Monde

Chers soutiens de Bernie Sanders, ne soyez pas mauvais perdants

Temps de lecture : 4 min

Les électeurs du sénateur de Vermont sont frustrés après l'annonce de la victoire d'Hillary Clinton, mais celle-ci l'a emporté à la loyale.

Des soutiens de Bernie Sanders lors d'un meeting en Californie, le 7 juin. DAVID MCNEW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.
Des soutiens de Bernie Sanders lors d'un meeting en Californie, le 7 juin. DAVID MCNEW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Bernie Sanders ira jusqu'à Philadelphie. Alors que son adversaire pour l'investiture démocrate, Hillary Clinton, a déjà annoncé sa victoire et que la presse américaine va dans le même sens, le sénateur du Vermont semble décidé à ne pas jeter l'éponge. Il ira d'abord affronter l'ancienne secrétaire d'État dans le district de Columbia lors de la dernière primaire, la semaine prochaine, avant de se rendre à la convention démocrate, en juillet. Pour lui, ce n'est que là que l'on saura vraiment qui affrontera Donald Trump au mois de novembre.

De quoi réjouir ses partisans qui, malgré tous les signes indiquant le contraire, estiment que le combat n'est toujours pas perdu et que Bernie Sanders peut encore devenir le candidat démocrate pour cette présidentielle.

Il suffit de se rendre dans les commentaires de n'importe quel média ou de faire un tour sur les réseaux sociaux pour réaliser qu'ils n'ont pas baissé les bras. Et alors qu'ils redoutaient il y a quelques mois que les super-délégués (pas élus, mais désignés par le parti) ne puissent faire pencher la balance vers le camp Clinton si Bernie Sanders remportait le vote populaire, certains s'en remettent aujourd'hui à ces mêmes super-délégués alors que Sanders est largement distancé dans ce même vote populaire. Même sentiment du côté de l'équipe de campagne de Bernie Sanders, dont le directeur, Michael Briggs, a regretté l'annonce de la victoire de l'ancienne secrétaire d'État par la presse:

«Il est dommage que les médias, dans la précipitation, ignorent la déclaration du comité national démocrate qui rappelle qu'il ne faut pas compter les votes des super-délégués avant leur vote à la convention, cet été.»

Attitude schizophrène

Autant dire que tout ceci est assez contradictoire, comme le note Mike Pesca de Slate.com:

«Le chemin de Bernie Sanders jusqu'à la nomination repose sur l'approbation de l'institution des super-délégués et l'espoir que ces super-délégués puissent changer d'avis d'ici la convention. Pour les soutiens de Sanders, s'appuyer sur une élite à moitié anonyme d'un parti auquel il n'appartenait pas il y a encore deux ans ne semble pas tout du hypocrite.»

Le tout avant de citer Greg Hopkins, politologue au Boston College:

«Les progressistes ont tendance à estimer qu'ils se battent pour les droits et l'intérêt du peuple contre ceux des élites. Dans une démocratie, bien sûr, la majorité l'emporte, et n'importe quelle bataille politique dans laquelle la gauche subit une défaite est plus facile à présenter comme le produit d'un processus non-démocratique que comme révélateur des limites de l'attrait populaire du progressisme.»

D'autant que, comme l'explique Jamelle Bouie sur Slate.com, «les primaires n'étaient pas truquées. Malgré tous leurs défauts, elles ont donné une candidate avec un large soutien du parti»:

«Le processus des primaires démocrates fonctionne correctement. Ça pourrait être mieux, mais ça fait le travail. Et Hillary Clinton, peu importe ce que vous pensez d'elle et de sa candidature, en est l'exemple parfait. Pour la grande majorité du parti –les électeurs fidèles, les élus, les progressistes et les modérés–, elle est acceptable, voire préférable. Le problème de Bernie Sanders n'était pas le processus. C'était que chez les Démocrates, il n'était pas aussi populaire que sa rivale.»

Et ce même s'il a attiré des millions d'électeurs à ses côtés.

Plus de votes pour Clinton

Selon le dernier décompte de RealClearPolitics, qui agrège tous les résultats, primaire après primaire, Hillary Clinton compte actuellement un peu plus de 3,6 millions de voix d'avance sur Bernie Sanders. Comme le répète à l'envi le fondateur de FiveThirtyEight, Nate Silver, «Hillary Clinton l'a emporté parce que plus d'électeurs démocrates ont voté pour elle». Même s'il avait devancé l'ancienne secrétaire d'État de vingt points dans chacun des six États qui votaient dans la nuit du 7 au 8 juin, «Sanders aurait toujours eu 200 délégués élus et près de deux millions de votes de retard, selon la participation en Californie». Clinton l'a finalement emporté dans quatre de ces six États, et a même gagné la Californie avec treize points d'avance. À noter cependant que l'annonce d'AP a pu refroidir une partie des possibles électeurs de Sanders, qui ont pu ne pas vouloir se rendre aux urnes pour participer à une élection dont le sort était déjà connu.

L'autre argument avancé régulièrement par les soutiens de Sanders pour garder leur poulain dans la course est, que selon divers sondages, Bernie Sanders l'emporterait plus facilement face à Trump qu'Hillary Clinton. Pour éviter une catastrophe aux États-Unis et au monde, il faudrait envoyer le sénateur du Vermont affronter le magnat de l'immobilier en novembre prochain. Or, comme nous le rappelions à la fin mai, pour prendre au sérieux ces sondages et essayer d'en tirer quelque chose, il faudra atteindre le mois d'août, une fois que les candidats auront été investis par leur parti et que la campagne sera officiellement lancée.

Comme les soutiens d'Hillary Clinton en leur temps, quand l'ancienne secrétaire d'Etat avait été battue par Barack Obama (et avait parfois été accusée d'être mauvaise perdante), ceux de Bernie Sanders devront très probablement faire un choix. Pour certains, tels ceux que nous avions rencontré en mars à Paris, le sénateur du Vermont a déjà réussi son coup en ayant «une influence immense sur le débat au sein du parti démocrate». Et comme l'indique Mediaite, si un quart d'entre eux ont assuré qu'ils ne voteraient jamais pour Clinton, il y a fort à parier que la plupart reviendront sur leur décision en novembre quand ils seront confrontés à la perspective d'une présidence Trump.

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