Boire & manger

Un déluge de nouveaux whiskies (et lesquels choisir)

Temps de lecture : 7 min

On s’explique mal pourquoi l’eau occupe tant de place dans les JT en ce moment alors que les flacons maltés inédits n’ont jamais été aussi nombreux à sortir sur le marché. Renversons la hiérarchie des valeurs.

On avait rarement autant vu de nouveautés s’avancer sur le marché à cette période de l’année | Photo: Christine Lambert
On avait rarement autant vu de nouveautés s’avancer sur le marché à cette période de l’année | Photo: Christine Lambert

Après un round sur les cadeaux à fuir, il est temps de s’attarder sur les présents les plus jouissifs, ceux qu’on se doit à soi-même, ceux qu’on ne laissera à personne le soin de choisir à notre place. Mais, en ce printemps placé sous le signe de l’eau, l’opération s’avère casse-bobine pour l’amateur de whisky: cela faisait un bail qu’on n’avait pas vu autant de nouveautés s’avancer sur le marché à cette période de l’année un peu boudée par l’industrie des spiritueux, qui mise tout sur la rentrée, le Whisky Live Paris (200 inédits et avant-premières en septembre 2015) et les fêtes de fin d’année. La fête des m/pères? Ceinture!

Pas mal d’actualité, donc, et il a bien fallu se dévouer pour faire le tri car tout –loin de là– ne vaut pas d’égorger son petit cochon-tirelire. Mais la dévotion a ses limites, ma foi (mon foie…), et la liste qui suit, éminemment subjective, n’a rien d’exhaustif, et regroupe pour l’essentiel des embouteillages officiels.

1.Les valeurs sûres et les poids lourds du malt

C’est dans cette catégorie qu’on affronte le plus de déceptions, et la prolifération de NAS[1] clonés n’y est pas pour rien. Quelques flacons surnagent cependant: les deux nouveaux NAS (si je mettais 1 euro dans le nourrain à chaque fois que j’écris ces trois lettres, je devrais pouvoir m’offrir un très vieux malt à la fin de l’année) de Nikka, qui deviennent provisoirement les seuls représentants des distilleries Miyagikyo et Yoichi (69 euros). Pas des monstres de complexité, mais des jus clean, bien ficelés, équilibrés, plutôt fruité pour le premier et légèrement tourbé pour le second, qui n’ont pas à rougir de leur jeunesse.

Laphroaig Lore vient se serrer dans la gamme de NAS (3 euros déjà…) de la distillerie bicentenaire d’Islay. Maritime, iodé, pétroleux option light, il allume un feu de camp sur la plage, presque plus fumé que tourbé, et embouteillé –ô joie– à 48%. Mais à 152 euros (50 euros de moins si vous allez le pêcher Outre-Manche), on peut continuer sur le 10 ans ou le Quarter Cask.

Une très bonne surprise du côté des blends avec le Ballantine’s Hard Fired, ce à quoi ressemblerait le rejeton d’un scotch qui aurait couché avec un bourbon, puisque, après un premier vieillissement normal, le whisky est affiné quelques mois dans des fûts de second remplissage lourdement carbonisés: rond, miellé, caramélisé mais sans le kick de Viagra vanillé des jeunes bourbons, le tout dopé par une fumée incendiaire qui s’en sort bien en Old Fashioned –et pour environ 20 euros.

On saluera le retour du Johnnie Walker Green Label après quatre ans d’absence. Un assemblage de quinze single malts (Cragganmore, Linkwood, Talisker et Caol Ila en forment le cœur) de 15 ans, à moins de 50 euros: une affaire. Généreux et sophistiqué, il fait rouler un fruité épicé et malté traversé d’une douce amertume, avec la signature fumée des JW.

Généreux et sophistiqué, le Johnnie Walker Green Label fait rouler un fruité épicé et malté traversé d’une douce amertume

Douglas Laing ajoute un pan de la carte d’Écosse à sa collection de blended malts régionaux avec The Epicurean, l’un des jus les plus originaux du moment, assemblage de whiskies des Lowlands qui file en flacons à 46,2%. Patiné, cireux, gorgé d’orge miellée fruitée, avec des touches d’herbes et d’encaustique, il fait fuser les notes de citron en s’oxydant. Une gourmandise élégante et addictive, à bon prix (52 euros).

