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Dix ans après Berlin, la vie de tête à claques de Marco Materazzi

Robin Panfili, mis à jour le 09.07.2016 à 19 h 53

Depuis l’Inde, où il est devenu entraîneur, il taquine, trolle et continue de parler (très) régulièrement de Zidane.

Le fameux coup de boule de Zidane le 9 juillet 2006

Le fameux coup de boule de Zidane le 9 juillet 2006

Il y a dix ans tout pile, le 9 juillet 2006, sur la pelouse du Stade olympique de Berlin, Marco Materazzi s’écroulait par terre. Zinédine Zidane, lui, venait de mettre un terme à sa carrière internationale en lui assénant l’un des coups de tête les plus célèbres de l’histoire. Carton rouge, expulsion, huées… La France laisse alors filer la finale dans les mains de l’Italie aux tirs au but, dont l’un marqué par Marco Materazzi en personne.

Dix ans plus tard, la pression est retombée et les trajectoires respectives des deux hommes ont largement évolué. Elles n’ont même plus grand-chose à voir. L’un, Zinédine Zidane, est devenu l’entraîneur du Real Madrid. L’autre, Marco Materazzi, s’est envolé pour jouer et entraîner un club en Inde après dix années passées à l’Inter de Milan, une décennie dont il semble clairement nostalgique même s’il dit ne pas vouloir rentrer en Italie tout de suite (pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil à son compte Instagram, où les pensées envers ses coéquipiers sont récurrentes, que ce soit lors de la fin de carrière à l’Inter de Diego Milito ou pour l’anniversaire de son ancien coéquipier Luis Figo). Mais, entre temps, que s’est-il passé dans la vie de Marco Materazzi? À vrai dire, pas mal de choses.

«Habemus Messi»

Par exemple, lors de sa dernière saison avec l’Inter de Milan, en 2010, celui que l’on surnomme «Matrix» s’est distingué par ses performances mais aussi (et surtout) par ses provocations, tantôt sur le ton de l’humour, tantôt celui de la menace. On l’a ainsi retrouvé, sur la pelouse de San Siro à Milan, en train de célébrer la victoire de son club dans le derby milanais avec un masque à l’effigie de Silvio Berlusconi, propriétaire de l’autre club rival de la ville, le Milan AC.

Quelques semaines plus tard, il menace Mancini, l’un de ses anciens coéquipiers parti rejoindre ce même club rival à quelques heures de la clôture du marché des transferts. «Il va connaître une atmosphère différente, grand bien lui fasse. Ici, il aura gagné un scudetto, voire un scudetto et demi puisqu’il a été champion d’hiver avec nous. Ce n’est pas correct de mordre la main que l’on te tend», déclarait-il alors, avec une pointe d’ironie tout de même.

C’est que Marco Materazzi ne manque pas d’humour. Quand Patrick Vieira, au micro de RTL en 2011, décrivait Matrix comme «le joueur le plus con» avec qui il ait jamais joué, le défenseur italien ne tarde pas à répliquer. Sur son site officiel, il publie alors une vidéo de son but inscrit en finale du Mondial 2006, lors duquel il surplombe Patrick Vieira pour marquer de la tête. «À propos de cons... Vieira, tu es tellement malin que tu t’es fait manger sur la tête par un con. Et encore merci pour ce Mondial», écrivait-il alors.

Deux ans plus tard, éloigné des terrains, Marco Materazzi prouve qu’il n’a rien perdu de sa verve. Dans une interview, en janvier 2013, il vide une nouvelle fois son sac et, cette fois, s’attaque sans ménagement à Zlatan Ibrahimovic, à son comportement déplorable envers ses coéquipiers, ainsi qu’à Rafael Benitez, «une personne faible» à qui il ne faudrait jamais «confier une équipe». Un Marco Materazzi sans taquinerie ne serait pas vraiment Marco Materazzi. Ainsi, en mars 2013, après la défaite du Milan AC contre le Barça en Ligue des champions, Matrix en profite pour chambrer ses anciens rivaux avec un tweet, en plein conclave: «Habemus Messi!!!»

Interminable querelle

Mais ces quelques histoires, provocations et déclarations ne sont rien à côté de sa querelle désormais historique avec Zinédine Zidane –et pourtant, seulement quelques mois après le geste de Zidane, Marco Materazzi a été la cible d’un autre coup de boule, le 29 janvier 2007, dans le menton, cette fois-ci.

Quatre années après le coup de boule que l’on pensait alors oublié, les deux hommes se retrouvent nez à nez dans un hôtel milanais, en novembre 2010. L’ancien capitaine de l’équipe de France venait d’assister au match entre l’Inter et le Real Madrid. Matrix, lui, s’y trouvait pour saluer José Mourinho, son ancien entraîneur, en compagnie de Samuel Eto’o.

