Allemagne

À Prora, bataille immobilière autour d'un grand complexe nazi

Temps de lecture : 2 min

Les habitants de la station balnéaire voudraient garder la propriété du dernier bloc de ce grand ensemble devenu mémorial.

Prora | äquinoktium via Flickr CC License by
Prora | äquinoktium via Flickr CC License by

Après des décennies de décrépitude, la station balnéaire de Prora, sur l'île allemande de Rügen, est en train de faire peau neuve. Les façades du monstre de béton, qui s'étire sur près de cinq kilomètres le long de la mer baltique, ont été repeintes d'un blanc étincelant et équipées de balcons. Plusieurs barres d'immeubles accueillent déjà des appartements de luxe, dont le prix du m2 à l'achat atteint jusqu'à 10.000 euros, rapporte l'hebdomadaire allemand Der Spiegel.

Après avoir cédé quatre des cinq unités qui composent cet ensemble architectural nazi classé monument historique à plusieurs investisseurs, l'arrondissement de Poméranie-Occidentale-Rügen s'apprête à mettre en vente la dernière. Une décision très impopulaire sur l'île, où 15.000 habitants viennent de signer une pétition pour s'opposer à la vente du bloc V, comme le rapporte le site de la chaîne de télévision NDR:

«Ils déplorent qu'avec la vente du dernier bloc encore détenu par la collectivité, ce mémorial de deux dictatures perde sa signification.»

Sorti de terre sous le troisième Reich, cet immense complexe architectural avait été conçu par l'organisation de loisirs nazie Kraft durch Freude («la force par la joie») pour accueillir 20.000 vacanciers durant l'été. Il était destiné aux familles des citoyens-modèles de l'Allemagne nazie, c'est-à-dire les membres du NSDAP, le parti nazi, et les soldats. Mais le chantier colossal lancé en 1936 dût être stoppé lorsque l'Allemagne entra en guerre. Prora ne devint jamais la destination du tourisme de masse qu'elle était censée devenir.

Ses interminables barres de béton servirent de caserne et d'hôpital tout au long de la Seconde Guerre mondiale. En 1945, quand l'île de Rügen fut occupée par l'armée rouge et rattachée à la RDA, la station balnéaire inachevée continua d'être utilisée à des fins militaires, abritant une caserne, puis fut finalement désertée et livrée aux casseurs et aux vents marins pendant deux décennies.

Les signataires de la pétition, soutenus par des élus du conseil de l'arrondissement de Poméranie-Occidentale-Rügen appartenant au parti écologiste Die Grünen et au parti de gauche radicale Die Linke, réclament notamment que l'auberge de jeunesse de 400 lits ouverte dans une partie du bloc V en 2011 continue d'être exploitée, et qu'un lieu de rencontre, de culture et de formation soit ouvert dans une autre partie du bâtiment. Ils demandent également à ce que le petit musée consacré à l'histoire de ce lieu unique au monde, qui se trouve actuellement dans le bloc III et qui ne fait par partie des plans des nouveaux propriétaires, puisse être abrité dans le bloc V. Jusqu'à présent, ni la région du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, ni le Bund n'acceptent de soutenir financièrement ce projet.

Slate.fr

Newsletters

Comment le KGB gérait les couples d'espions

Comment le KGB gérait les couples d'espions

Un manuel des forces soviétiques de 1974 recense de nombreux conseils à destination des instructeurs.

Sylvin Rubinstein, le danseur de flamenco qui se déguisait en femme pour tuer des nazis

Sylvin Rubinstein, le danseur de flamenco qui se déguisait en femme pour tuer des nazis

Après avoir perdu sa sœur jumelle dans le camp d'extermination de Treblinka, il n'eut de cesse de se venger. Il participa à diverses actions de sabotage, fomenta des attentats et commit plusieurs assassinats.

Le sidérant fan-club d'Hitler

Le sidérant fan-club d'Hitler

Le dictateur nazi faisait l'objet d'un véritable culte de la personnalité de son vivant. Un historien allemand a retrouvé des dizaines de milliers de lettres envoyées par ses concitoyens: déclarations d'admiration, poèmes à sa gloire, cadeaux à gogo... et courrier du coeur.

Newsletters