Histoire / Monde

Les survivants d'Hiroshima ne veulent pas d'excuses, ils veulent l'abolition du nucléaire

Temps de lecture : 2 min

La visite exceptionnelle de Barack Obama ne change pas grand chose pour les victimes et leur famille.

Barack Obama prend dans ses bras un survivant de l'attaque d'Hiroshima, le 27 mai 2016. JOHANNES EISELE / AFP
Barack Obama prend dans ses bras un survivant de l'attaque d'Hiroshima, le 27 mai 2016. JOHANNES EISELE / AFP

Il aura fallu attendre presque 71 ans pour qu’un président américain se rende à Hiroshima où, le 6 août 1945, une atomique a été larguée par les États-Unis, faisant plus de 140.000 morts. Trois jours plus tard, c’est Nagasaki qui est touché de la même façon, entraînant la mort de 74.000 personnes. La visite de Barack Obama, en marge du G7, est donc très attendue. Mais il a d’ores et déjà fait savoir qu’elle ne serait pas placée sous le signe des excuses mais de la lutte contre les armes nucléaires. Une posture qui s’est attiré les foudres de la Corée du Nord, qui a dénoncé un «calcul politique puéril» de la part d’un «lunatique de la guerre nucléaire», et d’une partie de la presse américaine qui, comme le New York Post, évoque la «visite honteuse» du président au Japon.

Mais ce discours semble aller dans le sens des «hibakusha», nom que l’on donne aux survivants des deux bombes de 1945. C’est ce qui ressort d’un article du New York Times, qui a recueilli les témoignages de plusieurs d’entre eux. «Bien sûr que nous avons le sentiment de vouloir des excuses, estiment Shigemitsu Tanaka, survivant de 75 ans. Mais la chose la plus importante est d’abolir les armes nucléaires.»

Kana Miyoshi, 22 ans, est la petite-fille de Yoshie Miyoshi, survivante d’Hiroshima. «Ayant grandi à Hiroshima, Madame Miyoshi explique qu’on lui a appris à voir les armes nucléaires comme étant “purement maléfiques” et qu’elle n’a jamais su à propos de l'agression commise par le Japon pendant la guerre», écrit le New York Times.

Mais dans un pays qui a connu l’accident de Fukushima en 2011, le discours autour du nucléaire dépasse largement les seules armes. Certains hibakusha réclament ainsi la fin pure et simple de son exploitation. À 91 ans, Sunao Tsuboi, qui était étudiant le jour de l’attaque d’Hiroshima, ne mâche pas ses mots: tout en reconnaissant les avancées du président américain dans le domaine, il estime que le nucléaire représenté «la stupidité de l’humanité».

Toujours les mêmes erreurs

Dans une tribune publiée sur le site de Greenpeace, le petit-fils d’une hibakusha d’Hiroshima, qui lui-même s’est rendu à Fukushima pour faire des relevés sur les radiations, se veut plus véhément à l’égard d’Obama. Alors que sa grand-mère lui répète qu’il ne «faut jamais refaire la même erreur», Daisuke Miyachi estime que les mots «plus jamais» sont «plus forts que des excuses».

«Le président Obama a été courageux en décidant de venir à Hiroshima. Mais les États-Unis, qui ont toujours 4.700 ogives nucléaires, n’ont rien appris des erreurs du passé. Plutôt que de se débarrasser de leurs armes nucléaires, l’administration de Barack Obama a proposé un plan de 1.000 milliards de dollars pour étendre l’arsenal nucléaire de son pays durant les trente prochaines années. Cela arrive au moment où ils coupent les fonds en faveur des efforts de non-prolifération.»

Les hibakusha, très lucides sur notre rapport au nucléaire et son développement, savent pertinemment que la a visite de Barack Obama restera un simple symbole.

Newsletters

Le bidet (enfin) à la conquête des États-Unis

Le bidet (enfin) à la conquête des États-Unis

L'invention française longtemps délaissée outre-Atlantique est en bonne voie pour séduire les Américains.

L'élégance de «ballerine légère» que Jackie Kennedy doit à Hubert de Givenchy

L'élégance de «ballerine légère» que Jackie Kennedy doit à Hubert de Givenchy

Décédé le 10 mars à l’âge de 91 ans, le couturier français était sans conteste le préféré de la Première dame la plus emblématique des États-Unis.

L'histoire rocambolesque de l'acteur qui s'est fait passer pour un général durant la Seconde Guerre mondiale

L'histoire rocambolesque de l'acteur qui s'est fait passer pour un général durant la Seconde Guerre mondiale

Les services secrets britanniques ont brouillé les pistes en 1944 en utilisant l’acteur Clifton James, pour interpréter le rôle de sosie du général Montgomery.

Newsletters