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Les pro-Clinton accusent Sanders d'homophobie à l'aide d'une vidéo… truquée

Grégor Brandy, mis à jour le 31.05.2016 à 18 h 52

Au royaume des fakes, les borgnes sont rois.

Bernie Sanders, lors d'un meeting à Los Angeles, le 27 mai 2016. FREDERIC J. BROWN / AFP

Bernie Sanders, lors d'un meeting à Los Angeles, le 27 mai 2016. FREDERIC J. BROWN / AFP

Parmi toutes les choses folles qui sont arrivées au cours de cette campagne et qui sont en train de culminer avec la probable nomination de Donald Trump, on n'aurait pas parié grand chose sur des accusations d'homophobie contre Bernie Sanders. Au cours de ce week-end férié aux États-Unis, le candidat à la primaire démocrate s'est pourtant retrouvé au milieu d'une polémique que l'on n'avait pas vraiment vu venir.

Mercredi 25 mai, il se trouvait à Lancaster, en Californie pour un meeting qui semblait s'être plutôt bien passé. Quarante-huit heures plus tard, une vidéo a commencé à circuler sur Twitter et sur YouTube où l'on peut voir le sénateur du Vermont faire son entrée sur scène au son de «Where the Hood At» de DMX, dont vous connaissez probablement le «X Gon' Give it to Ya».

Billboard avait même obtenu une réaction du rappeur américain sur le sujet. Et il n'était pas le seul à avoir apprécié. Comme le racontait alors Complex, une partie de Twitter a particulièrement aimé la référence. D'autant que Bernie Sanders n'est pas complètement étranger au monde du rap américain. L'un des porte-paroles du candidat à la primaire dans la «spin room» après le débat de janvier n'était autre que Killer Miker, la moitié du (très bon) groupe Run The Jewels. Lors du festival Coachella où jouait Run The Jewels, Killer Mike et EL-P étaient montés sur scène après une dédicace de Bernie Sanders.

 

Par ailleurs, rappelle BET, d'autres rappeurs comme Lil B, Bun B ou Big Boi (moitié d'Outkast) ont également ouvertement soutenu le sénateur du Vermon. 

Mais si cette référence a fait plaisir à pas mal de monde, toute une communauté s'est sentie blessée par ce choix. Comme le souligne Slate.com, pas mal de gens ont commencé à regarder les paroles de «Where The Hood At» et ont découvert que certains passages n'étaient pas vraiment favorables à la communauté homosexuelle:

Man, cats don't know what it's gonna be
Fuckin with a nigga like me, D-to-the-M-to-the-X
Last I heard, y'all niggas was havin sex, with the same sex
I show no love, to homo thugs
Empty out, reload and throw more slugs
How you gonna explain fucking a man?

Even if we squashed the beef, I ain't touching ya hand
I don't bunk with chumps, for those who been to jail
That's the cat with the Kool-Aid on his lips and pumps
I don't fuck with niggas that think they broads
Only know how to be one way, that's the dog
I know how to get down, know how to bite
Bark very little, but I know how to fight
I know how to chase a cat up in the tree
Man, I give y'all niggas the b'iness for fucking with me, is you crazy?!

Forcément le mot a commencé à passer et les gens se sont indignés.


Parmi ceux-ci, on trouvait beaucoup de soutiens d'Hillary Clinton qui trouvaient que le candidat démocrate était allé trop loin, certains estimant même que Sanders était par conséquent homophobe. (Quelques heures plus tard, c'est pour s'en être pris à Barney Frank, premier membre du Congrès ouvertement gay, que Sanders avait là encore été accusé d'homophobie.)


Le problème, c'est que Bernie Sanders n'est jamais monté sur scène au son de DMX à Lancaster. C'est d'ailleurs ce dont s'est plaint se directrice de communication sur Twitter, et un autre membre de son équipe sur le site LGBT Washington Blade.


Je ne pensais pas que je devrais un jour dire ça, mais non, Bernie Sanders n'est pas monté sur scène quand résonnait un morceau de DMX à Lancaster un peu plus tôt cette semaine.

En fait, en regardant les vidéos du meeting, on découvre que que le sénateur du Vermont n'a pas fait son entrée sur «Where The Hood At», mais sur «Darkness Rises» de Daniel Robinson.

En fouillant un peu, Slate.com a découvert que la vidéo initiale venait d'Edwin Acuna, un soutien de Bernie Sanders.


Contacté par le site internet, il a ensuite expliqué que pour lui c'était au départ une blague qui s'est finalement transformée en «expérience sociale»:

«Tout le monde a pété un câble et l'a utilisé à ses propres fins pour prouver que Bernie Sanders était anti-gay depuis le début. J'ai choisi ce morceau parce que je savais que ça allait faire bouger les gens des deux camps. Pour les plus jeunes, j'apprécie le soutien que vous apportez à Bernie Sanders, mais pensez plus au processus politique et impliquez vous au lieu d'attendre qu'une vidéo virale ne vous motive pour changer les choses et aller voter.

 

Pour les soutiens d'Hillary, j'espère que vous n'avez pas de mots pour décrire ce que vous avez fait, et je le dis avec tout le respect que j'ai pour vous. Je respecte votre engagement mais j'aimerais vous demander ce que cela fait de croire que vous avez une vie supplémentaire et une occasion de couvrir de honte Bernie Sanders pour ensuite réaliser que vous vous étiez plantés? Comme là, où vous venez d'accuser les soutiens de Bernie d'être débile de soutenir un homme qui monte sur scène au son de DMX, vous croyez également aveuglément tout ce que vous voyez sur internet.»

C'est sans doute ça qu'il faudra dans les deux camps retenir de cette histoire. Comme le disait Abraham Lincoln: «Ne croyez pas tout ce que vous voyez sur internet.»

Grégor Brandy
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