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Trump président? C'est improbable, mais possible

Temps de lecture : 6 min

Il suffirait d'une mobilisation exceptionnelle des électeurs blancs. Ou d'une récession. Ou d'un parti démocrate déchiré...

Donald Trump en meeting à Bridgeport (Connecticut) le 23 mai 2016. TIMOTHY A. CLARY / AFP.
Donald Trump en meeting à Bridgeport (Connecticut) le 23 mai 2016. TIMOTHY A. CLARY / AFP.

En ce moment, les sondages indiquent un fort redressement de la campagne de Donald Trump. Il a vraiment gagné du terrain par rapport à Hillary Clinton et resserré l’écart en consolidant l’unité du parti républicain derrière sa candidature. Clinton, pendant ce temps, est plongée dans une primaire belliqueuse qui l’empêche d’en faire autant. La probabilité la plus solide n’en reste pas moins que Donald Trump n’est probablement pas près de remporter la Maison Blanche –qu’il est beaucoup trop impopulaire auprès de trop d’Américains en dehors du parti républicain, et que si la coalition d’Obama se maintient, il perdra.

C'est mon opinion, en tout cas. Mais l’humilité est une vertu et la vie est imprévisible, même si souvent les élections le sont beaucoup moins. Ce n’est pas parce que Trump n’est pas un bon candidat pour l'élection de novembre qu’il ne va pas gagner. Il peut gagner. Ce qui soulève une question évidente: comment cela pourrait-il arriver? Or, il n’est pas trop difficile de trouver des réponses. Il suffit de prendre à l’envers les conditions d’une défaite de Trump. Quelles sont-elles?

Tout en haut de la liste, il y a les statistiques démographiques. Trump est extrêmement impopulaire auprès des électeurs noirs et latinos, ainsi que chez les femmes et les jeunes. Mais Clinton n’est pas tellement populaire non plus, même si c’est à un moindre degré. Avec deux candidats impopulaires, il est possible que la «popularité» ne compte plus autant, que les électeurs prennent les pires caractéristiques des deux candidats comme des défauts incontournables et passent à autre chose. Dans ce cas, à la fois Clinton et Trump deviennent des candidats lambda.

Et quelles sont les perspectives cette année pour un candidat républicain lambda? Sur cinq modèles économétriques différents de l’élection présidentielle, quatre prédisent une victoire républicaine, avec un score oscillant entre 50,9% et 55% des voix se portant sur les deux partis[1]. L’économie se porte moyen, le président Obama est apprécié sans être démesurément populaire et l’élection de Clinton serait synonyme de troisième mandat de suite pour les démocrates. Avec ces critères et deux candidats lambda, la présidence irait aux républicains. Dites bonjour au président Trump.

Sacré défi

Imaginons que vous ne fassiez pas confiance aux modèles (après tout, ils n’ont pas su prédire l’ascension de Trump). Alors quoi? Comment Trump pourrait-il gagner, si l’on estime que des segments-clés de l’électorat sont contre lui? La réponse est simple: en mobilisant les électeurs blancs comme jamais personne avant lui.

Partons du principe que les non-blancs soutiennent davantage les démocrates qu'en 2012 –disons trois points de plus chez les noirs et sept points de plus chez les Hispaniques, ce qui donnerait à Clinton un soutien de 97% et 80% respectivement: il faudra à Trump 66% des votes des blancs pour remporter à la fois le vote populaire et celui du collège électoral, si la participation ne change pas (vous pouvez rejouer avec les chiffres sur le site RealClearPolitics.)

Ce serait un score extraordinaire: une augmentation de quasiment six points de pourcentage par rapport aux votes des blancs en 2012, comparable à la performance de Ronald Reagan en 1984. Cela signifierait que Trump persuaderait des millions de démocrates de changer de bord, malgré leur immense approbation de la politique du président Obama.

En d’autres mots, ça n’arrivera pas. L’esprit partisan garde une forte influence sur le comportement électoral des Américains, et il est difficile d’imaginer comment Trump pourrait inverser cette tendance à moins d’une catastrophe nationale. Ce qui est plus facile à imaginer en revanche, c’est que les blancs soient les plus nombreux à participer. Si Trump parvient à renverser le déclin de ces dernières années et à faire revenir le taux de participation des blancs à son niveau de 2008 –soit 74%–, alors il pourrait gagner avec deux points de pourcentage supplémentaires parmi les blancs, même avec un taux de participation des noirs et des Latinos aussi élevé qu’en 2008. Cela lui vaudrait de remporter les États démocrates hésitants comme le New Hampshire, la Pennsylvanie et le Wisconsin, ainsi que les trois plus grands swing states: la Floride, l’Ohio et la Virginie. C’est un sacré défi, surtout pour un candidat qui affirme qu'il évitera les collectes de données et autres méthodes quantitatives pour trouver et mobiliser des supporters. Mais c’est possible.

