Santé / Culture

Un scientifique prononce les mots «Game of Thrones» et «sexe», les médias s’agitent

Temps de lecture : 3 min

David Spiegelhalter, qui analyse la sexualité des Britanniques, a eu le malheur de citer la série phare de HBO, pour le plus grand bonheur des journalistes.

Photo extraite de la série «Game of Thrones», via Allociné
Photo extraite de la série «Game of Thrones», via Allociné

La série Game of Thrones est devenue un excellent moyen d’obtenir un écho médiatique pour faire passer un message. Trouvez une polémique et un moyen d’y rattacher la série et les médias, conscients son impact auprès des lecteurs, s’en feront l’écho (Slate.fr compris). Samedi 4 juin, un scientifique a réussi (malgré lui?) son passage dans l’arène médiatique en citant la série et une thématique très porteuse dans les médias et chez les lecteurs: le sexe.

On a ainsi pu lire sur internet des articles titrés de la façon suivante: «“Game of Thrones” affecte l’intimité des Britanniques», «Est-ce que “Game of Thrones” ruine notre vie sexuelle?», «Un professeur nous met en garde contre des séries comme “Game of Thrones” qui affecteraient notre vie sexuelle»… Mais en creusant un peu, on se rend vite compte que les propos du scientifique en question concernant Game of Thrones sont bien plus anecdotiques que l’on pourrait le croire.

Lors du festival Hay, qui s’est tenu au Pays de Galles, le professeur David Spiegelhalter, statisticien de l’université de Cambridge, est en effet venu parler de l’évolution de la sexualité des Britanniques. Le Telegraph raconte que l’essentiel de son exposé consistait à montrer que le déclin de leur sexualité ces trente dernières années était très inquiétant. «En 1990, écrit le journal, les couples faisaient l’amour cinq fois par mois, mais maintenant ils ne le font que trois fois, une chute de 40% en seulement vingt ans. Si les gens continuent ainsi, ils ne feront plus du tout l’amour d’ici 2030.» Notons ici que cette dernière phrase, prononcée par Spiegelhalter, est sûrement une blague, mais le Telegraph l’a prise au premier degré.

Le chercheur, après avoir exposé les données de ses travaux, a tenté de trouver une explication à ce déclin de la sexualité: «Pourquoi direz-vous? Les statisticiens disent: “Je ne sais pas.” L’un des chercheurs a mentionné le mot iPad. Je pense qu’il s’agit des coffrets DVD, de Netflix. Oh mon dieu [OMG en version originale] je dois regarder toute la saison deux de Game of Thrones

Anecdote transformée en fait

Dans tout l’article du Telegraph, qui reprend une grande partie du discours du statisticien, il s’agit de la seule mention de la série de HBO. Mais le mal était fait. Il a suffi de cette petite phrase, aussi anecdotique soit-elle, pour qu’une partie de la presse anglo-saxonne fonce tête baissée et fasse de cette hypothèse facétieuse une affirmation scientifique.

Et ce alors que, lors de son intervention au Hay Festival, le chercheur a plutôt insisté sur «la connectivité de masse, le fait de regarder tout le temps notre téléphone, ou que la télévision était éteinte à 22h30 il y a encore quelques années et qu’il n’y avait rien d’autre à faire». Sur nos rapports à l’écran donc, et pas sur la série en elle-même. Il est aussi intéressant de noter ici que le professeur a écrit plusieurs articles de vulgarisation de ses recherches pour le Daily Mail en 2015. Et à aucun moment il n’y cite Game of Thrones ou les séries comme facteur d’influence de notre sexualité.

De plus, Spiegelhalter parle bien de binge watching de la série, impossible avec le rythme actuel de diffusion hebdomadaire de la chaîne HBO, contrairement à Netflix, qui livre les saisons dans leur intégralité. Pour binge watcher Game of Thrones, il faut avoir les coffrets DVD ou regarder toute la saison après tout le monde, une fois sa diffusion terminée (et donc au risque d’être spoilé). Et, même dans ce cas, ce n’est pas la seule série que les spectateurs binge watchent, loin de là. Game of Thrones est donc pris ici comme un exemple parmi d’autres. Pire, comme le note le site Forbes, «Game of Thrones a débuté en 2011 et Netflix UK a été lancée en 2012 [soit il y a trop peu de temps pour en tirer des statistiques, NDLR]. La conclusion [sur l’influence de la série sur la sexualité] n’est donc que pure spéculation».

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