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Accusé de crimes de guerre en Somalie, il est devenu agent de sécurité aux États-Unis

Temps de lecture : 2 min

Yusuf Abdi Ali, commandant sous le régime de Mohamed Siad Barre, aurait supervisé des actes de violence dans les années 1980.

Un combattant du général Mohamed Farah Aidid pendant la guerre civile somalienne en 1991 | ALEXANDER JOE/AFP
Un combattant du général Mohamed Farah Aidid pendant la guerre civile somalienne en 1991 | ALEXANDER JOE/AFP

Son cas est assez semblable à la fuite des nazis après la Seconde Guerre mondiale. Yusuf Abdi Ali est accusé d’avoir participé à des crimes de guerre dans les années 1980 en Somalie mais cela ne l’empêche pas de mener, depuis une vingtaine d’années, une vie paisible aux États-Unis, comme le rapporte CNN. Il y partage un appartement avec sa femme et travaille en tant qu’agent de sécurité à l’aéroport international de Dulles, près de la capitale Washington.

Dans les années 1980, le régime de Mohamed Siad Barre, en place depuis un coup d’État en 1969, dirige le pays situé à l’extrémité orientale de la corne de l’Afrique d’une main de fer. Les experts des droits de l’homme indiquent que, dans le nord, le peuple Issa est sévèrement réprimé par les forces gouvernementales, forces dont Ali faisait partie.

À la suite des allégations de CNN, jugées «très sérieuses» par son employeur Rick Cucina, Ali a été placé en congé administratif par la société qui l’emploie.

«Déchiqueté en morceaux»

Plusieurs villageois avaient déjà décrit ses atrocités dans un documentaire, aux répercutions assez confidentielles, diffusé par la Société Radio-Canada en 1992. Un témoin y affirmait qu’Ali avait capturé et tué un membre de sa famille. «Il a attaché mon frère à un véhicule militaire et l’a traîné à l’arrière. Il l’a déchiqueté en morceaux. Voilà comment il est mort.»

Ali aurait joué le rôle d’un commandant militaire. «Il a supervisé une partie de la violence la plus incroyable que vous pouvez imaginer, a déclaré Kathy Roberts, avocate pour le Centre pour la justice et la responsabilité (CJA), qui a intenté un procès civil en 2006. Il a torturé des gens personnellement, il a supervisé la torture.» De son côté, Joseph Peter Drennan, l’avocat d’Ali, réfute toutes les accusations.

Après de nombreux appels depuis 2006, l’affaire est désormais portée devant la cour suprême des États-Unis. Si le tribunal accepte de l’entendre, ce cas pourrait devenir historique: il permettrait de savoir si les étrangers demeurant aux États-Unis peuvent être tenus responsables de crimes qui auraient été commis à l’étranger. Une solution qui pourrait décharger la Cour pénale internationale (CPI), située à La Haye (Pays-Bas). L’institution, si elle a déjà ciblé les Balkans ou des pays africains comme le Rwanda ou le Kenya dans le jugement des crimes contre l’humanité, n’a encore jamais pris en compte la Somalie sur ce genre d’affaires.

Slate.fr

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