Après Craigellachie et Aultmore, Bacardi poursuit son sans-faute en sortant de l’ombre Deveron, qui laisse tomber le «Glen» de son nom pour mieux marquer sa renaissance. Trois malts maritimes comme leurs belles bouteilles bleu océan, âgés de 10, 12 et 18 ans, salins en attaque comme un baiser sous les embruns du large. Subtil, délicat, peut-être un poil effacé si vous le choisissez à 10 ans (21 euros!), il gagne en nervosité, en complexité et en carrure en s’imprégnant davantage du fruité tannique des fûts de xérès qui l’ont bercé dans sa version 12 ans (à 29 euros, un must, un rapport qualité-prix imbattable). Deveron, traditionnellement, était produit pour être vendu très jeune, dans les blends, mais le 18 ans (89 euros), plus riche, sur des fruits secs, tient bien la rampe.

À Rothes, Glen Grant nous offre (35 euros) un très élégant 12 ans poussé à 43%. Nez sous le signe du Speyside ascendant fresh fruits, si tant est que cela vaille encore dire quelque chose, au nez frais, vif, sur les fruits du verger, léché par une pointe d’amande poivrée. En bouche, c’est de la tarte aux pommes campagnardes, cassée par une pointe d’amandes amères qui empêche toute mièvrerie et une signature pimentée en gorge. Un champion dans la catégorie poids légers.

On termine sur deux distilleries des Highlands assez discrètes: Deanston livre un 20 ans Oloroso Cask brut de fût (55,3%), une sherry bomb qui barre un peu dans tous les sens mais offre l’occasion rare de goûter un vieux malt à prix très correct (130 euros); et Balblair pose là un millésime 2000 (51%, 190 euros) qui rend perplexe: autre sherry monster en robe sombre, presque brune, un truc sorti de nulle part qui envoie le xérès à bloc avec une finale de mélasse qui tabasse. À l’aveugle, on pourrait croire à un vieux rhum très sec. On adore ou on déteste, et dans l’espoir de trancher je n’arrête pas de le goûter.

2.Les buzz machines et les collectors en puissance

C’est évidemment dans cette catégorie que les excellents flacons se bousculent au portillon, puisqu’il est plus facile sur un marché saturé et vorace de produire du bon en édition et en quantité limitées. Commençons par la licorne avant d’attraper les pur-sangs au lasso: le Yamazaki Sherry Cask 2016 était magnifique, quoique sans doute pas à la hauteur du millésime 2013, mais j’en parle au passé puisque, le temps d’écrire ce papier, il était sold out et passé de 290 euros prix public à plus de 2.000 euros sur le second marché –à vos souhaits.

On va donc se refaire la cerise sur le Springbank Local Barley 16 ans, élaboré avec de l’orge Prisma récoltée dans les environs de Campbelton et maltée à la distillerie, vieilli à 80% en fûts de bourbon refill et à 20% en fûts d’oloroso refill, puis embouteillé à 54,3%. Une tuerie sur la céréale douce, grassouillet en bouche, gourmand à souhait, au fruité qui fond sur de subtiles notes de xérès et s’évanouit sur une fumée légère. Bon, 600 bouteilles pour la France (165 euros), il va falloir piquer un sprint vers le caviste.

Compass Box a pris l’habitude d’avancer ses quilles deux par deux, comme les tourterelles (ou les Témoins de Jéhovah), et nous accueillons donc Enlightenment et The Circus. Le premier (78 euros) est un blended malt plus qu’honnête mais, pour enfoncer le clou de la campagne sur la transparence menée par John Glaser, on attendait un coup d’éclat. Le second est une merveille de blends dans le blend: des assemblages vieillis longuement avant nouvel assemblage, qui tissent fil par fil un whisky opulent, marqué par les fûts de sherry, les notes de fruits secs, de noisette, malt, le tout divinement fondu. Mais… à 235 euros. Voilà.

