France

Dites donc Emmanuel Macron, en plus d'être condescendant, vous ne seriez pas ringard?

Boris Bastide, mis à jour le 01.06.2016 à 10 h 20

En juxtaposant maladroitement costume et T-shirt, le ministre de l'Économie semble s'inscrire dans une vision passéiste.

Emmanuel Macron le 27 mai 2016 I SYLVAIN THOMAS / AFP

Emmanuel Macron le 27 mai 2016 I SYLVAIN THOMAS / AFP

«Vous n'allez pas me faire peur avec votre T-shirt [celui-ci portait l'inscription Freedom For Palestine, ndlr]. Et puis la meilleure manière de se payer un costard, c'est encore de travailler.» La petite phrase lancée par Emmanuel Macron à un syndicaliste qui l'interpellait sur son patrimoine, lors d'un déplacement à Lunel, dans l'Hérault, ne manque pas de faire des vagues. Elle témoigne surtout d'une double faute pour un potentiel candidat à la présidentielle 2017 qui rêve d'incarner la modernité.


Il faut dire que le ministre de l'Économie n'en est pas là à sa première sortie remarquée. En janvier dernier, il déclarait ainsi à l'antenne de BFM TV-RMC: «Bien souvent, la vie d'un entrepreneur est bien plus dure que celle d'un salarié, il ne faut pas l'oublier.» Une provocation qui masquait mal que le quotidien des patrons comme des employés recouvre bien entendu des réalités très diverses, bien loin des caricatures que l'on en fait, comme l'analysaient alors en détail les Décodeurs du Monde.fr

Ajoutez à cela, la remarque sur les salariés «illéttrés» de l'abattoir de Gad qui l'avait amené ensuite à présenter ses excuses en septembre 2014, et il n'en faut pas plus pour soupçonner le technocrate, ancien banquier d'affaire, de mépris de classe. Ainsi, Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, s'amusait à remarquer qu'à la fin du quinquennat, Emmanuel Macron pourrait ajouter une ligne à son CV: «Hollandisme : au nom de la modernité, en charge du mépris de classe, des outrages et des adieux aux valeurs de gauche»

Une critique largement relayée sur les réseaux sociaux et partagée également jusque chez Les Républicains. 


En avril, dans le Puy-de-Dôme, Emmanuel Macron se voyait déjà reprocher par des manifestants opposés à la loi Travail de ne pas «savoir ce que c'est que de se lever à 5 heures du matin pour gagner un Smic de rien du tout».


Si la remarque de ce 27 mai sur le T-shirt et le costume entérine un peu plus ce fossé béant qui se creuse entre une partie du peuple et ses élites –après tout une grande partie des Français a mieux à faire avec son argent comme acheter de quoi se nourrir ou se payer un toit–, la phrase pourrait aussi faire un flop auprès de ces jeunes élites globalisées dont il vante tant les mérites.

Aujourd'hui, les entrepreneurs qui incarnent le plus changement comme Mark Zuckerberg ou Elon Musk n'hésitent pas justement à se passer du costume. Ils en ont fait une sorte de symbole rétrograde d'une économie à l'ancienne empêtrée dans ses vieilles hierarchies et ses archaïsmes. Un vestige de l'ancien monde vertical, là où eux défendent l'échange, le partage, l'horizontalité. Lors d'une session de questions-réponses menée en avril 2014, le PDG de Facebook expliquait ainsi qu'il portait le même T-shirt chaque jour pour ne pas s'embarrasser de «décisions stupides»:

«J'ai la chance d'être dans cette position où je peux me lever chaque jour et aider plus d'un milliard de personnes. J'ai la sensation de ne pas accomplir cette tâche, si je perds mon énergie sur des choses idiotes ou frivoles de la vie de tous les jours», se justifiait-il.

À titre personnel, je dois avouer que je réserve aussi le costume à ces occasions un peu guindées, lui préférant largement le T-shirt et sa simple décontraction pour la vie de tous les jours. À en faire un symbole de sa réussite plutôt qu'un simple code vestimentaire, Emmanuel Macron serait-il, déjà ringardisé, en train de passer à côté d'une révolution qui le dépasse?

En attendant, les commentateurs n'ont pas manqué de faire remarquer que pour le coup d'envoi de la grande marche de son mouvement, ses jeunes soutiens arboraient évidemment… un T-shirt.

 

Boris Bastide
Boris Bastide (106 articles)
Éditeur à Slate.fr
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