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Hillary Clinton peut bien perdre la Californie: elle sera la candidate démocrate

Temps de lecture : 5 min

Les Démocrates votent pour les primaires mardi 7 juin en Californie, mais aussi dans le Montana, le New Jersey, le Nouveau-Mexique et les Dakota. Hillary Clinton est désormais certaine de l’emporter face à Bernie Sanders, même en cas de défaite (peu probable) en Californie. Mais, face à Donald Trump, la bataille pourrait se révéler plus délicate que prévu.

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Nyla Escobedo, 11 ans, supporter de Hillary Clinton lors d’un meeting de campagne le 5 juin 2016 à Sacramento, en Californie | GABRIELLE LURIE/AFP

«Crooked Hillary»: tel est le surnom favori que Donald Trump accole désormais systématiquement à Hillary Clinton. L’expression est difficile à traduire en français où elle perd son effet. Cela signifie en gros que la candidate démocrate est «tordue» ou «de travers». Cela peut même vouloir dire plus vulgairement qu’Hillary Clinton est «malhonnête» ou même «véreuse». Ambiance.

Bernie Sanders, l’endurant opposant démocrate à Clinton, n’emploie pas les mêmes mots. Il est plus civilisé. Mais il assène ses coups lui aussi, durement, et ils ont fini par porter. Il peut bien perdre l’investiture, comme cela sera finalement le cas le mardi 7 juin, mais l’affrontement laissera des traces.

La primaire de Californie va départager les deux candidats démocrates. Sur le papier, Hillary Clinton a gagné car elle va recueillir le nombre suffisant de délégués, même en cas de défaite. Il lui manque 71 délégués et la Californie en propose 546. Compte tenu des sondages et du mécanisme proportionnel de répartition des votes (et non plus du «winner takes it all» comme pour certaines primaires précédentes), il est certain qu’elle obtiendra ces voix.

Il y a plus. On vote aussi, le même jour, dans le Montana (où 27 délégués sont en jeu), le New Jersey (142), le Nouveau Mexique (43) et les deux Dakota (28 délégués au total). Hillary Clinton atteindra donc ce mardi 7 juin la barre fatidique des 2.383 délégués.

La victoire d’Hillary Clinton est donc acquise et sa désignation en juillet par la convention démocrate quasiment certaine, même si la suite n’est pas écrite. Sa victoire sur Bernie Sanders aura été bien plus lente que les commentateurs l’avaient anticipée et la bataille qui s’ouvre face à Donald Trump apparaît aussi plus imprévisible que cela avait été imaginé. Décidément, la présidentielle américaine de 2016 réserve bien des surprises et rien ne se sera déroulé comme prévu.

Candidate par défaut

Donald Trump et Hillary Clinton ont ceci en commun qu’ils ne sont pas aimés des Américains. Si le Républicain est rejeté massivement par les femmes, les noirs et les hispaniques (et d’ailleurs aussi par la jeunesse), Hillary Clinton n’arrive pas à séduire les classes populaires, notamment blanches et masculines. À droite, celles-ci votent massivement pour Donald Trump; à gauche, elles votent tout aussi massivement pour Bernie Sanders. Mais jamais pour Hillary Clinton. C’est un problème.

Au-delà, il semble qu’Hillary Clinton soit une candidate par défaut. L’offre politique (Trump-Clinton) ne satisfait visiblement pas l’électorat américain et on n’explique pas autrement les difficultés de Clinton, dont la victoire à gauche est annoncée depuis des semaines mais qui, pourtant femme de président et ancienne secrétaire d’État, n’a même pas encore réussi à terrasser un vieux sénateur du Vermont de 74 ans qui n’était même pas démocrate avant 2015!

En Californie et au Nouveau-Mexique, Hillary Clinton devrait pouvoir compter sur le vote latino, qui lui est acquis et qui représente, dans le «Golden State», 39% de la population. (Elle vient d’ailleurs de remporter, grâce aux hispaniques justement, le caucus de Porto Rico ce dimanche 5 juin.)

