Parents & enfants

Bac 2016: les médias à l'épreuve du clic

Temps de lecture : 4 min

Si les articles et les conseils foisonnent chaque année dans la presse, et surtout la presse en ligne, c’est que l’examen est un increvable marronnier. Il représente aujourd’hui une occasion de faire du clic en touchant une grande partie de la société. Jeunes et moins jeunes.

Le Bac 2015 I MARTIN BUREAU / AFP
Le Bac 2015 I MARTIN BUREAU / AFP

Réviser le bac, ce n'était pas mieux avant. À l’heure de web et du podcast, se préparer à l'examen a l'air bien plus amusant qu’à l’époque (la mienne) des anabacs qu’on achetait en librairie. Aujourd’hui, les aides pullulent, que les candidats choisissent de podcaster France Culture (en histoire, philosophie, sciences ou lettres) ou Europe 1, qu’on aille sur le site de L’Étudiant qui fait le job depuis longtemps et donne même des pistes de sujets probables. Ou sur celui du quotidien Le Monde qui a ajouté cette année de nombreuses vidéos pour réviser sur son site Campus le Monde. Le Figaro publie des fiches toutes faites pour les bacs de toutes les séries et filières (Générales, techno, pro) dans les matières principales. On peut ajouter que cette année, l’Éducation nationale propose aux lycéens de les accompagner sur Snapchat avec le compte Quand je passe le bac.

Presque tous les médias, comme FranceTVinfo, donnent aussi de (bons) conseils pour bien réviser. Ce sont a peu près les mêmes que ceux que l’on peut trouver sur presque t. Enfin, aujourd’hui, quel journal ne publie pas d’articles concernant la meilleure façon de gérer son stress? Avec parfois des idées un peu amusantes/ saugrenues comme sur France Inter l’année dernière:

«“Le Téléphone Sonne” vous donne les derniers conseils de méthodologie et de lecture, les derniers trucs à retenir, les dernières applis à consulter, les dernières figures de Chi Kung à déployer, cette gymnastique traditionnelle chinoise apaisante qui, paraît-il, marche du tonnerre de dieu.»

L'éternel «rite de passage»

Mais d’où vient cette passion des médias généralistes pour le bac? Surtout que journalistiquement, l’événement à le charme des plus beaux marronniers: celui de l’absolue répétition. A priori, tous les ans il y a un bug quelque part, une histoire de sujet qui fuite, des élèves stressés/pas stressés le jour de la de philo. Une épreuve pour laquelle les principaux journaux télé et radio tournent toujours peu ou proue le même reportage et dont les commentateurs disent toujours qu’elle est la première du bac alors que les bacheliers professionnels sont lancés depuis des semaines dans l’examen.

Le bac, c'est l'aubaine pour la presse de parler des gens et d’un moment important de leur vie, individuellement et collectivement. C’est peu banal

Chaque année, on entend également ceux qui veulent supprimer/réformer le bac ou qui défendent l’idée que le niveau baisse. Ou encore que l’examen coûte très cher (c'est indéniable). Et bien entendu, la formule «rite de passage» sera répétée à l’envi. Enfin, comme chaque année, nous pourrons voir à la télévision des élèves sauter de joie et s’enlacer à l’annonce des résultats. Résultats qui montent à 91,5% en filière générale.

L'école attend ensuite son prochain marronnier. À la rentrée, on verra des reportages avec des enfants de maternelle pleurer pour leur tout premier jour des quinze années qui vont suivre (d’ailleurs, on devrait suivre les mêmes enfants pendant quinze ans, ça serait plus intéressant).

Assurer un service, toucher les jeunes

La rentrée fait sens et donne corps à l’idée d’un destin scolaire commun pour 12 millions d’élèves. Elle donne, le temps d’une journée, une forme d’unité au sujet scolaire, idée peut-être assez rassurante par les temps qui courent.

Le baccalauréat est en train d'acquérir la même fonction. Il concerne également beaucoup de monde: 700.500 élèves de terminale plus ceux de première qui passent les épreuves anticipées ainsi que leur famille... cela fait des millions de Français! L'aubaine pour la presse de parler des gens et d’un moment important de leur vie, individuellement et collectivement. C’est peu banal. Il s’agit aussi là d’évoquer les Français d’une manière non conflictuelle, c’est assez rare. De parler de la jeunesse d’une manière positive, c’est sympathique. En cela, couvrir l’examen a un faible intérêt informatif mais une forme d’intérêt médiatique…

Le bac montre (comme la météo, les conseils de route, le programme télé ou les conseils santé forme) que la presse a une fonction de service. Même les journaux les plus austères donnent des conseils pour la vie pratique. D'ailleurs, Slate.fr publie des recettes de cuisine…

Éditorialement, il s’agit de travailler la proximité et une forme de lien avec les lecteurs. Avec des lecteurs jeunes qui plus est, qui sont rares à avoir le réflexe de consulter la presse traditionnelle, même en ligne. Une denrée rare et ultra précieuse donc. Le jeune lecteur fait penser à un média qu’il a de l’avenir et l’idée de rajeunir l'audience est un des principaux soucis des médias généralistes. La présence sur des supports comme Instagram (même pour les radios généralistes qui publient des tonnes de photos), le rigolo Snapchat (où arrive Le Monde et Slate entre autres) fait partie de cette stratégie. Et parler du Bac relève de la même logique.

Qu'ils soient ou non intéressés par les questions d'éducation, les médias proposent de diffuser les résultats du bac sur leurs sites

Faire du clic

Et puis les (presque) 80% d'une génération au bac représentent une occasion en or de «faire du clic». Avant l'échéance, avec les dispositifs évoqués plus haut, mais aussi grâce aux résultats de l’examen que les journaux publient très rapidement pour attirer du trafic. Ce trafic a une valeur très importante car c'est lui qui permet, tout simplement, à la presse en ligne de gagner de l'argent. Pas étonnant que tous les médias s'intéresse au bac, comme l’explique Marie-Caroline Missir directrice de la rédaction du magazine L'Étudiant:

«Éditorialement et à l'air du numérique, donner accès aux résultats du baccalauréat représente un vrai service rendu aux lecteurs. Au-delà du seul contenu, c'est donc une promesse d'audience. Les medias généralistes l'ont bien compris: qu'ils soient ou non intéressés par les questions d'éducation, ils proposent depuis quelques années de diffuser les résultats du bac sur leurs sites. Pour internet, le bac réalise un peu le triplé gagnant: il génère des données, il mobilise pendant des semaines le grand public et les familles, et représente un puissant référent national auquel chacun peut s'identifier.»

Un examen passé par de plus en plus de jeunes Français, des médias friands de sujets porteurs, la possibilité technologique de fournir davantage de services et de diffuser plus rapidement l’information: le marronnier du bac a de beaux jours devant lui!

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