Monde

La photo sexy de Meghan McCain prouve qu'elle n'est pas crédible

Slate.com, mis à jour le 21.10.2009 à 17 h 49

La fille de John McCain veut être prise au sérieux en politique, mais se comporte comme une adolescente.

Meghan McCain et son père lors de la campagne présidentielle de 2008, REUTERS/Carlos Barria

Meghan McCain et son père lors de la campagne présidentielle de 2008, REUTERS/Carlos Barria

Autant l'avouer: je m'étais trompée sur toute la ligne au sujet de Meghan McCain. Il y a à peine plus d'un an, pendant la campagne de son père, candidat malheureux à la présidentielle, j'avais écrit un article pour Slate à son sujet. Elle avait, selon moi, réussi à jouer de sa jeunesse et de sa blondeur avec beaucoup de talent, parvenant à atteindre ses objectifs tout en conservant un minimum d'intimité. J'avais même été jusqu'à louer sa perspicacité.

Mais c'était avant qu'elle s'inscrive sur Twitter. En 2008, j'étais impressionnée par l'apparente maîtrise avec laquelle elle contrôlait sa propre image; j'avais tout faux. Meghan McCain n'est pas une femme cérébrale et sûre d'elle, capable de gérer avec grand soin le capital de célébrité dont elle a hérité; c'est une petite fille égarée et avide de gloire, qui se donne en spectacle (sur une scène bien trop vaste) pour compenser son manque d'assurance.

J'en veux pour preuve la polémique qui a récemment enflammé Internet; une polémique née d'une simple photographie de (et prise par) Meghan McCain, postée sur son compte Twitter. Sur la photo, elle tient une biographie d'Andy Warhol, et les deux attributs les plus généreux de son anatomie (ceux là même que l'on ne saurait voir) sont... bien en vue. Les utilisateurs de Twitter ont promptement réagit, intimant à la jeune fille de 24 ans de se couvrir et d'avoir un peu de classe - leçons dispensées avec assez peu de courtoisie, comme on est en droit de l'attendre d'un média comme Internet. Jeudi 15 octobre, McCain a commencé à envoyer quelques messages désespérés, parlant de supprimer son compte Twitter et s'excusant pour la photo (qu'elle a enlevée, puis remise en ligne, puis enlevée à nouveau...).

Le beurre et l'argent du beurre

Le fait que McCain ait mis en ligne une photo provocante d'elle-même n'est pas un problème en soit - c'est une initiative vulgaire et ridicule, mais un bon nombre de jeunes filles le font. Le fait que sa poitrine soit généreuse et qu'elle soit fière de son corps n'est pas un problème non plus. Si elle veut jouer de son apparence et de son «style» pour faire avancer sa «carrière» (comme, disons, Julia Allison), pas de soucis. Le problème, c'est qu'elle veut le beurre et l'argent du beurre. Elle veut être prise au sérieux en politique, se faire une place au sein du Parti républicain (c'est du moins ce qu'elle dit), et étant donné sa popularité, elle pourrait réussir sans problème - seulement, voilà, elle veut aussi être invitée au Tyra Banks Show et parler de ses extensions de cheveux.

Le hasard a voulu que la polémique fasse le tour des médias le jour où Kathleen Parker, du Washington Post, consacrait un article aux espoirs féminins du Parti républicain: Meg Whitman, Carly Fiorina, Liz Cheney et... Meghan McCain. Comme la plupart des commentateurs ayant déjà parlé de McCain, Parker a relevé sa fraicheur, son côté branché et décalé, qualités à même, selon la journaliste, de rajeunir l'image d'un parti vieillissant (bien qu'aucune donnée ne vienne étayer cette affirmation).

En réalité, la carrière de McCain dans le champ médiatique a toujours été dominée - et alimentée - par des polémiques liées au physique (un problème d'adolescente, en quelque sorte), bien plus que par les critiques cinglantes qu'elle adresse de temps à autres aux républicains de la vieille école. Dès le jeudi 15 octobre, Anna North du site Jezebel a volé à son secours, en affirmant que cette nouvelle technique de communication innovante et provocante ne pouvait qu'avantager le Parti républicain; selon elle, cette exposition (médiatique et littérale) va faire gagner un bon nombre de lecteurs à la chronique que tient McCain sur The Daily Beast (elle a débuté cette chronique lorsque Laura Ingraham a dit qu'elle était grosse). En effet, si McCain est devenue une chroniqueuse d'opinion, c'est en grande partie pour parler de la façon dont les femmes comme elle (jeunes, attirantes, nullement anorexiques) sont traitées dans les médias (c'est d'ailleurs toujours son cheval de bataille). C'est pourquoi cette observation de North semble peu pertinente:

«Il serait tentant de dire qu'elle savait forcément que les gens remarqueraient ses seins. Ceci dit, McCain a une poitrine plus que généreuse, et si ce débardeur est trop suggestif sur elle, il pourrait passer pour une chemise de nuit tout à fait innocente sur une femme plus menue. D'accord, elle est souvent prise en photo, mais elle n'a que 24 ans; lorsqu'elle pose pour une photographie dans la vie de tous les jours, quelqu'un l'aide à choisir ses vêtements. Peut-être ne s'était-elle pas aperçue du côté un peu érotico-vulgaire de la chose.»

Faux. Bien au contraire: c'est précisément parce que cette photo faisait un peu érotico-vulgaire qu'elle l'a postée, et c'est précisément pour cela que les internautes ont été indignés. Elle est très jolie: regard séducteur, menton pointant vers le bas, incliné comme il faut - technique connue de tous les stakhanovistes de l'autoportrait photo. Quant aux seins (difficile de les manquer....), il est clair que sa posture à pour seul et unique but de les mettre en valeur. McCain s'est trouvée magnifique, et a tout simplement décidé d'envoyer ce qui ressemble à s'y méprendre à un «sexto» affriolant à ses 65.000 followers. Elan narcissique des plus puérils; on peut au choix le considérer comme inquiétant ou parfaitement banal.

