Culture

VIDÉO. Pour des néonazis, Taylor Swift est une «déesse aryenne»

Temps de lecture : 2 min

De vrais suprémacistes blancs sont fans de la pop star et sont persuadés qu’elle partage leurs croyances.

Taylor Swift le 2 mai 2016 à New York City | Mark Sagliocco/GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP

Si son boulot de pop star en vient à partir en sucette, Taylor Swift pourra toujours compter sur un autre choix de carrière: dictatrice fasciste –ou du moins symbole du mouvement fasciste– si jamais les fascistes concernés acceptent de se soumettre à une femme. Visiblement, des néonazis considèrent d’ores et déjà Swift comme une «déesse aryenne», si on en croit les informations de Broadly: ses cheveux blonds, sa silhouette élancée, ses racines country en font l’emblème parfait des habitants de la fachosphère américaine.

Au départ, tout est probablement parti d’un mème, mais il s’avère que de vrais suprémacistes blancs sont réellement fans de Swift. Certains sont même persuadés que la chanteuse partage leurs croyances. «C’est un fait établi que Swift est secrètement nazie et qu’elle attend simplement l’élection de Donald Trump pour sortir du placard et avouer son obédience aryenne au monde», explique l’un d’entre eux à Broadly. Une association qui n’est en rien voulue par la pop star mais, si vous analysez sélectivement sa biographie, il n’est pas difficile de trouver quels éléments ont l’heur de plaire à la fachosphère: elle n’a jamais révélé en public son orientation politique et, parce qu’elle a commencé sa carrière de chanteuse dans la country, d’aucuns estiment qu’elle est conservatrice. Et comme chacun sait, entre conservateur et nazi, il n’y a qu’un pas de l’oie.

Résonner dans l’imaginaire

Et puis il y a son personnage lisse et propret. Swift parle de sexe dans ses chansons, elle est souvent court-vêtue et compte à son palmarès un nombre enviable de petits-amis –bref, elle fait tout ce qu’on peut attendre d’une pop star. Reste que, pour beaucoup de parents, Swift est un exemple à suivre, bien plus recommandable que d’autres personnalités féminines. Comme si elle était moralement imperméable –dans l’esprit de beaucoup de gens, qu’elle ait un chat et apprécie les robes à pois suffit pour l’associer éternellement à l’innocence. Ou pour reprendre les mots d’un autoproclamé fasciste interrogé par Broadly:

Faut-il donner à «Bad Blood» une tout autre interprétation?

«Prenez Kim Kardashian ou Miley Cyrus: elles sont nées les veines remplies du même sang nordique que Swift, mais pourquoi est-il impossible que ces deux dégénérées soient aujourd’hui des icônes fascistes? Parce que, si elles sont aryennes de sang, elles ne sont pas aryennes d’esprit. L’esprit aryen, c’est ce qui achève le fasciste.»

Swift et son «esprit» gardent leur popularité, qu’importe qu’elle débine subtilement d’autres stars pour leurs mœurs dissolues ou qu’elle règne en ayatollah de la norme sur son groupe de copines, en n’acceptant d’être accompagnée dans ses clips et sur les tapis rouges que par les plus belles. (En même temps, quelle suprémaciste blanche pourrait se montrer bras dessus bras dessous avec une noire?) Pour certains, Swift est saine et équilibrée; pour d’autres, c’est une odieuse calculatrice; mais, dans les deux cas, voilà des caractéristiques susceptibles de résonner dans l’imaginaire des néonazis.

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Alors, faut-il donner à «Bad Blood» [«Mauvais sang»] une tout autre interprétation? entendre «You Belong With Me» [«Ta place est avec moi»] comme un hymne d’initiation occulte? croire que son album le plus récent, 1989, honore une dystopie où le mur de Berlin ne serait jamais tombé? Certes, n’importe quel mouvement politique adorerait être adoubé par Taylor Swift, mais on ne risque pas grand-chose à dire qu’elle n’est pas nazie. Reste que les compétences nécessaires pour vous transformer en marque multi-millionnaire, appliquées autre part, peuvent sans doute garantir votre succès du côté des tyrans. Car au bout du bout, quelle différence entre vendre de la pop et faire gober un projet fasciste aux masses? Tout n’est que question de propagande.

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