Égalités

Les toilettes n’ont pas toujours été séparées (puis est venu le sexisme)

Temps de lecture : 2 min

La séparation des toilettes a été imposée aux entreprises au début du XXe siècle, dans la foulée d'une idéologie de séparation des sexes qui voulait empêcher les femmes de sortir et de travailler.

Dans des toilettes publiques, Gabrielle Bellot a «l’impression d’être un vampire qui pourrait voir son autorisation de séjour révoquée à tout moment» | Martha Garvey via Flickr CC License by

Outre-atlantique, le débat fait rage autour de la possibilité pour les personnes transgenres d’emprunter des toilettes conformes à leur genre. En guise de solution, leurs défenseurs mettent en avant les toilettes unisexes. Un moyen simple et efficace de permettre à tout le monde d’accéder aux toilettes de son choix, sans discrimination, mais que les opposants récusent, au nom, selon eux, de l’idée que la séparation des sexes serait «naturelle».

Contre cette idée, un article de la revue The Conversation rappelle judicieusement que les toilettes n’ont pas toujours été séparées. Et que cette division, au début du XXe siècle, s’explique par la montée en puissance d’une idéologie sexiste, qui visait à garder les femmes à la maison et à les empêcher d’accéder à certains espaces au nom de la «sécurité».

Protéger la vertu des femmes

Pendant des siècles, femmes et hommes ont partagé aux États-Unis les mêmes latrines, sans que l’État s’en mêle, explique Terry S. Kogan, professeur de droit à l’université d’Utah. La première loi qui a rompu ces coutumes est apparue à la fin du XIXe siècle, dans le Massachusetts. En 1920, près de quarante États avaient mis en place un système identique.

Or, «il n’y a rien d'anodin dans ces lois», qui sont ancrées dans l’idéologie des «sphères séparées», avance Terry S. Kogan. Il résume ainsi la philosophie de ces textes:

«L’idée que pour protéger la vertu des femmes, il valait mieux qu’elles restent à la maison et qu’elles s’occupent des enfants et des tâches domestiques.»

Origine sexiste

Alors que pendant des siècles, la production des biens se faisait au foyer, entre hommes et femmes, l’apparition des usines au XIXe siècle, où affluent d’abord les hommes en masse, va imposer une division de l’espace entre «espace public» et «espace privé». L’espace privé est considéré comme relevant du féminin, et l’espace public, du masculin.

Puis peu à peu les femmes rejoignent aussi l’usine, et partagent les toilettes des hommes. Au même moment, des recherches scientifiques mettent en avant la «faiblesse» des femmes, comme celles du théoricien de l’évolution Charles Darwin. L’idée que les femmes doivent être protégées des hommes, et qu’une séparation des sexes doit être maintenue dans l’usine, progresse. C’est ainsi que naissent les lois qui imposent aux entreprises d’avoir des toilettes séparées, dans le prolongement d’une idéologie qui visait à les maintenir au foyer.

«En mettant en lumière l’origine sexiste des lois qui ont imposé la séparation des sexes pour les toilettes, j’espère fournir des arguments pour au moins remettre en question leur pérennité», fait valoir le professeur de droit. Après cet éclairage, il devient difficile en effet de dire que les toilettes séparées sont «naturelles»...

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