Sciences

Des scientifiques veulent contrer la pseudoscience sur les perturbateurs endocriniens

Temps de lecture : 2 min

Vous pensez que les perturbateurs endocriniens sont le cinquième cavalier de l’Apocalypse? Détrompez-vous: en l’état actuel des connaissances scientifiques, le tableau est infiniment plus complexe... et bien moins terrifiant.

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Le 3 mai, le commissaire européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis, rencontrait certains des plus grands spécialistes de l’évaluation des risques des perturbateurs endocriniens (PE) chez l’humain –dont Alan Boobis, Daniel Dietrich, Helmut Greim, Pat Heslop-Harrison et Richard Sharpe. Ce groupe de scientifiques est en effet pour le moins préoccupé de voir la pseudoscience prendre de plus en plus de place dans l’élaboration des réglementations communautaires régissant l’usage des composés chimiques agricoles, sanitaires ou encore industriels.

Selon eux, la présentation de la question des PE au public et à la Commission par certains scientifiques se fait de manière délibérément sélective. Avec de tels biais, les mesures proposées ne sont pas supportées par des données scientifiquement solides et vont même bien souvent à l’encontre de l’état actuel des connaissances sur les effets des hormones chez les humains.

Ainsi, pour le groupe d’une dizaine de scientifiques, la perception générale des PE souffre de l’influence trop importante d’individus, d’ONG et de lobbys qui affirment catégoriquement que les PE contribuent au cancer humain, aux troubles reproductifs, à l’obésité ou encore au diabète. En réalité, il n’existe aucune assise scientifique solide et cohérente permettant de soutenir une position aussi tranchée et la plupart des éléments de preuve les plus solides suggèrent même le contraire.

Évaluation des risques

Par exemple, un rapport de consensus sur les PE publié mi-avril par l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques souligne que la caractérisation des PE n’est qu’une première étape dans l’évaluation des risques qu’ils pourraient poser sur l’humain ou l’environnement. Ensuite, pour toute évaluation adéquate des effets des PE, il faut nécessairement prendre en compte leur puissance et leurs mécanismes d’action, soupeser leurs bénéfices par rapport à leurs méfaits, déterminer quels niveaux d’exposition sont associés à quels effets sur la santé, etc. Et les choses se compliquent d’autant plus quand on sait que bon nombre de PE sont composés de substances à la fois naturelles et synthétiques.

Ainsi, si l’on applique à la lettre les mesures défendues par certains acteurs de la lutte contre les PE, il faudrait identifier le sucre comme PE –une fois ingéré, il déclenche la libération d’insuline– et le soumettre à réglementation. Idem pour le composé naturel de la moutarde (le bisphénol F), dont le potentiel de médiation endocrinienne est presque identique à celui du bisphénol A, désormais interdit pour certaines utilisations en France et en Allemagne. Et les scientifiques de citer les nombreuses substances chimiques œstrogéniques présentes dans plus de 300 plantes, fruits et légumes auxquels les humains sont couramment exposés, notamment dans l’alimentation.

Pour les chercheurs, la gestion des PE ne doit pas être l’exception des procédures juridiques et réglementaires élaborées et mises en œuvre dans l’Union européenne. Comme dans tous les autres domaines, comme par exemple dans le droit pénal, ces réglementations doivent se fonder sur des preuves scientifiques solides, ce qui n’est pas aujourd’hui le cas. Pour corriger le tir, les critères réglementaires concernant les PE devraient être développés par la Commission avec la contribution active de toxicologues, d’endocrinologues et de professionnels expérimentés dans le domaine de l’évaluation des risques. Un cadre qui permettrait l’utilisation sûre de nombreux composés dans une vaste gamme d’applications, la protection de la santé humaine et de l’environnement, tout en maintenant la durabilité et la compétitivité de l’économie européenne. Pour le moment, la réunion est étrangement passée inaperçue.

Slate.fr

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