Pourtant, même dans cet électorat relativement captif, les premiers signes de faiblesses apparaissent. Des chercheurs font remarquer que les nouvelles générations hispaniques lui préfèrent Sanders, en particulier en Californie, où ils le surnomment affectueusement «El Viejito» – le vieil homme). Séduits notamment par un relèvement du salaire minimum à 15 dollars de l’heure et par la gratuité de l’université, ce sont d’ailleurs les jeunes dans leur ensemble qui sont les plus enthousiastes pour la candidature Sanders. Le sénateur du Vermont a collecté plus de 200 millions de dollars, pour l’essentiel à partir de dons de moins de 30 dollars. Et il suffit de séjourner sur un campus du New Jersey, comme je l’ai fait récemment, et où l’on votera également ce mardi, pour constater cette ferveur pro-Sanders.

Beaucoup constatent la fragilité d’Hillary Clinton révélée par l’endurance de Bernie Sanders, ce qui pourrait attester qu’elle n’est pas la candidate la plus solide pour résister en novembre aux attaques de l’imprévisible et égocentrique Donald Trump

Quel report de voix peut-on imaginer de Sanders vers Clinton en novembre? C’est une question.

Centre de gravité

Une autre question sera celle du choix du «running mate» de Clinton (son vice-président potentiel). Une figure de gauche? Cela lui rallierait les fans de Sanders mais l’affaiblirait au centre, face à Trump. Une figure latino, par exemple de Floride? Cela galvaniserait les hispaniques sans pour autant lui apporter un nombre de voix significatif puisqu’elle a déjà une large partie de cet électorat? Une grande figure politique blanche d’une des régions décisives pour la présidentielle (le Sud-Est, le Middle West ou la Rust Belt, région qui comprend les grandes villes industrielles comme Détroit, Cleveland, Pittsburgh ou Chicago)? Ce serait plus efficace.

Dans ce contexte d’ensemble, la primaire de Californie ce mardi est finalement moins décisive qu’il n’y paraît. C’est une étape de plus, mais une étape seulement, pour Hillary Clinton avant sa désignation officielle lors de la convention démocrate du 25 au 28 juillet à Philadelphie. En revanche, pour Bernie Sanders, une défaite en Californie, le plus peuplé des États américains (avec 40 millions d’habitants) marquerait la fin définitive de son combat. Et même sa victoire ne pourrait être que symbolique puisqu’elle lui permettrait de faire mieux entendre sa voix lors de la convention démocrate sans pour autant lui permettre de gagner l’investiture.

Les pronostics sont ouverts pour l’échéance suivante: la présidentielle de novembre. Deux interprétations majeures existent ici. Beaucoup constatent la fragilité d’Hillary Clinton révélée par l’endurance de Bernie Sanders, ce qui pourrait attester qu’elle n’est pas la candidate la plus solide pour résister en novembre aux attaques de l’imprévisible et égocentrique Donald Trump (qui a accusé hier Barack Obama de n’être pas américain et récemment Bill Clinton d’être un «violeur»).

D’autres pensent au contraire que la combativité de Clinton, sur la durée, face à Bernie Sanders, témoigne de sa ténacité et de sa puissance. Le populisme incarné par le sénateur du Vermont et le pragmatisme de Clinton représentent deux courants vitaux du Parti démocrate et, si elle arrivait à apparaître à la fois sérieuse et innovante, entre la droite et la gauche, au centre de gravité du pays, elle gagnerait.

Reste les circonstances par définition indépendantes des stratégies et des idées: l’affaire des e-mails privés utilisés par Hillary Clinton pendant qu’elle était secrétaire d’État ne cesse d’empoisonner sa campagne. Plusieurs articles, notamment du magazine Time, prédisent des évolutions ennuyeuses pour Clinton. Risque-t-elle une mise en examen? Un procès? C’est le scénario catastrophe que ne peuvent plus exclure désormais les Démocrates. Quelques sondages annoncent déjà que Trump pourrait l’emporter sur Hillary Clinton en novembre. C’est une autre inquiétude qui est en train de naître. Tous, à gauche, craignent donc que «Crooked Hillary» ne soit plus seulement un surnom inventé par Donald Trump. Mais devienne une réalité.

Frédéric Martel Journaliste et chercheur

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