Histoire

Pendant neuf ans, cet «enfant juif» était le voisin d’Hitler

Temps de lecture : 2 min

À 91 ans, Edgar Feuchtwanger a encore ses cahiers d’école remplis d’hommages au dictateur nazi.

L’historien Edgar Feuchtwanger, alors âgé de 88 ans, qui a été voisin d’Adolf Hitler pendant son enfance, le 17 janvier 2013 à Paris | MIGUEL MEDINA/AFP
L’historien Edgar Feuchtwanger, alors âgé de 88 ans, qui a été voisin d’Adolf Hitler pendant son enfance, le 17 janvier 2013 à Paris | MIGUEL MEDINA/AFP

Edgar Feuchtwanger avait 5 ans lorsqu’Adolf Hitler est venu s’installer tout près de chez lui. C’était en 1929. Depuis sa fenêtre, il pouvait voir l’immense appartement situé au troisième du 16 Prinzregentenstrasse à Munich. Il a vécu là, à côté du dictateur nazi, pendant neuf ans, avant que sa famille ait à fuire l’Allemagne nazie en 1938. De cette expérience, il a fait un livre, Hitler mon voisin.

Aujourd’hui, à 91 ans, il continue de raconter comment il a vécu ces années. Le New York Times profite de sa visite aux États-Unis –il vit désormais dans un petit village en Angleterre après avoir été professeur d’histoire pendant trente ans à l’université de Southampton– pour lui consacrer un article. Il y présente les cahiers dans lesquels il faisait ses devoirs, remplis d’exercices sur des thèmes patriotiques et où figurent des hommages à celui que les enfants apprennent à appeler le «Führer». Il dit à quel point les nazis étaient nombreux dans son quartier. En se rendant à l’école, il passait devant la villa du photographe d’Hitler, Heinrich Hoffmann. Parfois, il surprenait Hitler assis dans son jardin. Pas loin se trouvait aussi Ernst Röhm, qui dirigeait l’aile paramilitaire du parti nazi:

«On oublie parfois cet homme aujourd’hui. Mais, à l’époque, il était le numéro 2 du Reich, le seul à qui Hitler s’adressait avec respect. Et lui ne l’appelait pas “Führer” mais le tutoyait.»

Défilé de soldats SS

Lorsque Röhm a été arrêté personnellement par Hitler le 30 juin 1934, le jeune Edgar Feuchtwanger a vu le cortège de voitures et de soldats SS s’organiser sous ses fenêtres.

Sa première rencontre avec Hitler a lieu lorsqu’il a 8 ans. Il sortait avec sa nourrice faire une course. En passant devant le domicile du dirigeant, celui-ci est sorti, des gens criaient «Heil Hitler». Il les a regardés, lui et sa nourrice, «avec bienveillance», dit-il. «S’il avait su qui j’étais, cela aurait été très différent.»

En 1933, dans l’un de ses cahiers, il avait dessiné une croix gammée pour recouvrir la faucille et le marteau communistes

Car le père d’Edgar Feuchtwanger était à la tête d’une maison d’édition prospère, dont Hitler connassait le nom. Son activité fonctionnant bien, il le voyait comme un «juif qui a réussit». En 1936, les lois du régime l’obligent à se retirer des affaires.

En 1933, l’appartement et la rue de la famille Feuchtwanger étaient remplis de soldats SS. Edgar Feuchtwanger a vu les voitures se rassembler avant le départ de l’opération qui visait à annexer l’Autriche en 1938. Il voit aussi Mussolini venir signer les accords de Munich.

Comme beaucoup d’autres, la famille pensait qu’elle pourrait s’accomoder du régime. «Mes parents discutaient de la situation politique et j’en savais plus à 8 ans que je n’en sais aujourd’hui», précise-t-il au quotidien américain.

En 1933, dans l’un de ses cahiers, il avait dessiné une croix gammée pour recouvrir la faucille et le marteau communistes. Il explique que son professeur était enchanté par la prise du pouvoir des nazis. En 1934, il colle un portrait d’Hitler avec l’aigle nazi et la croix gammée pour fêter les 45 ans du dictateur. «Imaginez, c’est un enfant juif qui faisait ça.»

En 1938, pendant la «Nuit de Cristal», le jeune Edgar est emmené à Dachau. Son nom n’a jamais été associé à celui des livres de sa famille, il est relâché six semaines plus tard et s’exile en Angleterre.

Slate.fr

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