Sciences / Santé

Une Américaine dit avoir gagné vingt ans d'existence avec une thérapie folle

Temps de lecture : 2 min

PDG d'une société de biotechnologie, Elizabeth Parrish affirme être devenue la patiente zéro des thérapies géniques anti-vieillesse. Sauf que la communauté scientifique a bien des raisons de douter.

 Un chromosome et la région du télomère en vert |mages du site de BioViva License by

«Quand j'ai commencé à m'y intéresser, je considérais cela comme une science folle. Mais le temps de la science folle est arrivé.» Non, ces mots ne sont pas ceux du biologiste Seth Brundle, obsédé par la téléportation, dans La Mouche de David Cronenberg. Ils ont été tenus par Elizabeth Parrish, PDG de BioViva, une société de biotechnologie basée dans le Delaware aux États-Unis.

Cette femme de 45 ans originaire de la la banlieue de Seattle, sans qualifications médicale et scientifique, affirme avoir gagné vingt ans d'existence, grâce à deux thérapies géniques développées par ses salariés. L'opération a eu lieu en mars 2016 dans une clinique colombienne –afin d'échapper aux lois fédérales américaines– dont ni le nom ni l'adresse n'ont été révélés.

Aucune publication scientifique n'atteste de ces résultats, et peu de détails sont sortis, si ce n'est que le virus modifié a été injecté par intraveineuse. Il s'agit d'une enzyme appelée télomérase. Une fois répandue dans l'ensemble du corps, celle-ci vient enrichir l'ADN contenu aux extrémités des chromosomes et par conséquent, ralentir le vieillissement cellulaire. Et elle le clame, la longeur de l'ADN des cellules sanguines a bondi de 9% (de 6,71 à 7,33 kilobases). Soit deux décennies de gagnées.

La seule expérience sur laquelle s'appuie Elizabeth Parrish, aujourd'hui à la recherche de partenaires pour reproduire à plus grande échelle cette expérience, remonte à 2012. Des chercheurs espagnols avaient augmenté de 20% la durée de vie de plusieurs souris, grâce à cette technique.

Tout n'est pas une question de taille

Mais il en faudrait bien plus pour convaincre ses pairs, partagés entre doute et scepticisme. La journaliste Beth Mole liste trois raisons de ranger cette annonce du côté de la fiction. Primo, impossible de prouver la corrélation entre la longueur des télomères –la région d'ADN correspondant à l'enzyme– et la santé d'une personne.

Ensuite, la longueur et la quantité n'assurent pas d'une longue et belle vie. «Un non-sens», s'insurge le chercheur Abraham Aviv dans un mail envoyé à la revue The Scientist. Alors qu'on associe les maladies cardiovasculaires à de petites télomères, on constate que les victimes de cancer en possèdent des versions allongées... «C'est comme pour les cheveux gris, ce n'est pas parce qu'on se les teint qu'on vivra plus longtemps», ajoute la chercheuse de Georgetown, Dana Glei. Enfin, la marge d'erreur dans la mesure des télomères avoisine elle-aussi les 9%.

D'ailleurs, un expert scientifique de BioViva a démissionné après l'annonce de la PDG. «C'est un gros problème. Je suis très inquiet de l'évolution que cela prend. J'incite vivement à réaliser des études précliniques», s'est alarmé George Martin de l'université de Washington, dans la revue MIT Technology.

La patiente zéro garde tout de même les pieds sur terre: «Ma conclusion serait que si vous voulez vivre vieux, vous feriez mieux de moins fumer et faire de l'exercice plutôt que d'essayer d'allonger vos télomères». Sage parole, on dirait presque un conseil de vieux.

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