la contestation grandissante sinon de l'efficacité du moins de l'innocuité des vaccins.

«La rougeole demeure un problème majeur de santé publique, même si le vaccin anti-rougeoleux fait partie des programmes nationaux de vaccination en routine des enfants en Europe depuis plus de vingt ans», rappellent les auteurs de l'une des publications du BEH. Ils expliquent qu'entre 2006 et 2008, plusieurs pays ont signalé des nombres élevés de cas et de flambées de la maladie. Les plus importantes ont été observées en Suisse, en Allemagne, en Espagne, en Roumanie et au Royaume-Uni et ont essentiellement affecté la population générale. D'autres flambées ont été décrites dans certains groupes spécifiques comme les communautés Roms et Sinti en Italie, les Roms et certains  immigrants en Grèce. Ce même phénomène a aussi été observé  les communautés juives orthodoxes en Belgique et au Royaume-Uni, dans un groupe religieux traditionnaliste en France, et dans la communauté de gens du voyage au Royaume-Uni et en Norvège.

Les auteurs de cette publication ont colligé les informations recueillies par les institutions nationales de surveillance de 32 pays européens: les 27 Etats-membres de l'Union ainsi que  la Croatie, l'Islande, la Norvège, la Suisse et la Turquie. Au total, en 2008, 7.822 cas de rougeole ont été enregistrés dans les 32 pays concernés, dont 90% dans six pays seulement: Suisse, Italie, Royaume-Uni, Allemagne, France et Autriche. La majorité de ces cas étaient des enfants non vaccinés ou insuffisamment vaccinés. Et le bilan 2008 est le double de celui de 2007. C'est dire que le virus rougeoleux recommence à circuler au sein de différents groupes de populations européennes.

Le cas français est particulièrement éloquent, comme le souligne le Pr Didier Houssin, directeur général de la Santé dans le BEH. On est ainsi passé de 40 cas annuels en 2006 et 2007 à plus de 600 cas en 2008. Et pour les huit premiers mois de cette année on comptabilise déjà 1.200 cas.

Curieusement, c'est la Suisse qui est le plus mauvais élève européen suivi par l'Autriche et l'Italie. En moyenne, un cas sur quatre concernait une personne âgée de 20 ans ou plus. Cette résurgence de la rougeole dans certains pays d'Europe traduit bel et bien un refus, certes modeste mais grandissant, du recours aux vaccinations qui ne sont pas obligatoires.

S'il fallait encore une preuve la comparaison des données nationales nous la fournit: les pays les plus affectés sont aussi ceux où les taux de vaccination sont les moins élevés. Au Royaume-Uni, la couverture vaccinale contre la rougeole pour les enfants de 2 ans a été inférieure à 90% entre 1999 et 2006; elle a même été inférieure à 85% entre 2002 et 2005 du fait des rumeurs (scientifiquement infondées mais  hautement médiatisées) établissant un lien entre cette vaccination (associée à celle contre la rubéole et les oreillons) et des cas d'autisme.

Or, pour éradiquer la rougeole il faut obtenir que 95% des enfants soient protégés et que ce taux soit maintenu durablement. Mais comment faire dès lors que cette vaccination n'est que recommandée et que l'on respecte le libre arbitre des parents? «La vaccination anti-rougeoleuse est obligatoire en Slovénie, en Slovaquie et en Hongrie. En Slovénie, la couverture vaccinale des enfants de 2 ans pour la première dose (1996-2006) se situait entre 94% et 96%, et elle dépassait 99% en Slovaquie ainsi qu'en Hongrie» observent les auteurs de l'étude. Ils se gardent toutefois bien de soulever la question qui fâche: si les autorités sanitaires des pays européens veulent tenir les engagements qu'ils ont pris devant l'OMS pourquoi, au vu de l'évolution de la situation épidémiologique,  ne rendent-ils pas  cette vaccination obligatoire? Redoutent-ils, et pourquoi, les conséquences politiques ou judiciaires d'une telle mesure dès lors que l'on mettrait en évidence des effets secondaires indésirables associés à ce vaccin?

De toutes les maladies infectieuses affectant l'homme, seule la variole a pu être éradiquée — grâce à la vaccination obligatoire — à l'échelon planétaire. On pensait pouvoir faire de même avec la poliomyélite mais du fait de nouvelles résistances anti-vaccinales d'origine religieuses (observée notamment au Nigéria), l'objectif reste encore à atteindre.

Pour l'heure, en France vis-à-vis de la rougeole, on préfère encore l'incitation à l'obligation.  «La clé du succès réside dans l'augmentation de la couverture vaccinale des nourrissons et dans le rattrapage vaccinal des enfants, adolescents et adultes jeunes, comme le recommande le calendrier vaccinal», explique le Pr Houssin à l'adresse des professionnels de santé français. Son message sera-t-il mieux entendu que tous ceux concernant la nouvelle vaccination antigrippale?

Jean-Yves Nau

Image de une: éruption typique de rougeole / Wikipedia

Jean-Yves Nau
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