Parents & enfants

Les comptines pour enfants prouvent que nous sommes tous des ringards de cours de récré

Temps de lecture : 3 min

Quel que soit l’âge auquel vous avez quitté l’école, vos versions des comptines sont dépassées depuis longtemps.

La comptine «Trois petits chats» connaît un grand nombre de variantes | masatsu via Flickr CC License by

«Trois p’tits chats, trois p’tits chats, trois p’tits chats-chats-chats..​​​.» Vous voyez bien de quelle comptine il s’agit et vous l’avez même sûrement déjà en tête. Mais ne vous avisez pas de la chanter devant un enfant de votre entourage, ou vous risquez de vous faire snober par un être de même pas 6 ans pour cause de ringardite aiguë.

Pas que les «Trois petits chats» soient passés de mode dans les écoles maternelles. Mais parce que vous ne connaissez pas les paroles, et moi non plus. Je croyais les connaître... mais j’ai appris ce matin qu’en fait non. Parce qu’elles ont changé. Beaucoup. Malgré leur apparence immuable dans la pensée de nombreux adultes, les chansons pour enfants évoluent rapidement: les variantes naissent, se diffusent et finissent par s’imposer en lieu et place des versions plus anciennes.

«Les comptines évoluent tout le temps, en fonction de ce que les enfants vivent, explique Évelyne Resmond Wenz, coordinatrice de l’association bretonne ACCESS ARMOR et auteure de plusieurs ouvrages sur les pratiques et la littérature enfantine. La diffusion des variantes reste assez mystérieuse, mais il faut comprendre que cette transmission se fait exclusivement ou presque d’enfant à enfant. Le répertoire des comptines est donc très vivant parce que les enfants sont nombreux, qu’ils circulent beaucoup et parce qu’ils grandissent très vite.»

Entrée vers la poésie

L’auteure a notamment observé la transmission de jeux de «tape-mains», dont font partie les variantes de «Trois petits chats» entre une fratrie bretonne et leurs cousins venus de région parisienne pendant les vacances. Autre exemple: le texte d’un jeu d’élimination que connaissait Évelyne Resmond Wenz lorqu’elle était enfant et qui se pratiquait en scandant «Boule de coton, va-t-en!» s’est modernisé: «Aujourd’hui, les enfants scandent “Boule de chewing-gum, fous l’camp!” La boule de coton ne dit plus rien à personne, ils ont donc adapté les paroles avec ce qu’ils connaissent.»

Cette transmission se fait exclusivement ou presque d’enfant à enfant. Le répertoire des comptines est donc très vivant parce que les enfants sont nombreux, qu’ils circulent beaucoup et parce qu’ils grandissent très vite

Évelyne Resmond Wenz, auteure de plusieurs ouvrages sur les pratiques et la littérature enfantine

Ce sont les termes que les enfants ne comprennent pas qui sont les plus susceptibles de changer d’une version à l’autre d’une comptine. «Mais les enfants conservent un jeu avec les mots et leurs sonorités, c’est ce qui leur plaît dans les comptines, indique Évelyne Resmond Wenz. Pour moi, les comptines sont une entrée vers la poésie.»

La dorica castra des trois petits chats connaît désormais un grand nombre de variantes, souvent rattachées aux régions dont elles seraient originaires. Toutes commencent par le traditionnel «Trois petits chats/chapeau de paille/paillasson/somnambule/bulletin/tintamarre» mais le marabout laisse parfois place au marathon, quand ce n’est pas le bout de ficelle qui cède devant le bout de cigare. Cette comptine a l’originalité d’inclure dans le contexte enfantin des termes que les plus jeunes utilisent peu. Ainsi le Tiers-État fait son entrée dans les versions picarde et niçoise quand on trouve la courtisane en Vendée et au Québec, preuve de la marque des adultes sur le texte.

«Je suis comme triste pour les gens du passé.»

Censure parentale

Le reste du temps pourtant, ce répertoire des comptines demeure inconnu des la majorité adultes, et même les instituteurs en sont rarement au fait. Cela est vrai pour les comptines de cours de récréation, c’est-à-dire comme le rappelle Évelyne Resmond Wenz, «ces jeux qui servent à compter, à éliminer les joueurs» pour savoir qui sera celui qui cherchera les autres à cache-cache, celui qui sera le chat (le loup, dit-on aussi en fonction des régions).

Mais pour les comptines pour plus petits, celle que les adultes transmettent aux enfants dans les crèches ou chez les nourrices, les textes sont beaucoup plus stables et souvent empruntés aux enfants plus grands, selon l’auteure. Elle explique que les rares modifications interviennent lorsque le texte n’a pas de sens clair, qu’il utilise des mots jugés inappropriés par les adultes ou que ce qu’il transmet ne leur plaît pas. «Lorsque je chante “Au clair de la lune, trois petits lapins”, je parle de tabac et de vin et il y a des parents qui s’offusquent. J’imagine que les paroles seront sûrement bientôt différentes.» Évelyne Resmond Wenz se veut pourtant rassurante: les comptines de l’école primaire qui viennent après celles transmises par les adultes sont celles des transgressions.

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