Science & santé

«Dès que mon couple fonctionne bien, je pique des crises jusqu'à la faire pleurer»

Lucile Bellan, mis à jour le 07.06.2016 à 11 h 22

Cette semaine, Lucile conseille Martin, qui sabote systématiquement chacune de ses relations.

Le Voyageur contemplant une mer de nuages | par Caspar David Friedrich via Wiki Commons CC License by

Le Voyageur contemplant une mer de nuages | par Caspar David Friedrich via Wiki Commons CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse:[email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Je vous écris car je vis un problème récurrent dans mes relations: je les sabote à chaque fois.

J’ai 27 ans et à chaque fois que mon couple fonctionne bien, je pique des crises (jalousie, reproches, manque d’affection, etc.). Lors de ces disputes je me rends compte à mi-chemin que j’exagère énormément. Néanmoins, je continue jusqu’à ce que ma partenaire se sente mal et pleure en général. 

Les effets de ces crises sont évidemment négatifs, je m’excuse toujours mais cela crée des cicatrices dans mes relations et détériore la confiance et la complicité. 

Je pique ce type de crises uniquement quand tout va bien dans la relation, quand tous les indicateurs sont au vert. Pour cela, j’attends le moindre faux pas: elle mentionne un ex, elle dit quelque chose de blessant, etc. Jamais rien de grave, vraiment. Et là, je commence à la titiller, la faire culpabiliser, je continue jusqu’à la faire craquer et pour être honnête et c’est horrible à dire: je ressens une petite forme de satisfaction à ce moment. Ensuite, je me rends compte assez vite de mon erreur et là, commence le bal des excuses de mon côté, des heures à se sentir coupable (et pour cause!) et beaucoup de regrets. 

Et là, je commence à la titiller, la faire culpabiliser, je continue jusqu’à la faire craquer

Après, je passe des semaines à retrouver la situation de bonheur précédente et passé quelques semaines, je recommence... Je me dis que ces problèmes doivent venir de mon passé (père aimant mais absent neuf mois par an à cause de son travail, mère poule hyper aimante, une ex qui me trompait beaucoup).

Voila, cela fait quatre mois que je suis en couple et je viens de faire ma première crise de sabotage, j’aimerais que ça soit la dernière pour ne pas la perdre comme les précédentes.

Martin

Cher Martin,

C’est déjà une très bonne chose que vous ayez conscience de ce schéma destructeur et assez de recul pour le juger pour ce qu’il est. Et vous avez aussi raison sur les causes probables de ce réflexe: cela pourrait être dû à votre vécu, à quelque chose de non-résolu, à une peur de la stabilité ou de l’ennui. Je ne suis pas habilitée à répondre à cette question, et vous non plus d’ailleurs, et si vous souhaitez travailler sur les causes, vous ne devez pas ignorer que le meilleur moyen est de vous faire accompagner d’un professionnel de la psychanalyse.

Le conseil que je peux vous donner, là, tout de suite, c’est de ne pas attendre la prochaine crise. C’est de lire ces lignes et de convier votre compagne à une discussion sérieuse. Elle a le droit de savoir. De savoir que ce n’est pas de sa faute. Soyez honnête avec elle, vous ne savez pas très bien d’où ça peut venir mais vous cherchez parfois le conflit. En connaissance de cause, elle sera plus à même de désamorcer la situation où même juste de s’éloigner le temps que cette crise vous passe.

Ce serait une preuve de respect et de confiance que de partager cette angoisse et ces schémas avec votre compagne

Parce que, quelles que soient vos raisons, vous n’avez pas le droit de vous servir d’elle comme d’un exutoire. Et si votre relation compte pour vous, c’est aussi quelque chose que vous devez lui dire.

Ce n’est pas une situation exceptionnelle. Et vous n’êtes pas un «grand malade». C’est juste que ce moment dans le conflit de couple où chacun admet que la dispute peut avoir été envenimée par des éléments extérieurs ou indépendants de l’autre est important. Souvent, le cœur de la dispute, l’élément déclencheur est une broutille mais il porte en lui toutes les frustrations, la colère, les concessions, la fatigue, le vécu, les soucis de confiance en soi de chacun.

Oui, certaines disputes qui se finissent avec une valise devant la porte ou à faire son lit dans le canapé pourraient se régler avec trois phrases simples et des excuses sincères. Mais la réalité c’est que dans le conflit et dans le couple, nous transportons aussi des bagages qui nous dépassent, avec lesquels ont doit composer et avec lesquels l’autre aussi doit apprendre à vivre.

Ce serait une preuve de respect et de confiance que de partager cette angoisse et ces schémas avec votre compagne. Comme un premier pas vers l’amendement. Vous ne pouvez pas en faire la promesse, mais vous pouvez au moins verbaliser l’espoir que vous avez de voir les choses changer. Parce que cette histoire compte pour vous.

En décomposant cette mécanique, vous avez fait le plus dur. Maintenant, assumez-le pour le combattre. Donnez à votre compagne les armes pour batailler à vos cotés (plutôt que de l’utiliser, elle, comme une arme contre vous). Votre relation n’est pas vouée à l’échec si vous en avez vraiment envie, j’en suis convaincue.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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