Science & santé

Non, la femelle panda ne «simule» pas sa grossesse (c'est plus compliqué)

Bruno Cravo, mis à jour le 03.06.2016 à 12 h 21

Certaines femelles, trompées par leurs hormones, adoptent inconsciemment un comportement de future mère, même si aucun bébé ne naîtra au final.

Au zoo de Beauval | Malkav via Flickr CC License by

Au zoo de Beauval | Malkav via Flickr CC License by

Huan Huan accouchera-t-elle d'un bébé panda ou pas? Ces jours-ci, la femelle du zoo de Beauval (Loir-et-Cher) cristallise les attentions. Tout le monde s'interroge, en effet, sur l'effectivité de sa grossesse après son insémination artificielle survenue en février. Mais la gestation des pandas géants est si compliquée qu'il est impossible de savoir tant pour elle que pour les vétérinaires si elle est véritablement enceinte malgré quelques signes de grossesse.

Contrairement à une rumeur d'août 2014 venant d'une femelle panda dans un centre de reproduction chinois, ces ursidés sont incapables de simuler consciemment une grossesse. Ils ne construisent aucune stratégie machiavélique dans le but d'obtenir plus de nourriture ou de meilleures conditions de vie. «L'une des particularités dans la gestation des femelles, c'est que leurs hormones de grossesses grimpent après un accouplement, qu'elles soient pleines ou non», explique Jérôme Pouille, spécialiste des pandas et créateur du site pandas.fr.

Panda aux hormones

Cette montée hormonale automatique se traduit non seulement dans le développement des glandes mammaires mais aussi dans le comportement. Madame panda va alors moins s'alimenter, dormir plus longtemps et surtout fabriquer un nid pour accueillir sa progéniture. Mais très concrètement, à ce stade de la gestation, rien n'indique qu'elle accouchera d'un bébé panda dans les mois qui suivent. Pour ne rien arranger, «les pseudo-gestations sont courantes chez les pandas, bien plus que les grossesses nerveuses chez les chiennes», éclaire Jérôme Pouille. 

Autre souci pour la femelle comme pour ses soigneurs, le phénomène de diapause embryonnaire. Cette spécificité qu'on retrouve également chez d'autres espèces d'ours, le chevreuil et le kangourou (qui ne savent pas simuler non plus) se caractérise par la flottaison de l'ovule fécondé dans l'utérus avant qu'il ne se fixe aux parois. «Chez le panda, elle peut durer dix jours comme plusieurs mois», détaille Jérôme Pouille. Avec un embryon qui ne cesse de bouger, difficile de constater une grossesse par l'intermédiaire des échographies. De quoi tromper les soigneurs sans que cela s'apparente à de la simulation. Les femelles pandas elles-mêmes n'en savent rien.

Petit ours noir et blanc

Une fois l'embryon solidement ancré aux parois de l'utérus, «une période de quarante à cinquante jours débute avant la mise à bas de la femelle», expose Jérôme Pouille. C'est extrêmement court et cela explique le plus grand écart de poids entre une mère et son nouveau-né chez les mammifères. Le petit panda mesure environ dix-huit centimètres et pèse environ 100 grammes à la naissance, 900 fois moins que sa mère alors que le ratio d'un nourrisson est de 1/20 chez les humains.

Le foetus est si minuscule dans le ventre que les vétérinaires ne peuvent le détecter que quelques jours avant la mise à bas de la femelle. Il faut donc les laisser vivre leur grossesse comme elles l'entendent.

Correction: Une première version de cet article indiquait par erreur que la femme panda s'alimentait davantage lors de sa montée hormonale. C'est en réalité l'inverse qui se produit.

 

Bruno Cravo
Bruno Cravo (41 articles)
Journaliste
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