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Benzema et la «partie raciste de la France»: un tir de Marca contre la sélection française?

Temps de lecture : 4 min

L’interview du joueur français du Real dans le quotidien espagnol Marca va laisser des traces.

Marca.
Marca.

Félicitations si vous étiez passés à côté jusque-là. Le quotidien sportif espagnol Marca a publié ce 1er juin une interview de Karim Benzema, dont un passage est particulièrement repris dans la presse française. L’attaquant français y explique que ce n’est pas l’affaire de la sextape mais le racisme d’une partie des Français qui l’a condamné à regarder l’Euro devant sa télé (traduction de L’Équipe):

«Deschamps a cédé sous la pression d’une partie raciste de la France. Il faut savoir qu’en France le parti d’extrême droite est arrivé au deuxième tour des dernières élections. Mais je ne sais pas si c’est une décision individuelle de Didier, car je m’entends bien avec lui, et avec le président. Je m’entends bien avec tout le monde.»

Pour SoFoot, cette dernière sortie est un suicide médiatique, qui va lui coûter le reste possible de sa carrière en sélection française:

«Florentino Pérez et Zinedine Zidane peuvent se frotter les mains: leur buteur consacrera tout son temps à la tunique merengue. Car vu le shitstorm qu’il vient de provoquer, on peut quasiment considérer que, ce 1er juin 2016, Karim Benzema a officieusement mis un terme à sa carrière avec l’équipe de France.»

«À la fin tout finit par se payer»

La presse a majoritairement retenu de cette interview ce passage sur Didier Deschamps, qui a «cédé sous la pression d’une partie raciste de la France», et aussi l’attaque en règle contre Mathieu Valbuena, victime dans l’affaire de la sextape:

«Dans cette histoire, la seule personne qui sait ce qui s’est passé, qui connaît la vérité, c’est Valbuena. Il a joué un rôle, n’a pas dit la vérité, parce que tout vient de là. J’ai voulu l’aider, rien de plus, et toute cette histoire s’est retournée contre moi. Mais ce n’est pas grave, c’est la vie, et je sais qu’à la fin tout finit par se payer.»

Pourtant, le reste de l’interview est beaucoup moins tapageur que son titre, «Deschamps se pliega a la presión de una parte racista de Francia» (soit «Deschamps a cédé sous la pression d’une partie raciste de la France»), ne le laisse croire. Le Madrilène évoque aussi la récente victoire en Ligue des Champions, son niveau de jeu au Real, le jeu du club, ses anciens entraîneurs, sa relation avec Zidane, «un grand frère», mais aussi qu’il va suivre l’Euro, même s’il est bien entendu déçu de ne pas y participer comme il était déjà déçu de ne pas participer à la Coupe du monde 2010. Il rappelle également qu’il est aux côtés des Français, qu’il leur souhaite le meilleur, et qu’ils peuvent aller loin, parce qu’ils ont une belle équipe, même s’il leur manque un peu d’expérience.

Appuyer là où ça fait mal

Et, comme le rappellent plusieurs personnes sur Twitter, à aucun moment l’attaquant français ne laisse entendre que Didier Deschamps est raciste.

C’est même Marca qui demande à Benzema: «Vous croyez que Didier est raciste, comme l’a suggéré Cantona?» Ce à quoi le joueur répond «Non, je ne le crois pas», avant d’évoquer le racisme français.

Ce titre de Marca semble donc appuyer là où ça fait mal, et va surtout faire parler pendant les prochaines heures et les prochains jours du cas Benzema, que l’on pensait pourtant avoir évacué il y a déjà quelques semaines (on peut en penser ce que l’on veut), quand la Fédération française avait confirmé que l’ancien Lyonnais ne pourrait pas participer à l’Euro en France, qui doit débuter le 10 juin. De là à y voir une opération de déstabilisation de la sélection française, il n’y a qu’un pas.

Car le quotidien sportif madrilène n’est pas vraiment le plus grand amoureux de la France. Dans le débat qui oppose l’équipe de France à Karim Benzema, le journal espagnol a clairement choisi son camp: au début de l’article, le journaliste assure que, «si quelqu’un avait bien besoin de la Ligue des Champions [remportée par le Real], c’était bien Karim», preuve que le journal souhaite que soient mis de côté ses problèmes extrasportifs et que l’on se concentre (enfin!) sur ses exploits footballistiques. Et, comme le rappelle SoFoot, «s’exprimer dans un journal ibérique d’obédience madridiste est certainement moins risqué pour [Benzema] car ce qui lui est reproché en France n’est guère connu en Espagne et, surtout, personne ne lui cherche des noises tous les quatre matins».

En 2006, déjà, Marca voulait mettre Zidane à la retraite. En 2014, il appelait sa sélection de basket à écraser la France lors des championnats du monde. Plus récemment, il a largement relayé la polémique opposant un journaliste du Monde au basket espagnol, qui s’indignait qu’il ait rappelé les liens entre la star Pau Gasol et un médecin «mis en cause à la fin des années 1990 en sa qualité de médecin en chef de l’équipe cycliste ONCE», ou les propos de Roselyne Bachelot sur Rafael Nadal. «E viva España»?

Grégor Brandy Journaliste

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