Le Springbank Local Barley 16 ans est une tuerie sur la céréale douce, grassouillet en bouche, gourmand à souhait, au fruité qui fond sur de subtiles notes de xérès et s’évanouit sur une fumée légère

Au rayon made in France, Armorik nous gâte avec son Dervenn, un single malt jeune (4 ans) mais qui pèse son poids en bouche, corpulent, onctueux, qui relâche une grosse bouffée de fruits trop mûrs. Une belle bête, fruit d’un assemblage 50/50 de fûts de chêne breton neufs et de refill bourbon –Dervenn signifie «chêne» en dialecte primitif breton (ah! David Roussier, le patron de la distillerie, me signale dans l’oreillette qu’il s’agit d’une LANGUE…).

Sur Islay, les trois sœurs de la côte de Kildalton font parler la tourbe. Lagavulin avec un magnifique 8 ans appelé à devenir culte, dont nous avons déjà parlé longuement, et Ardbeg avec son édition limitée annuelle, Dark Cove, le frère jumeaux d’Uigeadail (pour 45 euros de plus –à 115 euros– et quelques degrés de moins), un zeste plus astringent, un chouïa plus boisé et un poil moins fruité, mais kif kif bourricot, intensément Ardbeg (traduction: c’est bon, à défaut d’être très innovant), rejoignent en rayon le Lore de Laphroaig.

3.Les inconnus qui ne demandent qu’à se faire connaître

C’est évidemment la catégorie qui fournit le plus, puisque les nouvelles microdistilleries poussent comme les herbes folles après la pluie, mais avec des fortunes diverses. Si l’on devait placer des paris sur la pérennité de ces nouveaux acteurs, mes kopecks iraient sur Wolfburn, plantée tout au nord de l’Écosse, là où les falaises du Caithness s’agenouillent dans la mer. La première cuvée, 3 ans tout ronds (59 euros), sortie en mars, assemble des quarters casks d’Islay de second remplissage, qui kickent le jus sans le boiser à l’excès, pour donner un whisky exigeant, embouteillé à 46% sans filtration à froid ni coloration, à la rondeur affutée, au fruité précis, avec des notes de malt et de tabac blond sur lesquelles se superpose un léger voile de fumée.

En Suède, Box s’attire l’attention des amateurs exigeants, et le Early Days batch 1, embouteillé à 51,2%, fait belle impression avec son nez frais et son fruité très miellé, bien structuré, qui s’évanouit sur une pointe de fumée persistante, au prix du pas donné pour un tendron: 135 euros les 50 centilitres… (les points de suspension sont la pesée de toute décision).

On se quitte sur un blend «caviste» créé par Donald MacKenzie, l’ambassadeur des malts distribués par Dugas, bien connu des habitués des salons de dégustation. Un jus à son image, plaisant avec du caractère, pas prétentieux pour un sou, un whisky à partager entre copains qui ne se la pètent pas mais aiment les bonnes choses. Flat Nöse glisse en bouteille à 43% sans coloration ni filtration à froid, suffisamment fumé pour plaire aux amateurs, suffisamment gourmand pour séduire les néophytes. Et, à 26 euros (les 50 cL), on n’hésitera pas à faire sauter plusieurs bouchons.

1 — NAS pour «No Age Statement», whisky sans compte d’âge. Retourner à l'article

Newsletters

La consommation alimentaire mondiale pourrait augmenter de 80% d'ici à 2100

La consommation alimentaire mondiale pourrait augmenter de 80% d'ici à 2100

Les êtres humains sont plus nombreux, mais aussi plus gros.

Un emballage en spray pour conserver les fruits et légumes débarque en Europe

Un emballage en spray pour conserver les fruits et légumes débarque en Europe

Il pourrait devenir un nouvel acteur dans la lutte contre le gaspillage alimentaire.

Cela fait 4.000 ans qu'on ne mange pas d'huîtres les mois sans «r»

Cela fait 4.000 ans qu'on ne mange pas d'huîtres les mois sans «r»

Une habitude autant hygiénique qu'écologique.

Newsletters