D’accord, d’accord. «Possible», ça ne veut pas dire «probable» et il est difficile d’imaginer qu’une campagne désorganisée soit meilleure que celle menée par l'équipe Romney en 2012 pour repérer les électeurs blancs à la sensibilité républicaine et les pousser à se rendre aux urnes. Cependant, avec un petit coup de pouce de dame Fortune (ou du dieu de la chance qui a votre préférence), Trump peut gagner.

Précédent de 1960

S’il y a bien une chose qui assure la défaite à un parti sortant, c’est une récession. Au tout début du printemps 1960, John F. Kennedy et Richard Nixon étaient au coude à coude, et le restèrent tout l’été et jusqu’au début de l’automne. Mais en octobre, Kennedy avait pris une petite avance, qui ne se démentit pas. Et ce fut lui le vainqueur.

On peut difficilement isoler une cause unique pour expliquer la victoire de Kennedy, mais il a certainement été aidé par la petite récession qui arriva au printemps et s’attarda jusqu’à l’hiver qui suivit. Sans cette récession, Nixon aurait eu de bonnes chances d’être élu président. Un ralentissement soudain pourrait avoir le même effet sur l'élection. En fait, la présence même de Trump –sa proximité avec la fonction la plus puissante du monde– pourrait déstabiliser les marchés et rendre une récession plus probable. Et puis pensez à ça aussi: en moyenne, les États-Unis connaissent une récession tous les cinq ans. Nous y sommes. Il n’en faut pas plus pour écoper d’une présidence Trump.

Un attentat terroriste pourrait y contribuer –et pousser les électeurs dans les bras du candidat le plus autoritaire– mais la recherche est assez nuancée sur la manière dont le terrorisme affecte les électeurs. Cela pourrait les rendre plus sensibles à la présence de ceux qu’ils perçoivent comme des étrangers– aux immigrants en particulier– et donner un avantage à Trump. Cela pourrait aussi les pousser vers des candidats bellicistes aux références traditionnelles, et ainsi favoriser Clinton. Ou étant donné les candidats en présence, cela pourrait s’annuler. Mettons donc cette hypothèse de côté.

Troisième candidat

Il existe une dernière chose qui pourrait donner à Trump les clés de la Maison Blanche: un parti démocrate divisé. L’unité du parti est une condition essentielle à la compétition nationale. C’est ce qui explique pourquoi le mouvement «Never Trump» s’est écroulé quand Ted Cruz a abandonné la course: une tentative sérieuse de faire dérailler le candidat républicain garantirait la Maison Blanche aux démocrates, parce qu’il est presque impossible de surmonter une telle asymétrie. Dans l’éventualité encore improbable où l'amertume actuelle entre Bernie Sanders et le parti démocrate déboucherait sur un véritable divorce, les démocrates risqueraient de laisser l'élection à Trump à force de querelles intestines et de divisions. Si Sanders se présente en tant que candidat d’un troisième parti, alors les jeux sont faits et les démocrates ont perdu. C’est ce que montrent les derniers sondages. La plus grande faiblesse de Clinton dans l'enquête menée par NBC News auprès d’électeurs inscrits est chez les partisans de Sanders qui n’arrivent pas encore à se décider à passer du côté de «Team Clinton». Si le phénomène persiste, ce sera dangereux. Mais si l’histoire se répète, alors cela ne sera pas le cas.

Ceci dit, on est encore loin même du plus probable de tous ces scénarios –celui selon lequel Trump et Clinton seraient considérés comme des candidats lambda. Ils sont bien trop connus pour que les électeurs estiment qu’ils sont interchangeables avec n’importe quel autre républicain ou démocrate. Et leurs qualités personnelles sont intimement mêlées aux fondamentaux de cette élection –l’esprit partisan, la démographie et les performances économiques–, ce qui crée un terreau favorable aux démocrates.

C’est toute l’ironie réconfortante de cet exercice: même en essayant de montrer comment Trump peut gagner, on ne fait que souligner combien sa route vers la victoire est malaisée. Attention quand même: ça pourrait arriver.

1 — Lors de la dernière élection, Barack Obama avait obtenu 51,06% des voix, Mitt Romney 47,20% et les «petits» candidats 1,74%. En pourcentage du score des deux grands partis, Obama avait donc obtenu un peu moins de 52% et Romney 48%. Retourner à l'article

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