Sports

Roland-Garros, ou le charme incertain de Paris sous la pluie

Temps de lecture : 4 min

Si le tournoi peut avoir un certain attrait sous les intempéries, il existe tout de même des limites à la patience (légendaire) d’un Parisien...

MARTIN BUREAU / AFP.
MARTIN BUREAU / AFP.

Dans le film Midnight in Paris, Gil, le personnage principal de la comédie de Woody Allen interprété par Owen Wilson, est un héros idéaliste, tombé littéralement sous le charme de Paris quelle que soit la couleur du ciel de la capitale. A un moment donné, au cours du scénario, il s’emballe ainsi, extatique, aux cotés d’Inez, sa fiancée, moins conquise.

Gil: Est-ce que tu vois combien cette ville est superbe sous la pluie? Imagine cette ville dans les années 20 –Paris dans les années 20– sous la pluie –les artistes et les écrivains– oh, je suis né trop tard! Pourquoi Dieu m’a-t-il envoyé sur terre dans les années 1970 et en plus à Pasadena?!

Inez: Pourquoi toutes les villes doivent-elles se retrouver sous la pluie? Qu’est-ce qu’il y a de formidable à être mouillé?

Gil: C’est romantique.

Inez: C’est fatigant.

Selon que l’on soit Gil ou Inez à Roland-Garros, il y aurait donc deux manières de voir les Internationaux de France 2016. Et si c’est vrai que le tournoi parisien peut avoir un certain attrait sous les intempéries, il existe tout de même des limites à la patience (légendaire) d’un Parisien, forcément plus Inez que Gil.

Après une journée, lundi 30 mai, entièrement gâchée par la colère des nuages au point qu’aucune balle n’a pu être échangée, celle du mardi 31 mai a été, elle aussi, largement tronquée –le spectacle a duré deux heures sous une bruine tenace– si bien que l’épreuve ne paraît plus tout à fait certaine de se terminer dimanche 5 juin. Dans la France agitée d’aujourd’hui, à sec de carburant et en froid avec elle-même, ce Roland-Garros humide et frais paraît être dans le ton de l’actuel climat de «lose» nationale, entre les forfaits de Roger Federer et Gaël Monfils, les blessures de Rafael Nadal et Jo-Wilfried Tsonga ou la foudre qui s’abat et fait disjoncter les installations de la télévision.

A travers les réseaux sociaux et leur loupe grossissante de tous les mécontentements, le pays, avec ses trains de retard, grève ou pas, déguste face à tous les indignés qui s’emportent contre l’absence d’un toit pour couvrir le court Philippe-Chatrier alors que l’Open d’Australie dispose de trois courts couverts, dont le central chapeauté depuis 1988. Eternelle histoire française, en effet, mais on ne se refera pas. Il faudrait être naïf pour croire le contraire…

Un tournoi qui n'a pas eu à se plaindre du ciel

Toutefois, ce déchaînement peut apparaître relativement injuste avec une perspective plus large des événements, même s’il est presque vain de le rappeler sous le déluge des critiques et avec l’écho qui est désormais le leur. Depuis qu’il est devenu international en 1925, le tournoi de Roland-Garros n’a pas eu vraiment à se plaindre du ciel. Il a même été globalement béni des forces de l’univers. En 91 ans, deux finales masculines seulement, celles de 1973 et 2012, n’ont pu se dérouler à la date convenue, la première étant même repoussée du dimanche au mardi en raison des intempéries. Cela correspond littéralement à un traitement de faveur du destin au regard des cinq –oui, cinq– finales consécutives de l’US Open reportées du dimanche au lundi, entre 2008 et 2012, avec celle de 2015 retardée de trois heures en raison encore de cette fichue pluie.

En dehors de la finale de 1973, seules deux journées, avant celle du 30 mai 2016, avaient été jusqu’ici totalement privées de tennis, selon le livre Dico culture illustré de Roland-Garros: le 25 mai 1930 (perte sèche de 230.000 francs de l’époque) et le 30 mai 2000 (le total des places remboursées fut environ de sept millions de francs, soit deux millions de plus que la prime payée par l’organisation de Roland-Garros dans le cadre de son contrat d’assurances). Ce n’est rien, là non plus, au regard des multiples noyades du tournoi de Wimbledon, qui a notamment connu deux journées entièrement sous les eaux lors de l’édition 1997 (deux jours de suite) et celle de 2004.

Deux fois, Roland-Garros l’avait sinon échappé belle, le 25 mai 1967, lorsqu’un ouragan avait traversé le stade, et le 25 mai 1992, quand un orage de grêle s’était abattu sur la Porte d’Auteuil au risque de mettre toute l’épreuve en péril. En effet, le nouveau système de bâchage avait failli sur le central et le court s’était retrouvé livré à la colère divine avec une hauteur de 48mm d’eau sur un terrain de jeu transformé en piscine. «C’est un miracle d’avoir pu jouer le lendemain», avait dit à l’époque Gilles Jourdan, alors en charge de la logistique du tournoi. Le 22 mai 1972, l’affaire avait été encore plus alarmante puisque le central avait dû être immobilisé l’espace de 24 heures. Et cette fois, ce n’était pas dû aux caprices météorologiques, mais à un collecteur d’égout qui s’était bouché et avait fait rejaillir une grosse quantité d’eau à la surface de la terre battue. Les pompiers avaient été appelés, mais trop tard, sans que cela ne suscite le moindre scandale à une époque où le tournoi apparaissait, il est vrai, à peine à la télévision. Et tout s’était bien terminé…

«Quand on s'appelle Federer, Nadal ou Williams, ça ne fait aucune différence»

Pour les champions, face à la pluie et à l’attente qu’elle engendre, il y a les forts et les faibles, les dominants et les dominés comme le rappelle Mats Wilander dans le Dico Culture. «Chez celui qui est là pour gagner le tournoi, cela n’a pratiquement aucune incidence, précise le triple vainqueur de Roland-Garros en 1982, 1985 et 1988. Quand on s’appelle Roger Federer, Rafael Nadal, Serena Williams, ça ne fait aucune différence. Pourquoi? Parce que dans cette situation, on est mentalement préparé à aller plus loin.»

Les battus envoyés sous la pluie préfèrent donc se plaindre logiquement des conditions qu’ils ont rencontrées. Pour les spectateurs, c’est évidemment encore plus dur à avaler, particulièrement ceux qui ont payé leur place sans pouvoir être toujours remboursés et qui ne peuvent pas forcément revenir le lendemain. Mais pour Roland-Garros, au-delà des agacements de l’instant, aucun péril en la demeure car l’amateur de tennis refait toujours le pèlerinage de la Porte d’Auteuil d’une année sur l’autre, comme le touriste qui remet les pieds à Paris. «Parce que vous regardez autour, les rues, les boulevards, tous avec leur forme artistique, comme le souligne Gil dans Midnight in Paris. Et quand vous pensez que Paris existe dans cet univers froid, violent, vide de sens avec toutes ces lumières. Allez, rien ne se passe sur Jupiter ou Neptune, mais ici vous pouvez voir les cafés, les gens qui boivent et qui chantent.» Et qui râlent, à Roland-Garros ou ailleurs…

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