Zidane a une place dans mon cœur, il m’a fait gagner le Mondial. Je ne pense plus à son coup de tête, mais au moment où j’ai soulevé la coupe

Marco Materazzi en 2012

Nul ne sait vraiment où (et comment) la scène s’est déroulée –dans le hall de l’hôtel ou sur son parking. Une chose est sûre, en revanche, c’est qu’ils s’y sont croisés. Nul ne sait, non plus, ce qu’il s’est vraiment passé entre les deux joueurs. Après avoir d’abord parlé de réconciliation «d’homme à homme», Marco Materazzi a rétropédalé, trois ans plus tard, dans une interview à France Football, en affirmant qu’en réalité Zidane ne s’était pas vraiment excusé ce jour-là:

«Quand je lui ai serré la main, je savais que c’était lui. Alors que lui a dit qu’il pensait avoir serré la main d’un [supporter]. Il a perdu une occasion de faire belle figure, car tout le monde aurait dit: “Zidane est un seigneur parce qu’il a serré la main à cette merde.”»

La querelle avec Zidane connaît un nouveau tournant en novembre 2012. Interrogé par la chaîne Italia 2 sur son «onze idéal», Marco Materazzi inclut Zidane dans son équipe. Et ajoute un commentaire, dont lui seul à le secret: «Il a une place dans mon cœur, il m’a fait gagner le Mondial. Je ne pense plus à son coup de tête, mais au moment où j’ai soulevé la coupe.» Une nouvelle provocation qui n’aurait pas fait autant de bruit si, quelques jours plus tôt, il n’avait pas posé fièrement, tout sourire, devant la statue du coup de boule, réalisée par l’artiste Abel Abdessemed, et exposée à Paris à cette époque.

L’année suivante, juste avant de quitter l’Italie pour l’Inde, il récidive. Il décide de chambrer Zidane en le nominant à l’Ice Bucket Challenge, un défi popularisé par de nombreuses personnalités pour financer la lutte, la recherche et la prévention contre la maladie de Charcot. 

 

Corde sensible

Marco Materazzi fait-il une fixette sur Zinédine Zidane? Probablement, mais il s’agit là surtout un jeu qu’il entretient avec malice. Et, parfois, l’ancien international italien sait jongler avec les registres. Lorsque, en novembre 2014, l’ancien capitaine de l’équipe de France se retrouve embarqué dans une procédure judiciaire pour avoir entraîné l’équipe réserve du Real Madrid sans diplôme, il sait se montrer sérieux et respectueux envers son adversaire de toujours en lui affichant son soutien publiquement en direct sur Canal+:

«Quand tu es un champion comme Zidane ou Materazzi ou beaucoup d’autres, un diplôme ne sert pas à grand-chose. Quand tu as vingt-cinq ans de carrière, tu n’a pas besoin de diplôme pour entraîner.»

Au mois de septembre 2015, Marco Materazzi quitte sa double casquette d’entraîneur-joueur du FC Chennai et devient simplement entraîneur, comme son père. En Inde, où il dit se plaire, Marco Materazzi n’en oublie pas pour autant son passé... et sa querelle avec Zidane. Pour évoquer l’accrochage en MotoGP entre Valentino Rossi et Marc Marquez, le 27 novembre 2015, l’ancien défenseur de l’Inter s’est fendu d’une analogie avec ce qu’il a lui-même vécu en 2006. Selon lui, Marc Marquez aurait dû être sanctionné pour provocation, comme lui l’a été après le Mondial. 

Plus récemment, Matrix n’a pas manqué de féliciter Zidane pour sa nomination comme entraîneur du Real Madrid. «Le choix du Real Madrid a sa logique: Zidane peut faire valoir le poids de sa personnalité et le fait d’avoir déjà travaillé au sein du club. […] Je ne suis pas ironique: je lui souhaite bonne chance», a-t-il déclaré à la Gazzetta dello Sport, le 5 janvier 2016. Marco Materazzi est comme ça, taquin et sincère, arrogant et attachant, brut et maladroit. Comme pour boucler la boucle, le 8 juillet 2016, dix ans après le coup de boule, Marco Materazzi a pris la parole dans L’Équipe pour une interview rare. Il y parle de la manière dont cet épisode a changé sa vie et, aussi, la difficile réconciliation entre les deux joueurs:

«Il ne m’a jamais demandé pardon, mais ce n’est pas grave. Sil ne sent pas l’envie de s’expliquer avec moi, je respecte ça… Vous, les journalistes, vous voudriez qu’on fasse la paix devant vous mais nous, non. Je l’estime beaucoup pour ça d’ailleurs, car d’autres à sa place auraient pu faire beaucoup de spectacle, beaucoup de cinéma après notre affaire. Lui ne l’a jamais fait. Et si cette explication n’est pas naturelle et spontanée, il est préférable qu’elle n’ait jamais lieu.»

Dix ans après, donc, Marco Materazzi ne regrette rien. Zinédine Zidane, lui, ne semble pas avoir l’intention ou même l’envie de se réconcilier avec lui. La querelle poursuit son chemin et, franchement, rien ne permet aujourd’hui de penser qu’elle s’arrêtera un jour. 

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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