Adolescente

Meghan McCain s'est comportée en adolescente pur sucre. Rien d'étonnant à cela: sa célébrité est en pleine phase adolescente, elle aussi. Des tas de nouvelles sensations, un sentiment de puissance enivrant, sans vraiment savoir quoi en faire. McCain ne sait pas comment le monde la perçoit, bien qu'elle soit obsédée par cette perception. Elle s'est faite de nouveaux amis, et certains pourraient avoir une mauvaise influence sur elle (au hasard, Tila Tequila). Lorsqu'elle ne porte pas le tailleur-pantalon noir amincissant (qu'elle endosse pour chaque apparition télévisée ou presque), elle s'habille avec la subtilité d'une fillette de 13 lâchée dans un magasin Hot Topic. Dans sa chronique du Daily Beast, à la télévision et dans ses tweets, elle affiche une confiance en elle à toute épreuve, comme ces adolescentes rongées par le doute, qui débordent d'une énergie et d'un enthousiasme exagérés pour masquer leur angoisse dévorante.

McCain veut être rassurée et encouragée toutes les deux minutes, ce qui explique pourquoi elle semble être devenue accro à Twitter. L'outil de microblogging propose tout ce qu'elle aime: des réactions immédiates, l'impression (trompeuse, mais agréable) d'appartenir à une communauté, et, bien entendu, un tremplin vers la gloire facile à emprunter. Même si une partie de ses followers s'est retournée contre elle, elle ne peut pas arrêter Twitter; au contraire, elle y écrit plus qu'avant, passant une journée entière à commenter l'affaire avec une frénésie hystérique digne de Lindsay Lohan, se lamentant, jurant qu'elle arrêterait de poster sur Twitter, et faisant la liste de ses persécuteurs. Aussi amusante qu'elle puisse paraître, cette addiction à Twitter semble pathologique, et s'avère au final plutôt pathétique.

Bien entendu, elle s'est mise à écrire sur l'affaire, qui lui permet de créer des hommes de pailles numériques qu'elle s'empresse de dézinguer dans ses chroniques. (Broadsheet laisse entendre qu'elle a créé la polémique de toute pièce pour attirer l'attention sur une de ses chroniques, qui parlait justement des célébrités et de l'image corporelle). Après l'assaut de jeudi, elle s'est vite fendue d'une réponse, vendredi matin, sur The Daily Beast, en reprenant et en élaborant des arguments déjà exposés sur Twitter: «Cela fait des années que je me force à m'accepter en débardeur, même si ce type de vêtement fait plus sexuel sur moi que sur une femme à la poitrine plate», se plaint-elle. «Et comme d'habitude, les médias [ces démons sans visages !] me disent que toute personne dotée d'un tour de poitrine comme le mien doit être constamment couverte. Sinon, quoi? J'aurai l'air d'une salope?»

L'importance de l'image

Le problème, c'est que l'image qu'elle s'est construite n'a absolument rien de sérieux. Nous vivons peut-être dans le meilleur des mondes, mais Gail Collins ou Peggy Noonan n'arborent toujours pas de décolletés plongeant sur leurs photos de quatrième de couverture. Et ce non pas parce qu'elles sont vieilles, ou vieux jeu, ou encore parce qu'elles voient la libération des mœurs féminines d'un mauvais œil. Mais tout simplement parce que dans les médias, où l'image est d'une importance capitale, il faut vraiment que la forme corresponde à la fonction.

Un travail sérieux requiert un comportement sérieux, et McCain ne semble pas l'avoir compris. Peut-être que sa poitrine indignerait moins le Web si ses qualités intellectuelles étaient au niveau de ses attributs physique... Lorsqu'elle est passée dans l'émission de Bill Maher il y a quelques mois, elle était sensée commenter l'actualité. Mais quand le démocrate Paul Begala a contesté l'un de ses arguments, elle s'est simplement défilée, refusant tout net de jouer son rôle; elle s'est contenté de prétendre qu'elle «n'était qu'une blonde passant dans l'émission, rien de plus». Begala était en rogne, et c'était légitime: soit elle était là pour débattre, soit elle faisait tapisserie, mais il fallait choisir. Les vrais sportifs s'affrontent; les pom-pom girls restent sur le bord du terrain.

Je me demande où en était rendue McCain dans la lecture de la biographie d'Andy Warhol, l'autre soir. Elle adhère sans aucun doute à sa vision de la célébrité, mais elle n'a toujours pas compris à quoi - à qui - sert cette célébrité: au fond, elle ressemble plus à une Factory Girl qu'à une spécialiste de la manipulation. Kathleen Parker parle d'elle pour la transformer en fer de lance du nouveau programme du Parti républicain. L'émission The View parle d'elle pour faire de l'audience. Tina Brown parle d'elle pour qu'on lise ses articles. Jezebel parle d'elle pour s'en prendre aux sexistes. McCain n'a aucune idée de la forme que devrait prendre le Parti républicain du futur; elle s'est créé une image, une personnalité qu'elle expose sur une vaste scène; au final, chaque spectateur se contente d'y piocher ce qui l'arrange, et se moque du reste.

Noreen Malone

Traduit par Jean-Clément Nau

Image de Une: Meghan McCain et son père lors de la campagne présidentielle de 2008, REUTERS/Carlos Barria

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