Monde

Ce Bangladais voulait faire fortune au Royaume-Uni: il vit l’enfer de l’esclavage moderne

Temps de lecture : 2 min

Parti du Bangladesh avec le rêve d’une vie meilleure, Abul Kamal Azad va connaître l’exploitation et la souffrance perdu dans les Highlands écossais.

 L'esclavage n'a pas encore totalement disparu | Balathasan Sayanthan via Flickr CC License by
L'esclavage n'a pas encore totalement disparu | Balathasan Sayanthan via Flickr CC License by

Du paradis à l’enfer. Quand Abul Kamal Azad, Bangladais de 31 ans, quitte son pays natal, sa femme et ses six enfants pour le Royaume-Uni en 2009, il est loin d’imaginer qu’il vient de s’enchaîner à un trafiquant aux pratiques démoniaques. The Guardian conte le calvaire d’Azad dès son arrivée sur le sol britannique. Promis à un poste de chef dans un restaurant d’une grande ville anglaise, il est envoyé dans les Highlands écossais, loin de tout, pour y jouer l’homme à tout faire dans un hôtel.

Au Stewart Hotel, situé dans la commune d’Appin, il tombe sous le joug de Shamsul Arefin, également bangladais et propriétaire de l’hôtellerie. «Il a vu quelque chose en moi, je ne sais pas, une certaine vulnérabilité», se remémore Azad. Le contrat de chef tandoori tant attendu et ses 18.000 livres sterling annuelles (soit 23.000 euros) devient de l’exploitation sept jours sur sept à raison de vingt-deux heures de travail quotidien. Nettoyage, cuisine, jardinage, tout y passe. «J’étais le seul travailleur pour trente-sept chambres, détaille Azad. Il y avait un contrat, un visa, tout était officiel.»

Menaces

Rapidement, Azad est rejoint pas d’autres immigrés bangladais, qui connaîtront le même sort, comme 13.000 travailleurs à travers le Royaume-Uni, selon une esimation du gouvernement britannique en 2013. Au cours de ses accès de colère, Arefin gifle ses «employés», leur jette dessus de l’huile brûlante sans jamais les payer plus de 100 livres (130 euros) par mois. Au cœur de l’hiver rugueux des Highlands, les hommes sont condamnés à dormir dans une caravane délabrée, sans eau chaude ni chauffage.

Assez pour se révolter? Non, parce qu’Arefin a tout prévu. En tant que garant du visa de parrainage, il s’en sert plusieurs fois pour menacer ses employés. «Si vous parlez, j’annule le visa», prévient-il. Les travailleurs bangladais sont donc pris au piège: ils ont souvent contracté des prêts de plusieurs milliers d’euros afin de se payer le visa; Azad a vendu ses terres au Bangladesh, son entreprise et les bijoux de sa femme sans pour autant éviter à sa famille de crouler sous les dettes.

Ce n’est que l’intervention d’Alyson Smith, une cliente régulière de l’hôtel, et une fuite vers la grande ville régionale de Fort William en août 2010 qui va sauver Azad et les autres migrants bangladais. Ils sont mis en relation avec Jim Laird de l’ONG Aide aux Migrants. Ce dernier va se battre pour faire condamner, en 2015, Arefin à trois ans de prison pour trafic d’êtres humains. Aujourd’hui, Azad vit à Fort William et a trouvé un emploi en tant que serveur dans un restaurant. Les deux tiers de ses revenus passent dans les intérêts de ses prêts mais ce travail est un petit coin de paradis après la descente aux enfers.

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