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Non, on ne meurt pas sur l'Everest car on est vegan

Temps de lecture : 4 min

Mais à cause de l'altitude, du froid, d'avalanches et plus grave: d'un manque de préparation.

Des alpinistes tentent l'ascension de l'Everest, le 9 mai 2016. Crédit photo: NIMA GYALZEN SHERPA / AFP

Il y a un an, le 25 avril 2015, le terrible tremblement de terre qui secouait le Népal et ses montagnes avait provoqué la mort de 18 personnes –tous des sherpas– à proximité du camp de base de l'Everest. Au printemps 2014, seize porteurs d'altitude qui installaient des cordes et des échelles sur la cascade de glace du Khumbu, qui mène vers le sommet, avaient déjà péri dans une avalanche de séracs –ces énormes blocs de glace qui tiennent en équilibre précaire les glaciers.

Deux années noires pour l'industrie lucrative de l'alpinisme qui s'est développée sur le toit du monde: aucune expédition commerciale n'a emmené de clients sur l'Everest (8.848m) en 2014 et 2015.

En ce mois de mai 2016, alors que la météo était clémente, c'est donc une véritable ruée vers l'or qui s'est engagée en direction du sommet. Chaque année, toutes les expéditions commerciales –des clients amateurs qui payent une fortune le service de guides professionnels et de porteurs pour grimper jusqu'au sommet– profitent du relatif beau temps d'avant la mousson, qui débute généralement début juin, pour faire l'ascension.

Et quand il y a beaucoup de monde en même temps sur l'Everest, il y a généralement des victimes. Plusieurs médias anglophones ont rapporté qu'au moins trois personnes étaient décédées sur la montagne la semaine dernière. Mais ce qui a surtout retenu l'attention médiatique, c'est le destin tragique d'une femme qui était engagée dans la quête des Seven summits (les plus hauts sommets de chaque continent): pas en raison de son pedigree ou de sa nationalité, mais seulement car elle était vegan.

«Pourquoi s'arrêter sur un détail à propos du décès d'un alpiniste sur l'Everest, comme si être vegan pouvait en être la cause?», écrit par exemple une internaute sur Twitter, en renvoyant vers un article sur Washington Post qui fait l'amalgame.

En France, L'Obs n'a pas fait beaucoup mieux en titrant:

«Elle voulait se montrer à la hauteur des carnivores. Une alpiniste vegan est morte en tentant l'ascension de l'Everest».

Pas incompatible avec le sport

Dans ce titre, le lien entre sa qualité de vegan et sa mort est clairement établi, de manière malhonnête. Même s'il est vrai que Maria Strydom, une Australienne de 34 ans, voulait prouver, en compagnie de son mari, que leur régime alimentaire sans viande, poisson, ni aucun produit alimentaire d'origine animale ne constituait pas un handicap pour accomplir ce genre d'exploit.

«Vous pouvez dans le même temps être vegan et être un athlète d'élite très performant», affirme d'ailleurs le Docteur Frankie Philips, membre de l'association britannique des diététiciens, interrogé par la BBC sur le sujet. «Vous pouvez le faire, mais c'est plus difficile», admet-il cependant.

De très grands athlètes comme Scott Jurek, l'un des meilleurs ultra-trailers de l'histoire, ont ainsi adopté avec succès un régime vegan.

Mais si le sujet est source de débats passionnés, ce n'est dans tous les cas pas le régime alimentaire des alpinistes qui conduit à leur mort sur l'Everest ou sur d'autres pics de l'Himalaya.

Amateurisme et obstination

Chaque année, des dizaines d'alpinistes profesionnels ou amateurs meurent sur les pentes enneigées du plus haut massif du monde. Certains sont emportés par des avalanches, d'autres chutent en tentant d'ouvrir de nouvelles voies sur des faces verticales et glacées, d'autres encore décèdent de froid ou de faim après avoir été bloqués par une tempête à très haute altitude.

Sur l'Everest, c'est souvent le manque de préparation et de connaissance de la montagne qui tue les apprentis alpinistes. Dans son livre Into Thin Air, dont a été adapté le film Everest, l'alpiniste et journaliste américain Jon Krakauer racontait de l'intérieur la tragédie d'une expédition commerciale à laquelle il avait participé en 1996: huit grimpeurs étaient décédés à proximité du sommet à cause de leur manque d'entraînement et d'une série d'erreurs commises par leurs guides. Jon Krakauer racontait notamment comment il avait vu, étonné, des clients enfiler pour la première fois des paires de crampons –utilisés pour grimper sur des passages raides et glacés– au camp de base. Une technique que l'on apprend normalement en initiation d'alpinisme.

Ed Viesturs, l'un des meilleurs alpinistes américains de ces dernières décennies, a raconté au magazine Time, qui l'interrogeait sur les décès récents, comment l'obsession de grimpeurs pour le sommet les conduisaient à leur perte.

«La montagne décide ce que vous devez faire. C'est quelque chose que vous devez vraiment écouter. Si vous foncez tête baissée, si vous pensez que cela doit absolument se faire aujourd'hui, vous allez prendre de mauvaises décisions.»

Et les grimpeurs amateurs qui ont dépensé des dizaines de milliers de dollars —en moyenne 50.000 euros par personne– pour l'ascension de l'Everest savent qu'ils n'auront pas de seconde chance pour réaliser leur rêve, contrairement aux professionnels qui partent chaque année en expédition et sont financés par des sponsors. Des alpinistes pas assez entraînés qui tentent de forcer leur destin, cela ne pardonne pas sur la plus haute montagne du monde où le manque d'oxygène vous enlève peu à peu vos forces et votre lucidité –même si vous utilisez des bouteilles à oxygène au sommet, l'air que vous respirez sera le même qu'à une altitude de près de 7.500m.

Mais sachez que mêmes des athlètes surentrainés –qui ne sont pas vegan– meurent chaque année sur les pentes de l'Himalaya, simplement car, plus que nulle par ailleurs, il n'y a pas de risque zéro au-dessus de 8.000m: une avalanche ou un orage qui vous tombent sur la tête à cette altitude ont très souvent raison de vous. Un chiffre pour finir: sur l'Everest, pour en moyenne 100 alpinistes qui arrivent au sommet, près de six décèdent sur la montagne.

Camille Belsoeur Journaliste

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